Avec «Les Olympiades», Jacques Audiard revient avec un récit intimiste dans les rues parisiennes

Avec «Les Olympiades», Jacques Audiard revient avec un récit intimiste dans les rues parisiennes
Ph. Cinéart

Pourquoi un film dans le 13ème arrondissement de Paris, et quels éléments du quartier vouliez-vous intégrer ?

Jacques Audiard : « J’ai vécu longtemps dans le 13ème, c’est un très bel endroit, notamment les tours des Olympiades où on a tourné. Après, j’aurais voulu montrer davantage, mais comme on a tourné pendant le confinement, les rues étaient vides, c’était compliqué. Je voulais que les amants se baladent dans la ville la nuit, boivent des coups, mais tout était fermé, c’était le couvre-feu. Donc une partie de la géographie manque. J’aurais aimé faire une sorte de carte amoureuse du 13ème ! »

Pourquoi le choix du noir et blanc ?

« J’ai beaucoup vécu et tourné à Paris, et c’est une ville pas facile à filmer. Il y a un côté centre historique, muséal… J’avais envie de la montrer comme si c’était une autre ville, d’être à Paris et à la fois de ne pas l’être. Et de Tolbiac au campus Denis Diderot, le 13ème est parfait pour ça. »

Quelles références ont nourri le film, quelles indications avez-vous donné aux acteurs ?

« Quand vous engagez un comédien, vous choisissez la personne, mais elle n’est pas encore le personnage. Pour y arriver, il faut travailler. On a beaucoup exploré la démarche, l’allure, comment se tenir… Un film qui m’a beaucoup marqué c’est ‘Sex Lies and Videotape’ de Steven Soderbergh : cette séduction qui passe sans se toucher. Il y a un vestige de ça entre Amber et Nora, où la plus grande intimité est via des écrans. »

Votre film était en compétition à Cannes. Ça a quel sens pour vous, à partir du moment où vous avez déjà une Palme d’Or, que vous connaissez tout ça ?

« C’est très important, car vous montrez le film au monde entier. Acheteurs, journalistes étrangers… Et en compétition, c’est encore plus fort. La projection à Cannes, c’est toujours un moment d’angoisse. Dans cette grande salle, l’écran est tellement grand, le son tellement fort ! J’en sors en miettes, mais c’est bien. Je ne suis pas blasé. »

Le dernier film vu dont vous avez envie de parler ?

« Le film de Julia Ducournau, ‘Titane’, qui a eu la Palme d’Or. Au moins ça, ça réveille, ça secoue ! Je ne sais pas si le film est aimable, mais le cinéma n’a pas forcément à l’être, et je le trouve formellement extraordinaire. Elle a un talent fou. »

Review

Dans le quartier des Olympiades, dans le 13ème arrondissement de Paris, des êtres un peu paumés se croisent, se cherchent, se fuient. Émilie, franco-chinoise, teigneuse et vive, vit de petits boulots. Elle rencontre Camille, prof blasé, qui la séduit puis la lâche pour Nora, trentenaire angoissée, qui elle-même le lâchera pour une cam-girl nommée Amber… Les romances et les corps se croisent et se défont dans ce marivaudage moderne en noir et blanc, porté par des visages neufs et frais du cinéma français. Après la Palme d’Or ‘Dheepan’ et son western ‘Les Frères Sisters’, Jacques Audiard change radicalement de style, mais les relations humaines complexes sont toujours au centre de ses obsessions. Un chassé-croisé bavard dans lequel on se laisse agréablement porter. 3/5