Intempéries: «On était en zone de guerre, on ne savait pas où chercher ni qui on cherchait»

Intempéries: «On était en zone de guerre, on ne savait pas où chercher ni qui on cherchait»
Belga / B. Fahy

Le mois de juillet n’aura pas été de tout repos pour Alain Remue, qui a été sur tous les fronts suite aux inondations qui ont touché la Wallonie. Depuis 26 ans, il dirige la cellule des personnes disparues au sein de la police fédérale et a donc été très solicité. Sur le terrain, il dresse un tableau de ce qu’il a vécu auprès de nos confrères de Sudinfo: «On a fait notre travail. Mais ces inondations, ce fut vraiment très spécial. C’était du jamais vu pour nous. On a l’habitude de faire des fouilles, mais ici la situation n’était pas claire, on s’est retrouvé dans une dimension très différente.»

«Il y avait trois grosses difficultés. 1. D’habitude, on travaille dans le cadre d’un dossier précis. On sait qui on cherche et l’endroit est plus ou moins délimité, on a des zones de recherches. Grâce à la téléphonie du disparu par exemple. Rien de tel ici. On est parti avec une liste de plus de 200 personnes disparues, on ne savait pas qui on cherchait exactement. 2. La zone géographique de recherche était immense. La Vesdre, l’Ourthe, la Hoëgne s’étirent sur des kilomètres… Quand une personne est emportée par les courants, tout est possible. Elle peut se retrouver tout près de son lieu de disparition ou à des kilomètres de là. On l’a vu avec cette victime de Verviers retrouvée à Trooz, à 28 km ! Les corps peuvent aussi rester coincés sous l’eau à cause d’un objet, une barre de fer, une branche… 3. Nous avons travaillé, non dans une zone classique, mais sur une zone de guerre», poursuit le sexagénaire.

Il explique enfin comment il a coordiné ses actions avec les services de secours: «Mon équipe s’est directement rendue sur les inondations pour commencer les fouilles, avec nos partenaires (protection civile, police locale, DVI, la police judiciaire fédérale de Liège…). Je les ai rejoints le dimanche, le temps que je revienne de Provence où je me trouvais en vacances. Le but était de faire diminuer cette liste de plus de 200 noms, donnés par les familles, les amis… Et heureusement, cette liste a diminué de jour en jour, parce que les gens que l’on pensait disparus se manifestaient. Avec tout le respect que l’on doit aux familles qui ont perdu un proche, on peut se réjouir (mais le mot est mal choisi) qu’il n’y ait « que » 38 morts. Quand on voit la force du courant qu’il y a eu, quand on voit les dégâts, on aurait pu en avoir… 400 ! Je suis aussi content de constater que tant de gens s’inquiètent pour leur voisin. C’est pour ça que le chiffre de 200 était surestimé.»

L’entretien dans son intégralité est à retrouver sur le site web de Sudpresse.