En pleine cavale, Salah Abdeslam a répondu à une interview de la RTBF: «Les barrages, c’est tout à fait normal»

Sans le savoir, une journaliste de la RTBF radio a interviewé Salah Abdeslam lors des contrôles routiers qui s’étaient multipliés aux abords de la frontière franco-belge dans les heures qui ont suivi les attentats de Paris, le 13 novembre 2015.

par
Belga
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Le lendemain du chaos dans les rues de Paris, des barrages routiers ont été installés entre la France et la Belgique. Une journaliste de la RTBF a ainsi interviewé des automobilistes sur ces mesures, à la frontière franco-belge.

Aux personnes qui acceptent l’entretien, la journaliste Charlotte Legrand pose cette question: «D’où venez-vous et que pensez-vous des contrôles?». En ce qui concerne les voitures arrêtées, «c’était principalement des plaques étrangères: espagnoles, néerlandaises, françaises. Quelques Belges aussi», expliquait la journaliste. À ce stade de l’enquête, Salah Abdeslam n’était pas recherché, il n’avait pas été identifié comme faisant partie des terroristes.

«Ils m’ont un peu éjectée»

Lors de ces contrôles, la journaliste s’approche d’une voiture pour questionner les personnes qui se trouvent à l’intérieur: «Je ne me souviens ni de la marque de la voiture, ni de la couleur. Il y avait trois jeunes qui semblaient très fatigués, le visage chiffonné. Celui à l’arrière était emmitouflé dans une espèce de doudoune ou un duvet. Ils n’étaient pas spécialement sympathiques, mais ils ont répondu à mes questions le temps que leurs cartes d’identité soient contrôlées. Quand ils ont récupéré leurs papiers, ils ont coupé court à la conversation et ont remontré leur vitre. Ils m’ont un peu éjectée», témoigne Charlotte Legrand.

«Troisième contrôle»

En réponse à la journaliste, les trois hommes ont déclaré: «Celui-là, c’est le troisième. Troisième contrôle. Franchement, on a trouvé ça un peu abusif. Mais on a compris un petit peu le sens de… le pourquoi. Après, on a su le pourquoi». Suite à cette interview qui semblait banale aux yeux de la rédaction et les premières images des caméras de surveillance de la station-service montrant Salah Abdeslam accompagné de Amri et Attou, les journalistes ont commencé à se poser des questions. «Quelques collègues m’ont chambrée: ‘Tu n’aurais pas fait l’interview de Salah, par hasard?’», explique la journaliste.

Plus tard, alors que Salah Abdeslam était en cellule après avoir été arrêté le 18 mars 2016, une conversation entre ce dernier et ses deux voisins de cellule, Mehdi Nemmouche, terroriste du musée juif de Bruxelles et Mohamed Bakkali, un des logisticiens des attentats du 13 novembre, n’est pas passée inaperçue. On l’entend affirmer avoir répondu à l’interview des journalistes de la RTBF alors qu’il revenait de Paris le lendemain des attentats: «J’ai parlé en me référant aux infos du journal. Elle me dit: ‘Vous trouvez ça normal qu’il y ait des barrages comme ça?’. J’ai dit: ‘Oui, c’est tout à fait normal’», s’est-il vanté auprès de ses voisins de cellule.