Le pétrole est au plus bas, pourtant les prix sont toujours aussi hauts. Qui profite de cette différence?

Le pétrole est au plus bas, pourtant les prix sont toujours aussi hauts. Qui profite de cette différence?
Ph. Xinhua / Zheng Huansong

Les prix du pétrole ont baissé mercredi en début de séance. Ils sont tombés à leur plus bas niveau depuis environ un mois, probablement alimentés par les craintes de récession. Un baril (159 litres) de Brent (référence étalon du marché pétrolier) de la mer du Nord coûtait ainsi 110,75 dollars mercredi matin, soit 3,90 dollars de moins que mardi. Le prix du baril de West Texas Intermediate (WTI) américain a chuté de 4,08 dollars, à 105,44 dollars.

Un prix qui reste très élevé

Pourtant, chez nous, les prix de l’essence et du gasoil de chauffage restent extrêmement hauts. Il est toujours à plus de 2 € le litre pour l’essence 95 et 98 et de près d’1,46 € le litre pour une petite commande de mazout classique, c’est-à-dire non loin de son record historique. Mais comment explique-t-on cette différence entre le prix du baril et celui que nous payons effectivement à la pompe ?

-> Il convient d’abord de relativiser la baisse de prix du baril de pétrole. S’il est tombé à son prix le plus bas en un mois, il reste encore environ 40 % plus élevé qu’au début de cette année. On est donc bien loin des prix que nous connaissions avant le début de la guerre en Ukraine.

-> Un autre élément à prendre en considération est que le prix du gasoil de chauffage n’est pas directement lié au prix du baril de Brent. Pour cause, nos chaudières ne sont pas capables de tourner au pétrole brut. Le gasoil de chauffage est en effet un élément raffiné, ce qui signifie que le pétrole a été transformé avant d’être injecté dans notre chaudière. L’essence qui alimente nos voitures est, lui aussi, un élément raffiné. « Ces deux marchés sont tout à fait différents et ne sont pas négociés de la même manière sur les bourses », indique à la RTBF Olivier Neirynck, directeur technique de la BRAFCO, la Fédération belge des négociants en carburants.

-> D’autres facteurs vont également avoir une influence considérable sur les prix. C’est notamment le cas du taux de change de l’offre et la demande. On aurait pu s’attendre à ce que le prix du gasoil du chauffage diminue avec l’arrivée des belles journées printanières. Problème, ces beaux jours coïncident avec la fin de restrictions sanitaires aux quatre coins du monde. Les citoyens ont donc recommencé à (re)prendre leurs véhicules, les entreprises tournent à nouveau à plein régime, et les voyages en avion ont repris en Europe et Amérique du Nord. La demande est donc actuellement en hausse alors que l’offre, elle, ne bouge pas. Et la demande devrait continuer à augmenter prochainement. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) prévoit même que la demande pétrolière mondiale va pour la première fois dépasser les niveaux d’avant la pandémie de Covid l’an prochain, tirée par la Chine.

-> Enfin, s’il fallait le rappeler, l’Union européenne a décidé fin mai, dans le cadre de nouvelles sanctions à l’encontre de Moscou, d’un embargo progressif, avec des exceptions, sur ses importations de pétrole russe. Notre pétrole vient donc de plus loin et son acheminement coûte plus cher.