La méthode des chiens détecteurs de Covid ne sera plus utilisée en Belgique

La méthode des chiens détecteurs de Covid ne sera plus utilisée en Belgique
Bela / J. Gekiere

Lorsqu’il a été annoncé début mars 2020 que des chiens étaient formés à l’Ecole Nationale Vétérinaire de Maisons-Alfort pour détecter la Covid-19, un projet scientifique similaire a été lancé en Belgique afin d’évaluer la capacité des chiens à distinguer des personnes porteuses du virus Sars-Cov2 de celles en bonne santé.

Les organismes publics travaillant avec des chiens, comme la Défense, les Pompiers, la Police Fédérale ou la Protection Civile, ont fédéré leurs ressources pour réaliser cette étude. L’Université de Gand et l’Université de Liège ont alors apporté le soutien scientifique nécessaire à l’élaboration de cet essai. Sur base d’études de pays étrangers, il a été décidé de travailler avec des échantillons de sueur axillaire.

Entrainement quotidien

En effet, ce type de prélèvement ne contient pas de virus, de sorte qu’une éventuelle infection des chiens et/ou maîtres-chiens et/ou expérimentateurs peut être évitée. En novembre 2020, le gouvernement fédéral a fourni un budget afin que des échantillons de sueur de patients sains et atteints de Covid-19 (confirmés par PCR) puissent être prélevés et stockés. Certains échantillons étaient conservés pour des analyses chimiques ultérieures afin de déterminer les composants organiques volatiles excrétés dans la sueur des patients atteints de Covid-19.

Des boules de coton ont ainsi été placées sous les aisselles de patients volontaires pendant environ 30 minutes avant d’être retirées et congelées pour un testing ultérieur par les chiens. Sous la direction de Bart Meeus et Ellen Van Krunkelsven (Direction d’Appui Canin de la Police Fédérale), les maîtres-chiens du ministère de la Défense, de la Police fédérale et de la Protection civile se sont entraînés quotidiennement avec leurs chiens pendant plusieurs mois. La formation a eu lieu au centre de formation et d’accréditation de la Police Fédérale à Neerhespen.

Succès scientifique

L’étude a rapidement fourni des résultats encourageants. La première phase s’est achevée le 08 mars 2021. Après 10 semaines de formation, les performances des chiens à détecter le Sars-Cov2 sur des prélèvements de sueur axillaire de patients humains ont atteint une spécificité moyenne de 98 %, (seulement 2 % de faux positifs) et une sensibilité moyenne de 81 % (seulement 19 % de faux négatifs).

Lorsque le budget initial prévu a été épuisé, les formateurs de la police fédérale et les différents maîtres-chiens ont décidé de poursuivre les entraînements sur une base volontaire, deux environ une fois par semaine. Cela a permis de constater une amélioration continue des performances des chiens. En effet, ils ont atteint aujourd’hui presque 100 % de sensibilité et spécificité.

Ces six chiens ont été en mesure de détecter des infections à Sars-Cov2 tant chez des enfants que chez des adultes. Par ailleurs, plusieurs essais ont montré que les chiens pouvaient également reconnaître des patients infectés par différents variants du Covid-19 (variants sud-africain, britannique et indien). Les chiens renifleurs Covid-19 étaient très efficaces dans cette reconnaissance et n’avaient pas besoin d’un entraînement spécifique à chaque variant.

La vaccination contre la Covid-19 n’a pas non plus induit les chiens en erreur : ils pouvaient toujours correctement discriminer les échantillons de personnes vaccinées (avec les divers vaccins disponibles) des personnes naturellement infectées. Le 26 mai 2021, le comité de pilotage multidisciplinaire de ce projet a rendu un état des lieux des recherches sur les chiens renifleurs Covid-19 à la « Task Force Testing » belge.

Plus de valeur ajoutée

Ce groupe de travail fédéral a souligné l’intérêt des résultats performants de cette étude mais a décidé que dans les circonstances actuelles, il n’était pas approprié d’utiliser ces chiens de manière opérationnelle pour plusieurs raisons. Tout d’abord, une enquête a révélé qu’environ 10 % de la population a peur du contact direct avec les chiens. Ensuite, le test actuellement validé avec des chiens (garder des boules de coton sous l’aisselle pendant 10 minutes s’avère suffisant) n’offre aucune valeur ajoutée par rapport aux tests rapides actuels qui donnent également des résultats dans les 10 minutes. Les 6 chiens validés ont aussi d’autres missions telles que la recherche d’explosifs et la « recherche et sauvetage » de personnes. Au final, il faudrait trop de temps pour former de nouveaux chiens à la recherche directe sur les patients humains (plutôt que via des prélèvements de sueur).