Romain Puértolas pour « Sous le parapluie d'Adélaïde » : « Je voulais faire revivre ma tante pour la faire gagner »

Romain Puértolas pour « Sous le parapluie d'Adélaïde » : « Je voulais faire revivre ma tante pour la faire gagner »

Le roman débute avec un meurtre qui paraît invraisemblable…

« Je voulais montrer qu'il était aussi facile de tuer quelqu'un dans une rue déserte à minuit, qu'un 25 décembre au milieu d'une foule. Le meurtre est aussi anonyme. C'est le point de départ. Après, il y a ce qu'il se passe sous ce parapluie. Y a-t-il un témoin ? Qui est cette personne sous le parapluie ? »

Qui est votre enquêtrice ? Pourquoi avoir choisi une avocate ?

« Ça m'ennuie les policiers qui mènent des enquêtes ! Je trouve ça tellement banal. Ce qui m'excite, c'est que chacun de nous peut devenir détective. Cette avocate commise d'office est persuadée de l'innocence de son client. Elle va donc tout faire pour résoudre l'enquête. Elle fera peut-être même plus que les policiers. Car les fonctionnaires de police, et je m'inclus [Romain Puértolas est capitaine de police en disponibilité], ne sont pas rémunérés à l'affaire résolue. Ils n'ont pas d'obligation de résolution. »

L'histoire se déroule dans le passé. C'est un personnage en avance sur son temps que l'on découvre, non ?

« Tout à fait. Cette jeune avocate est brillante et ne se soucie pas de ce que pense la société. Dans le roman, elle a son pendant : Michel, qui est le seul noir de la ville, comme elle est la seule femme avocate. Ce que j'aime dans mes personnages, c'est qu'ils vont au-delà de cela. Ils se foutent des préjugés et foncent. Et ce sont ceux qui foncent qui vont ouvrir la brèche. Après, on réalise que c'était possible. Tout est possible dans la vie. »

Vous êtes ici dans un autre genre que celui du « Voyage du Fakir »…

« Oui, j'ai entamé un virage à partir de ‘La Police des Fleurs'. J'écris des choses plus sérieuses, dénuées de fantaisie et de loufoque. J'ai été étiqueté et je voulais faire une rupture, notamment dans le style. Ici, on est dans du dramatique. Je raconte l'histoire de la victime, Rose Rivière. Je livre un extrait de 50 pages de son journal intime. Elle y décrit sa relation avec son mari et les violences psychologiques et conjugales. »

Vous dédiez ce livre à votre tante. C'est elle qui vous a inspiré l'histoire de Rose ?

« Oui, effectivement. Ma tante n'était pas heureuse et c'est sa vie que j'ai romancée. J'ai écrit ce livre pour penser à elle et à toutes ces femmes qui subissent des violences, psychologiques ou physiques, de la part d'hommes. C'est insupportable. J'ai voulu rendre hommage à ma tante, qui me manque depuis maintenant 20 ans. Elle a mis fin à sa vie. C'est dommage. Les êtres humains ne méritent pas d'avoir une vie gâchée par quelqu'un d'autre. Je voulais la faire revivre, la faire vivre et la faire gagner. »

Votre roman contient un véritable coup de théâtre. Quelles sont vos ficelles pour jouer des lecteurs ?

« D'abord, me creuser la cervelle pour trouver un coup de théâtre, un truc qui fasse dire ‘wahou' à la fin. Il faut que ce soit invisible à la première lecture, et évident à la seconde. Pour cela, je joue sur les préjugés, les interprétations et la polysémie. C'est très jouissif d'écrire comme cela : sans mentir, mais dire de manière à ce que le lecteur ne voie pas. »

Certains lecteurs parviennent-ils tout de même à percer l'intrigue ?

« Aujourd'hui, les gens sont habitués et savent où chercher… mais j'arrive encore à les surprendre ! C'est assez jouissif pour moi. Évidemment, quelques personnes comprendront toujours les trucs avant tout le monde. Et c'est très bien aussi. Par exemple, certains points de ‘La police des fleurs' ne seront élucidés que dans le troisième tome [qui sortira en 2021]… Et certains sont parvenus à les résoudre avec deux tomes d'avance ! C'est rare, mais ça existe ! Comme quoi, le travail que je fais en profondeur sur ces livres-là, le moindre petit indice que je glisse peut servir à quelques lecteurs. »

Vous avez vécu en France, vous vivez aujourd'hui en Espagne, à Malaga. Est-ce que ces deux cultures influencent votre écriture ?

« Bien sûr. On ne peut pas comparer la littérature espagnole et la littérature française. Les deux se complémentent. Comme je lis en plusieurs langues et en version originale, je suis vraiment imprégné de cette culture. Je fais un mélange entre ces deux cultures, entre les deux littératures. Par exemple, j'utilise de temps en temps des expressions que je traduis littéralement d'une langue à l'autre. Ou dans mes livres d'avant, qui ont ce côté humoristique, assez fantasques. Ça aussi c'est une particularité espagnole, notamment avec un très grand auteur, Eduardo Mendoza. »

Oriane Renette

 

En quelques lignes

En ce 25 décembre, toute la ville de M. est rassemblée sur la place pour assister au spectacle de Noël. Au milieu de la foule, Rose Rivière est étranglée… mais personne ne réagit. Car personne n'a rien vu. Pourtant, un suspect est rapidement arrêté. Son avocate va alors tout faire pour tenter de l'innocenter : elle se lance à la recherche de celui qui pourrait être l'unique témoin du crime, celui qui était caché sous le parapluie d'Adélaïde…

Après « La Police des fleurs, des arbres et des forêts », Romain Puértolas dévoile le deuxième tome de sa trilogie. Tout au long de cette saga familiale, l'auteur se joue du lecteur pour l'emmener dans une enquête hors-norme, allant de fausses pistes en rebondissements.

« Sous le parapluie d'Adélaïde », de Romain Puértolas, aux éditions Albin Michel, 336 pages, 19,90€.

2/5