La faune sauvage bruxelloise toujours plus en danger

Le Centre de Soins pour la Faune Sauvage de Bruxelles a recueilli un nombre record d’animaux sauvages l’année dernière.

par
Clément Dormal
Temps de lecture 5 min.

3.357. C’est le nombre d’animaux en détresse qui ont franchi les portes du Centre de Soins pour la Faune Sauvage de Bruxelles. C’est plus qu’en 2020 (3.087) et 2019 (2.698). Parmi ces 3.357 patients, on retrouve 2.165 animaux sauvages indigènes. «Sans surprise, on a battu tous les records», commente Nadège Pineau, responsable du Centre. «C’est une tendance qui se dessine sur les dernières années. Chaque année, on reçoit davantage d’animaux en détresse. Est-ce parce que les gens sont de plus en plus sensibilisés et connaissent de mieux en mieux des structures comme les nôtres? Ou est-ce que la faune sauvage fait de plus en plus face à des soucis concernant l’environnement urbain dans lequel elle évolue? C’est difficile à dire, mais les faits sont là». Parmi les animaux le plus souvent recueillis par le Centre, on retrouve le pigeon ramier, le hérisson d’Europe, la corneille noire, le moineau domestique, ou encore la pie bavarde.

Un chat dangereux

Plusieurs facteurs expliquent cette hausse de patients au Centre. Un de ces facteurs est un de nos animaux préférés: le chat. Les victimes de prédation de chat étaient au nombre de 285 en 2021, contre 142 en 2019. Et les conséquences d’une telle attaque sont sans appel vu que seuls 20% des animaux attaqués survivent. «En tant que propriétaire de chat, il est possible de faire des petites choses pour limiter l’impact de son chat sur la faune sauvage. Par exemple en utilisant des colliers à clochettes, avec une collerette colorée, ou encore en ne sortant pas son chat au lever ou au coucher du soleil. C’est pareil pour les chiens. On reçoit beaucoup d’animaux attaqués par des chiens sans laisse, alors qu’elle est obligatoire dans une grande partie de la forêt de Soignes par exemple».

Autre intervention régulière, le soin d’oisillons parfois apportés trop rapidement au Centre. «On est dans un environnement urbain. Et donc, souvent, les oisillons se jettent hors du nid avant de savoir voler. Mais les parents continuent à s’en occuper au sol. Malheureusement, les gens ont tendance à les ramasser un peu vite en croyant que le petit est abandonné et qu’il est blessé. Donc on reçoit énormément de jeunes qui auraient dû continuer leur croissance auprès de leurs parents. C’est un gros travail de sensibilisation qu’il faut continuer à faire. On a parfois l’impression que l’animal est en détresse alors que ce n’est pas toujours le cas». De manière générale, 2021 semble avoir été une année moins fructueuse pour la reproduction par rapport à 2020. Probablement à cause de la météo. Même si Bruxelles a été épargnée par les inondations, la région a tout de même été copieusement arrosée et n’a pas connu de véritable période de chaleur.

Un problème de taille

À force d’accueillir et soigner des animaux, le Centre fait désormais face à un problème de taille. «Nous avons un réel problème question place puisque le hérisson, animal territorial, doit être maintenu dans des cages individuelles au risque de combats et donc de blessures. Alors que notre bâtiment actuel ne cesse de se dégrader, les murs, eux, ne se déplacent pas… Que ferons-nous lorsque nous aurons atteint la limite de ce que l’on nous accorde?», se demande le centre. «Si les accueils augmentent, les moyens financiers et le personnel n’augmentent pas, eux. On commence aussi à avoir des petits problèmes de place», précise Nadège Pineau. Le Centre travail dans cette optique depuis un an et demi à la création d’un hôpital faune sauvage à Bruxelles «avec des locaux réellement adaptés et plus d’espace pour ce qu’il va se passer dans les années à venir». Des discussions sont en cours avec les communes d’Ixelles et de Watermael-Boitsfort.

Agir individuellement

Même si vous habitez en ville, il est possible d’agir individuellement si vous souhaitez aider à préserver la faune sauvage. Pour cela, plusieurs petits gestes suffisent. Notamment pour venir en aide aux oiseaux. Outre de l’aide matérielle ou pécuniaire pour une association défendant la faune, il est possible d’agir en installant des nichoirs, des mangeoires, ou encore un abreuvoir. «Même quand on a un appartement, qu’on n’est pas au rez-de-chaussée ou qu’on n’a pas de jardin, il est toujours possible de faire quelque chose», assure Nadège Pineau. Le Centre appelle aussi de manière générale à réduire sa consommation de déchets en plastique pour éviter que des animaux restent coincés dans ces derniers.

Que faire si vous trouvez un animal ?

Vous avez trouvé un animal en détresse mais ne savez pas quoi en faire? Voici la démarche à suivre. Placez-le d’abord dans une boîte en carton percée de quelques trous. Il est conseillé d’éviter une cage métallique car l’animal risquerait de se blesser à nouveau ou d’abîmer son plumage si c’est un oiseau. Si vous ne pouvez pas directement amener l’animal dans un centre de revalidation, placez-le (toujours dans sa boîte) dans une pièce sombre et tempérée. Ne le nourrissez que si vous êtes certains de ce qu’il peut manger. «La plupart des animaux peuvent vivre facilement plusieurs heures sans manger, pas d’inquiétude donc. Le pain et le lait sont à proscrire», rappelle le Centre. Ne lui administrez finalement aucun médicament, ne le forcez pas à manger et à boire et ne l’exhibez pas à tout le monde pour éviter de le stresser.