Comment se reconstruire après avoir été frappé par les inondations

Comment se reconstruire après avoir été frappé par les inondations
Belga

Le jeudi 15 juillet 2021 restera un jour à jamais gravé dans ma mémoire. Comme des dizaines de milliers de Belges, j’ai été frappé de plein fouet par les inondations. À Mont-Saint-Guibert, dans le Brabant wallon, un peu plus d’un mètre d’eau s’est engouffré dans mon habitation, dévastant tout notre rez-de-chaussée. Il me reste de nombreux souvenirs de ces quelques heures cauchemardesques. La montée des eaux dans la maison, le bruit de la vaisselle, des meubles et des objets emportés par l’eau et cette nuit interminable, passée à l’étage, sans eau, ni électricité. Le lendemain matin, j’ai vu de nombreuses larmes couler. Celles d’un voisin, motard et tatoué, en pleurs dans son jardin en constatant l’ampleur des dégâts, ou encore celles d’un père de famille qui, en découvrant son rez-de-chaussée, était dévasté par la perte des jouets de ses enfants en bas âge.

Quelques semaines plus tard, les larmes ont séché mais le traumatisme est toujours là. Depuis ce 15 juillet, je ne me rappelle plus avoir passé une bonne nuit de sommeil. Quand je ne suis pas réveillé par des cauchemars, ce sont les moindres bruits au rez-de-chaussée ou à l’extérieur qui me font sursauter et me sortent de mon sommeil. À Mont-Saint-Guibert, nous avons eu la chance de pouvoir compter sur un énorme élan de solidarité. Des proches, des amis mais aussi une multitude d’inconnus nous ont proposé leur aide pour nous aider à nous reconstruire.

Cette journée du 15 juillet semble à la fois si proche et éloignée. Parfois, je me demande si tout cela est bien réel et si ce n’est pas un mauvais rêve qui va bientôt se terminer. Mais la réalité me remet bien vite les pieds sur terre. Il faut gérer les assurances, commander une nouvelle cuisine, des nouvelles portes, un nouveau canapé et des nouveaux meubles. Au milieu de tout ça, il faut aussi reprendre peu à peu une vie normale, recommencer à travailler, à cuisiner et à tenter de profiter des quelques moments de répits pour lire, regarder une série ou rallumer les consoles de jeu.

Comment se reconstruire ?

Au-delà de la perte de biens matériels, les sinistrés doivent faire face à un traumatisme psychologique bien réel. Il y a 20 ans, en avril 2001, de grandes inondations ont frappé le département de la Somme, en France. Des chercheurs se sont alors intéressés au stress psychologique des sinistrés. Il en ressortait que les principales séquelles psychologiques des sinistrés étaient des « symptômes dépressifs et anxieux ainsi que les problèmes somatiques » et que ces problèmes pouvaient peser dans « le fonctionnement familial, social et professionnel ». Les chercheurs ont aussi constaté que les inondations avaient eu de nombreux impacts sur les sinistrés : difficulté à prendre des décisions, à se concentrer ou encore pertes de mémoire.

On a pu le constater en Belgique. Les inondations peuvent aussi déclencher des phobies, notamment la crainte du moindre orage. Seul le temps permettra de faire en sorte que cette crainte s’en aille peu à peu.

Enfin, il faut parler. Une aide psychosociale a rapidement été mise en place pour les personnes sinistrées via 1771. À Mont-Saint-Guibert, dès le lendemain du sinistre, du personnel du CPAS est venu sonner aux portes pour proposer de l’aide, du soutien ou de l’écoute. Il existe de nombreuses oreilles attentives et prêtes à vous écouter.

Nul besoin de faire comme si de rien n’était

La Croix-Rouge canadienne met à disposition un petit guide très instructif sur le rétablissement à la suite d’une inondation : « Vous venez de vivre un gros choc. Nul besoin de faire comme si de rien n’était. Il est normal de ressentir des émotions contradictoires au moment de retourner à la maison. Vous surmonterez plus facilement la situation en vous permettant de ressentir des émotions comme l’impuissance, la confusion, la colère et l’inquiétude et en vous confiant à quelqu’un en qui vous avez confiance ».

Ce guide de 16 pages conseille notamment d’être à l’écoute de vos pensées et de vos émotions : « Chez certaines personnes, l’inquiétude ou la détresse se manifestent par une impression de serrement à la poitrine, des grincements de dents, la contraction de la mâchoire, le sentiment d’avoir des papillons dans le ventre, des palpitations cardiaques, des paumes moites ou des essoufflements. Sachez reconnaître et nommer vos émotions et leurs symptômes. Confiez-vous à quelqu’un en qui vous avez confiance. »

La Croix-Rouge donne ensuite quelques techniques qui peuvent être utiles aux personnes qui se sentent anxieuses ou bouleversé : Ralentissez votre respiration, remplacez vos pensées négatives par des pensées positives, n’en faites pas trop : allez-y à petits pas, ne rejetez pas votre colère sur les autres, Soyez patient avec vous-même et votre entourage.

Tenter de reprendre une routine

Enfin, l’organisation conseille d’essayer de reprendre une routine, même si elle est différente de celle que vous aviez avant le sinistre. « Il est aussi important pour les adultes que pour les enfants de retrouver une heure de coucher normale et des repas réguliers (comprenant des plats familiers) ainsi que retourner à l’école et au travail. Divisez les tâches en petites étapes réalistes et facilement gérables, et accomplissez-les une par une. Faites le bilan du travail accompli à la fin de chaque journée ».

Si vous continuez à vous sentir dépassé ou désespéré, si vous n’arrivez pas à reprendre le dessus ou si vous éprouvez des signes de stress (irritabilité, troubles du sommeil, crise de panique ou anxiété généralisée, sentiment de tristesse et de désespoir profond), consultez un médecin et n’oubliez pas que demander de l’aide est un signe de force. Tenez bon, vous n’êtes pas seul. Metro souhaite plein de courage à toutes les personnes sinistrées.

10 conseils pour aller mieux :

1. Évitez de vous isoler. Les personnes qui sollicitent de l’aide et utilisent les ressources à leur disposition ont tendance à se rétablir plus rapidement et plus complètement.

2. Reposez-vous. Dormez autant que votre corps en a besoin.

3. Mangez régulièrement des repas nutritifs et buvez suffisamment d’eau.

4. Dans la mesure du possible, prenez le temps de faire des activités qui vous plaisent.

5. Malgré la fatigue et tous les efforts déployés ces derniers jours, faites autant d’exercice physique que possible.

6. Acceptez l’aide des autres

7. Trouvez un réseau de soutien, comme un groupe Facebook de votre village ou de solidarité de votre région

8. Notez vos pensées et vos émotions dans un journal

9. Serrez quelqu’un dans vos bras. Les contacts physiques permettent de se sentir connecté

10. Faites des plans pour l’avenir