On a testé pour vous le jeûne d'une semaine

On a testé pour vous le jeûne d'une semaine

Moins courantes qu'en Allemagne ou en France, les maisons de jeûne existent aussi en Belgique. J'ai découvert «La Maison de Sania» à Beauraing, en province de Namur, où j'ai eu la chance de vivre cette aventure aussi excitante qu'effrayante: je n'ai jamais raté un repas de ma vie!

Se priver de nourriture pendant quelques jours est une pratique qui a ses détracteurs comme ses adeptes. Pour ma part, en faire l'expérience dans ma chair était un préalable indispensable avant un quelconque jugement. Voici un bref résumé d'une semaine inoubliable avec à la clé un sentiment, peut-être futile mais en tout cas agréable, de fierté.

Semaine préparatoire

Après avoir rempli un document précisant que je suis en bonne santé et que je n'ai pas de trouble alimentaire, on me propose de suivre quelques conseils afin d'entrer en jeûne de la meilleure manière possible: je supprime donc progressivement de mon alimentation les protéines animales, les excitants puis les céréales et je finis par deux jours où je n'ingère que des fruits et légumes. Je coache également mon angoissé et très «old school» cerveau reptilien: non, lui dis-je, je ne nous envoie pas au cimetière, nous allons juste vivre une expérience physique et spirituelle exceptionnelle. Détends-toi, on sait gérer la disette, nous avons bien assez de réserves de graisses.

Après cette semaine préparatoire, j'affiche déjà moins deux kilos sur la balance.

Jour 1: découverte

J'arrive à 17h, après avoir mangé frénétiquement un régime de bananes dans ma voiture. Comme cela sera le cas chaque soir, vers 19h, on m'offre un petit bouillon de légumes (juste l'eau de cuisson). Nous sommes onze jeûneurs, répartis dans quatre chambres (seules, doubles ou à quatre). La maison est immense et lumineuse, au beau milieu d'un village en pleine nature. Je me rattache à ma bouteille d'eau comme un enfant à la jupe de sa mère, il est important de boire au moins deux litres par jour, me dit Michèle, notre hôte et notre phare pour ces prochains jours.

Jour 2: estomac pas content

Poids: -400 gr. Chaque matin, on reçoit un jus de citron dans de l'eau chaude et un petit jus de fruits frais. On nous prodigue ensuite une bonne heure de yoga (pas obligatoire bien sûr) et en fin de matinée, c'est parti pour deux ou trois heures de randonnée. En début d'après-midi, durant la marche, j'ai du mal à suivre. Mon estomac crie ouvertement. Humeur et énergie sont en montagne russe jusqu'au soir avec notre petit bouillon qui est suivi d'une conférence «santé», comme ce sera le cas presque chaque jour, histoire de nous occuper un maximum l'esprit. L'endormissement est difficile mais la nuit se passe bien.

Jour 3: ramenez-moi

Poids: -400 gr… Maigre consolation au regard de mon état catastrophique: réveillée à 6h par un rythme cardiaque à 100 pulsations par minute, nausées de femme enceinte, vertiges. Que fais-je ici?

Mais au bout de deux heures, ça passe comme c'est venu et je fais le yoga et la randonnée tranquillement. Il paraît que cet état marque le passage du circuit 1, où le corps prend l'énergie de l'apport alimentaire, au circuit 2, où il s'en va la chercher dans les muscles et les graisses (youpiii) avec la collaboration du foie qui va s'empresser de transformer ces dernières en glucose que l'organisme a besoin pour fonctionner. Au coucher, je ressens une sensation jamais expérimentée de bien-être au niveau de mon ventre. J'ai l'impression qu'il est complètement au repos et très content de l'être!

Jour 4: fantasmes gastronomiques

Poids: -300 gr. Réveil en forme (il faut quand même se lever doucement sous peine de s'infliger des vertiges: le fameux voile blanc). Je me délecte du yoga et de la randonnée. Vers 17h, j'ai très faim. Ou plutôt, j'ai envie de manger. Je fantasme complètement, aidée largement par d'autres gourmands. On passe honteusement en revue tous nos plats préférés. Je suis de mauvaise humeur mais ça passe, le bouillon arrive.

Jour 5: j'ai trouvé un sens à ma vie

Poids: -300 gr. Cette nuit, j'ai rêvé que j'ouvrais un snack de burgers végétariens et je me suis réveillée en me disant que j'avais enfin trouvé un sens à ma vie. Il ne me reste plus qu'à convaincre mes proches. Je suis toujours plus étonnée chaque jour de tenir si bien debout. Je me sens légère et j'ai très envie d'aller me promener. La nature et moi ne faisons plus qu'un et ces magnifiques petits veaux sont tellement expressifs! (snif).

Jour 6: Je resterais bien encore un peu

Poids: -400 gr. On peut jeûner combien de temps maximum, dis, Michèle? Ah? Un mois si on a des réserves? Allez, c'est parti! Non. C'est juste. J'ai deux enfants, un mari et un travail. Bon ben je reviendrai alors! C'est marrant, ça fait trois jours que je n'ai plus été «à selle» (quand on est jeûneur, on n'a plus aucun tabou, on se partage d'ailleurs plein d'infos très intéressantes sur le sujet).

Jour 7: Je redécouvre le goût

Poids: – 300 gr, je suis d'une étonnante régularité. Je suis complètement zen. On remange ce soir mais je ne suis pas certaine d'en avoir envie. Le soir, Michèle, notre mère à tous, nous prépare un buffet léger végétarien. Finalement, je me délecte de ces saveurs simples que je redécouvre avec extatisme. Mâcher n'est plus un acte anodin et automatique. C'est génial!

Jour 8: Je rentre en sautillant

Poids: – 200 gr. En tout, j'aurai perdu plus de quatre kilos. Nous déjeunons de fruits frais et repartons avec un petit plat pour le midi. La «sortie» de jeûne est très importante et Michèle tient à ce que le début de la reprise alimentaire se fasse au sein de sa maison. Consignes pour la suite: une semaine de jeûne devrait entraîner une semaine de reprise alimentaire progressive avec céréales et protéines animales en bout de course.

Une semaine après le jeûne:

C'est un bonheur de se sentir plus légère d'autant que l'énergie est haute et constante. Envie de manger sainement, de cuisiner, de marcher dans la nature. Espérons que cela dure! Psychologiquement, je me sens plus forte et plus à même de faire confiance en mon organisme.

Lucie Hage

www.ecole-de-sante.org

Ce qu'en dit le médecin

Didier Dastot est médecin généraliste et nutrithérapeute. Selon lui, ce type de jeûne n'est pas dangereux mais n'apporte pas vraiment de bénéfices sur le long terme: «Si l'on est en bonne santé, sans problèmes cardiaques par exemple et que l'on s'hydrate bien, un programme de six jours de jeûne n'est pas dangereux en soi. Mais il me semble plus adéquat de faire attention à manger sain au quotidien plutôt que de jeûner une ou deux fois par an. D'autant que les protéines vont être puisées dans les muscles et ce n'est pas conseillé surtout pour des personnes plus âgées par exemple. Le tout est d'être bien conseillé et bien encadré.»