La 5G à Bruxelles? «Oui, mais pas à tout prix!»

La 5G à Bruxelles? «Oui, mais pas à tout prix!»
F. Sanguinetti

Si la Belgique accuse un certain retard par rapport à ses voisins européens sur la 5G, le dossier avance. La mise aux enchères des licences 5G devrait avoir lieu au deuxième trimestre de 2022, avec peut-être un quatrième opérateur en lice. Les opérateurs auront toutefois besoin de plusieurs mois pour procéder au déploiement massif du réseau de téléphonie mobile de 5e génération. Dans l’attente, le régulateur des télécommunications, l’IBPT a déjà délivré des licences provisoires à Proximus et Telenet.

À Bruxelles, on se prépare à accueillir cette nouvelle technologie. La norme d’émission a d’ailleurs été rehaussée l’été dernier à 14,5v/m pour permettre le déploiement de la 5G dans la capitale.

Aux yeux de Véronique Lefrancq, députée cdH au Parlement bruxellois (et dans l’opposition), le déploiement de cette technologie ne peut se faire sans un cadre législatif bien défini. « À l’instar de villes comme Paris ou Amsterdam, il faut se doter d’un cadre réglementaire, de balises. La 5G fait partie de notre avenir. C’est complètement utopique de penser que demain, on va pouvoir avancer sans elle. Alors la 5G oui, mais pas dans n’importe quelles conditions. Pas à tout prix. »

Quatre axes d’action

C’est dans cet esprit que la députée a déposé lundi dernier, au Parlement bruxellois, une proposition de résolution invitant le gouvernement à adopter « un cadre régulateur et protecteur » ainsi qu’une « charte de bonne utilisation de la 5G+ ». « + », parce qu’elle couvrirait l’utilisation du réseau 5G, mais aussi des prochaines générations de téléphonie mobile.

Fruit d’une réflexion entre experts et citoyens sur le sujet, cette proposition définit une série de balises. « Ces balises nous permettraient d’aller pleinement vers l’utilisation de la 5G+, mais avec un cadre réglementaire qui répondrait un peu plus aux préoccupations des citoyens », estime Véronique Lefrancq. Celles-ci s’articulent autour de quatre axes principaux. Primo : apporter des garanties en matière de protection des données personnelles des citoyens [transparence, consentement, protection de la vie privée…]. Secundo : se prémunir contre les effets de la fracture numérique (qui touche déjà 1 Belge sur 5) en garantissant l’accessibilité des services. Tertio : s’assurer de la protection de la santé et de l’environnement. Enfin, le texte insiste sur la sobriété numérique et le respect du droit à la déconnexion.

« Avec la 5G, il y a l’effet rebond : plus vous consommez, plus vous serez susceptible de consommer encore plus. Et on se retrouve dans l’hyperconnectivité, dont on connaît aujourd’hui les dangers et limites : troubles de la santé mentale, addiction, surconsommation, cyberviolence, risques liés à la vie privée… », développe la députée cdH. « L’éducation à la consommation numérique et aux risques liés à cette hyperconnexion est fondamentale, et ce à tout âge », martèle-t-elle. « Ce droit à la déconnexion et à la sobriété numérique s’impose aussi comme une question de société. Tout le monde est concerné par cette question-là. »

Une vision de notre société

« Nous ne sommes pas contre la 5G », insiste Véronique Lefrancq. « Elle représente des opportunités et des enjeux économiques intéressants. La question qui se pose, c’est quelle société voulons-nous avec la 5G ? On n’a pas envie d’une société hyperconnectée et totalement déshumanisante. C’est pour cela que ces balises sont essentielles. »

« À aucun moment la charte ne veut pas ralentir le processus dans lequel s’inscrivent les Smart Cities. Mais nous voulons une 5G qui soit inclusive, respectueuse des personnes, de leur santé, de la consommation énergétique… », conclut la députée.