Rajae Maouane : «Il est urgent de réinvestir massivement dans la SNCB»

Rajae Maouane : «Il est urgent de réinvestir massivement dans la SNCB»

Pourquoi une Saint-Valentrain?

«C'est une action traditionnelle chez Ecolo, où l'on remercie les usagers des transports publics de les utiliser. Aujourd'hui, la voiture est devenue un non-choix dans les modes de mobilité. C'est pour cela que l'on veut développer l'offre de transports sur trois points essentiels: plus efficace, plus inclusive et plus attractive.»

Comment encourager les citoyens à emprunter les transports en commun?

«Ça passe par une amélioration de l'offre, mais aussi par un changement de mentalités. La voiture continue d'occuper une place centrale dans le système. Or, une voiture est immobilisée 96% de son temps de vie. Nous voulons un réaménagement du territoire pour mettre les usagers au centre. On veut faire des usagers des ‘winners'. Ce que l'on veut, c'est que la question ne soit plus ‘à quelle heure dois-je partir en voiture pour éviter les bouchons et trouver une place de parking?' Mais: ‘quel est le moyen le plus efficace d'aller d'un point A à un point B?' Il y a un switch à faire en termes de mentalités et d'investissements.»

Le train doit être un élément central de cette offre mobilité?

«Absolument. Un chiffre révélateur: la fréquentation des trains augmente chaque année de 3%. Il y a un engouement, notamment autour du train de nuit avec la ligne Bruxelles-Vienne. Il y a une volonté de prendre davantage le train, mais aujourd'hui la SNCB n'arrive plus à suivre. Nous voulons donc un réinvestissement massif dans les transports publics, notamment le train, notre colonne vertébrale. On veut réinvestir sept milliards € en cinq ans.»

Qu'entendez-vous par «offre attractive»?

«Une offre ponctuelle, avec plus de places assises, plus de fréquences et des horaires élargis. C'est aussi rouvrir des petites gares, renouveler le parc des trains et améliorer l'information voyageurs avec plus de personnes dans les guichets.»

Le prix n'a-t-il pas un (grand) rôle à jouer dans cette attractivité?

«Nous visons la gratuité ciblée dans les transports publics, c'est-à-dire pour les jeunes de moins de 25 ans, les personnes âgées et les allocataires sociaux. Elle va bientôt être mise en place à Bruxelles avec la Stib, et on essaie de la mettre en place en Wallonie. Les jeunes c'est important, car c'est quand ils sont jeunes qu'ils prennent de bonnes habitudes.»

Au-delà du rail, il y a d'autres freins, notamment au niveau des parkings: pas de places, places payantes, listes d'attente… de quoi décourager des potentiels navetteurs.

«On ne peut pas demander aux gens de faire l'effort de l'intermodalité et de prendre davantage le train si les investissements ne sont pas faits. Les gouvernements Di Rupo et Michel ont raboté les budgets SNCB. On ne peut pas dire ‘il faut prendre davantage le train et faire un effort', et ne pas permettre aux gens de faire ce pas-là. C'est pour cela qu'on veut réinvestir massivement dans la SNCB.

Dans les propositions d'investissements, c'est aussi plus de parkings de délestage voitures et vélos aux abords des gares. Ça doit devenir une évidence d'aller en voiture ou à vélo à la gare, de les laisser dans un endroit où ils ne seront ni volés ni vandalisés, et sans que ça ne coûte les yeux de la tête.»

Comment financer tous ces investissements?

«Si on lutte efficacement contre la fraude fiscale, on peut aller chercher des milliards. On peut aussi trouver des sources de financement auprès des multinationales en Belgique qui ne paient pas d'impôts. Et il y a des coûts dont on ne parle pas forcément: la pollution de l'air a un impact sur la santé et représente aussi un coût. L'argent est là, il faut faire des choix de sorte que l'argent aille dans des investissements à la SNCB.»

Pour lutter contre la fraude fiscale, il faudrait aussi y consacrer un budget…

«Ce sont des choix politiques. Réinvestir massivement dans les transports va nous faire gagner sur le long terme. Ça ne va pas se faire du jour au lendemain, mais le choix doit s'opérer dès aujourd'hui.»

Vous souhaitez une mobilité «inclusive». Or, les nouvelles voitures SNCB ne permettent pas aux PMR de voyager de manière autonome…

«C'est inacceptable. Toutes les nouvelles lignes, bus ou train, doivent être pensées PMR, doivent être pensées inclusives. Une mobilité plus inclusive, c'est aussi pour toutes les personnes qui travaillent en horaires décalés. C'est aussi pour les femmes, qui doivent pouvoir se déplacer seules très tôt le matin ou très tard la nuit, en toute sécurité. Je pense aussi aux parents avec les poussettes, aux personnes en chaise roulante… Tout doit être inclusif.»

Vous l'évoquiez, peut-on vraiment parler d'un retour des trains de nuit avec… une seule liaison?

«On essaye de faire en sorte qu'il y en ait d'autres. Le groupe des Verts au Parlement européen essaye de mettre en place la liaison Bruxelles-Berlin.»

Si l'idée plaît, les prix des billets peuvent s'avérer, ici encore, prohibitifs.

«Beaucoup de gens voyagent en avion parce que le prix est beaucoup plus concurrentiel. Prendre le train, c'est un effort, mais ça ne doit plus l'être, ça doit être une évidence.»

Comment faire face à cette concurrence?

«Je vais employer un gros mot… Il faut taxer les transports aériens. Le choix le plus rentable pour le portefeuille doit être le choix le plus rentable pour la planète.»

Tous ces projets dépendent évidement de la mise en place d'un gouvernement fédéral. Koen Geens, chargé de mission royale, veut une coalition qui rassemble PS / NV-A. Pour Ecolo, dans cette configuration, il est toujours hors de question de monter ?

« Je ne sais pas très bien dans quelle pièce on joue. C'est clair que nos priorités n'ont pas changé. S'il y a un gouvernement avec la N-VA, ce sera sans nous. Ce qui est essentiel pour Ecolo, c'est que l'on puisse avancer rapidement. Parce que les enjeux sont énormes : la mobilité, mais également les violences faites aux femmes, un réinvestissement dans la justice, la transition écologique, l'économie circulaire… Il y a plein de défis très importants à relever, et au plus tôt sera le mieux. On a déjà perdu presqu'un an, sans compter le temps où le gouvernement Michel a démissionné. Il est plus que temps de voir des gens autour de la table qui veulent avancer. Nous, notre ligne est claire : on veut avancer avec ceux qui veulent donner un avenir à la Belgique. »