Pourquoi les rayons de nos supermarchés vont-ils continuer de se vider?

Pourquoi les rayons de nos supermarchés vont-ils continuer de se vider?
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La semaine dernière, nous vous expliquions que la hausse des prix que l’on constate dans les supermarchés à l’heure actuelle risquait de ne pas s’arrêter. Daltix, un bureau de recherche que détient Colruyt, estimait que les prix chez Albert Heijn sont 7,8 % plus chers que l’année dernière, quand ils grimpent de 11,1 % chez Aldi et 11,9 % chez Carrefour. Ces chiffres sont moins marqués chez Colruyt et Delhaize, qui ont respectivement augmenté de 4,3 % et 6 %.

L’experte en commerce de détail Silvie Vanhout explique que les marques et les supermarchés vont démarrer leurs négociations annuelles sur les prix, l’assortiment et les promotions. « Tout devient plus cher. Le cacao, le lait, mais aussi le verre du pot de pâte à tartiner et le carton dans lequel tous les pots sont emballés », explique-t-elle à nos confrères de HLN.

Une raréfaction des produits

Elle poursuit : « Jusqu’à présent, aucun supermarché n’a voulu être le premier à augmenter fortement ses prix, alors que l’inflation n’a jamais été aussi élevée et que les hausses de prix se succèdent depuis le printemps. Pour donner un exemple : pour faire de la pâte à tartiner au chocolat, il faut notamment du cacao et du lait, et ces matières premières sont devenues plus chères. Mais le prix du verre du bocal, du plastique du couvercle et du carton de l’emballage a également augmenté. Ajoutez à cela le transport et les salaires des travailleurs et vous comprendrez que le producteur de pâte à tartiner au chocolat n’aura d’autre choix que de répercuter ces augmentations. »

Conséquence directe de cette augmentation des prix, déjà observable dans nos supermarchés : les produits vont se raréfier. « Actuellement, c’est généralement parce qu’un produit est vraiment en rupture de stock, parce qu’un producteur a besoin de céréales en provenance d’Ukraine, par exemple. Mais à partir de l’année prochaine, ce sera aussi parce que le supermarché et le fournisseur ne se seront pas mis d’accord sur le prix d’achat. Il sera intéressant de voir comment cette bataille va se dérouler », analyse Jorg Snoeck, porte-parole de RetailDetail.

La guerre et les fortes chaleurs en cause

Chez nos voisins français, NielsenIQ estime que le taux de rupture en magasin entre mi-juin et mi-juillet était de 5,3 %, soit 1,2 point de plus qu’à la même période l’année d’avant, comme le rapportent nos confrères du Parisien. Un chiffre qui doit sans doute être similaire chez nous. « Il faut se rappeler que 80 % des importations mondiales d’huiles venaient de Russie et d’Ukraine », souligne Sébastien Etévé, responsable études de ruptures chez NielsenIQ, pour expliquer le manque de certains produits dans les rayons.

Et en ce qui concerne le manque de moutarde dans les rayons français, par exemple, c’est en fait la sécheresse au Canada qui le justifie, puisque le pays est producteur de 80 % des graines. En Belgique, par contre, il n’y a aucune pénurie de moutarde, pour le moment. Dans le même ordre d’idée, la chaleur crée une pénurie pour certains articles, comme les bouteilles d’eau en plastique ou les articles de barbecue, explique Carole Nicolas, une autre analyste de NielsenIQ : « Il y a un effet météo, avec des articles qui sont bien plus consommés. Je pense notamment aux eaux qui partent plus vite. Il y a donc un décalage entre l’offre et la demande, le temps que les magasins soient réapprovisionnés. »