SNCB : Comment renforcer la sécurité sur le rail?

SNCB : Comment renforcer la sécurité sur le rail?
Photo Belga

En 2021, la SNCB a constaté plus de 1.300 agressions contre son personnel dans les trains et dans les gares. Un chiffre qui est malheureusement en hausse ces dernières années. Outre les agents de la compagnie ferroviaire, le harcèlement et les agressions touchent aussi les voyageurs. Et dans un cas comme dans l’autre, il s’agit d’un phénomène discriminatoire : on sait que ces violences sont le plus souvent exercées à l’encontre des passagères et des travailleuses.

Pour mieux combattre ces phénomènes, une proposition de résolution a été déposée au Parlement par Ecolo-Groen. Adoptée à la majorité en commission mobilité avant les vacances d’automne, elle devrait l’être cette semaine en plénière. Le texte contient une vingtaine de demandes très concrètes visant à améliorer la sécurité sur le rail. Amendée après concertation avec les syndicats, l’Institut pour l’Égalité des Femmes et des Hommes (IEFH) et les associations de terrain, l’esprit de la résolution reste le même : mobiliser tous les leviers à la disposition de la SNCB pour lutter davantage contre le harcèlement, les violences et les agressions, à la fois envers les travailleurs et envers les navetteurs.

« Au niveau des transports en commun, la question des violences, physiques ou verbales, est prise en charge à la STIB et au TEC. Du côté de la SNCB, on a vu des avancées ces dernières années mais on pourrait aller encore plus loin », expose Nicolas Parent, député écologiste à l’origine de la proposition de résolution. « Les violences et le harcèlement dans les transports en commun, c’est une question quotidienne. Le sentiment d’insécurité est dissuasif. Or, si l’on veut rendre le rail attractif pour tout le monde et attirer 30 % de voyageurs en plus d’ici 2032, le gouvernement et la SNCB ont un rôle important à jouer par rapport à cela. »

Des campagnes ciblées

Parmi les éléments phares de la proposition, les députés insistent sur la nécessité d’harmoniser le travail entre les différents opérateurs de transports publics, et notamment en ce qui concerne les campagnes de sensibilisation. « Il est plus pertinent que le message soit le même, peu importe que l’on soit dans un bus, un tram ou un train », poursuit Nicolas Parent. « La prévention ne doit pas s’organiser via des campagnes épisodiques mais bien structurelles. Elle doit faire partie, en permanence, de l’environnement des transports en commun, avec des messages forts qui s’adressent directement aux victimes, aux témoins et aux agresseurs. »

La SNCB effectue déjà un monitoring de son réseau pour identifier les gares, les lignes et les créneaux horaires problématiques. Celui-ci lui permet d’adapter sa politique et de déployer ses équipes là où elles sont le plus nécessaires. Aux yeux des députés, la société ferroviaire dispose encore d’une marge d’action pour améliorer la qualité du reporting. « On sait qu’il y a des chiffres noirs : on estime que 90 % des victimes de violences sexuelles ne vont pas à la police. D’où la nécessité d’affiner la connaissance de la problématique par différents biais, à la fois pour les voyageurs et le personnel », insiste le député. Il s’agit, par exemple, de mieux informer sur les procédures et outils, de faciliter les modalités de signalement, de permettre l’anonymisation de ceux-ci, d’intégrer les questions de sécurité dans les enquêtes de la SNCB… « Sur base de ces méthodes, on peut vraiment libérer davantage la parole, à la fois des travailleurs et des voyageurs. En améliorant le signalement des faits, la SNCB pourra avoir une vue plus fine de ces phénomènes, et ainsi faire diminuer ces chiffres noirs sur les violences et le harcèlement. » Depuis le dépôt de la résolution en 2020, la compagnie ferroviaire travaille d’ailleurs activement pour développer des outils d’alerte, notamment via application.

La diversité au cœur des politiques

Les députés appellent en outre à renforcer les sanctions, tant au niveau de la Justice pour améliorer le suivi judiciaire des plaintes, que de la SNCB qui dispose elle-même d’une batterie de sanctions administratives. Le personnel doit en être informé, tout comme il doit être formé sur l’accompagnement des victimes.

Enfin, la diversité doit être au cœur des politiques de la SNCB rappelle le texte. « La SNCB a fait de la diversité un axe de sa politique de recrutement [la société ferroviaire a d’ailleurs reçu le label Diversité d’Actiris, ndlr]. Il nous semble que cela mérite d’être monitoré chaque année, via l’instauration d’un baromètre annuel sur les politiques de diversité. Un environnement mixte, inclusif, est plus propice pour combattre les phénomènes de harcèlement sexiste et de violences sexuelles, que ce soit pour les membres du personnel et les passagers. C’est une condition pour le vivre-ensemble sur le rail. »

Cette résolution arrive à un moment clef pour le rail, puisque les discussions autour du contrat de gestion (fixant les objectifs de la SNCB pour les dix à venir) doivent aboutir d’ici la fin de l’année. « Il est important qu’il y ait un focus sur les questions de sécurité dans ces contrats de gestion », insiste Nicolas Parent. « C’est une résolution qui tombe à pic. Le Parlement envoie un signal très fort et très uni sur cette question. J’espère qu’il sera entendu. »