Pascal Soetens: "De la télé j'ai envie de passer au cinéma"

Pascal Soetens: "De la télé j'ai envie de passer au cinéma"

Comment passe-t-on d'éducateur sportif à coach dans une émission de télé?

«C'est un ami à moi qui m'a inscrit à un casting. On a été filmé et j'ai été recontacté. Je suis venu avec ma façon de parler, de m'habiller, en restant moi-même et ça a fonctionné. Je n'étais pas du tout fait pour faire de la télé au départ».

Ce n'était pas votre rêve?

«Ah non pas du tout. Je voulais être prof de sport mais au lycée on m'a fait comprendre que ça allait être compliqué pour moi. Ça m'a un petit peu cassé le moral. Finalement, j'ai suivi une autre voie qui m'a permis de faire ce métier.»

Vous étiez un adolescent difficile?

«On ne va pas dire difficile mais j'étais un élève moyen, je faisais ce qu'il fallait pour passer dans les classes supérieures (rire). Quand je vois les capacités que j'ai aujourd'hui à reprendre les études et à repasser certains diplômes, je me dis que j'aurais pu le faire avant. Mais alors peut-être que je n'aurais jamais fait de télé… Je ne regrette pas du tout mon parcours.»

Comment sont sélectionnées les familles pour l'émission?

«Il y a beaucoup de familles qui nous appellent. Donc le gros du travail est effectué en amont. Il y a plusieurs enquêtes, sociale, policière, de voisinage et scolaire. Il y a des vraies et des fausses familles qui se présentent, c'est vraiment une grosse problématique à résoudre. Il y a des gens qui veulent passer à la télé pour se faire un petit peu de pub. Avec la téléréalité, certains jeunes pensent que l'on peut gagner de l'argent. Nous, on ne fait pas de ‘téléréalité' mais de la ‘télé vérité'. Notre action concerne la complexité des relations parents-enfants.»

C'est important d'utiliser ce terme de ‘télé vérité'?

«Absolument. Dans la téléréalité les gens sont payés. Chez nous, les familles ne sont pas payées et en plus elles ne paient rien. Tout est gratuit. À partir du moment où on leur trouve un job c'est gratuit, pour le psychologue ils ne paient pas, lorsqu'on les loge ou qu'on les nourrit non plus. Ils sont pris en charge totalement. À partir du moment où quelqu'un passe à la télé et qu'il est payé on peut lui demander effectivement de raconter ce qu'il veut. Chez nous ce n'est pas le cas, les gens réagissent comme ils veulent».

Ça doit prendre du temps pour que les familles se confient. Combien de temps passez-vous avec elles?

«J'ai six jours pour intervenir et après il y a six mois de suivi à l'issue de l'émission. On ne les lâche pas dans la nature.»

Vous tissez des liens?

«C'est compliqué de ne pas tisser de liens. Pour être honnête, je me suis déjà vu pleurer en partant. Parfois, je suis surpris de certaines histoires. J'ai perdu mon père donc je comprends ces gens qui ont parfois perdu leur maman ou leur papa. Je fais profiter ces familles-là de mon expérience. On devient intime quelque part quand je leur parle de ma vie privée. Quand je raconte ce que j'ai vécu dans mon quartier, les gens voient que je me suis ouvert, que ce n'est pas que de la télé et donc ils se lâchent plus facilement dans des révélations.»

Vous restez en relation avec certaines d'entre elles?

«Certaines le souhaitent, d'autres pas. J'ai eu parfois des familles qui me rappelaient trois-quatre mois après en me disant que c'était encore difficile aujourd'hui. Ce que doivent savoir les parents, et les ados, c'est que je leur donne une façon de faire mais c'est aussi à eux de poursuivre. Ils ont une grosse charge de travail à faire après mon départ.»

Y a-t-il un souvenir qui vous a plus marqué que les autres?

«J'ai plein de souvenirs notamment un jeune qui avait attrapé sa maman et l'avait projetée à terre, ça m'avait beaucoup marqué. Après, il y a aussi des familles qui me faisaient des cadeaux. Parfois c'était un petit livre, des dessins, du parfum, des vêtements… C'est touchant parce que pour ces gens c'est une façon de nous remercier.»

Vous avez constaté une évolution dans l'escalade la violence?

«Ça a évolué mais pas dans le bon sens. À l'époque, les enfants insultaient les parents, je trouvais déjà ça insupportable. Maintenant ils les frappent. Où va-t-on? Il faut vraiment s'inquiéter à ce niveau-là. Cette génération est complètement différente de celle d'il y a dix ans. Ils pensent connaître plus de choses parce qu'il y a internet ou parce qu'ils ont des téléphones portables à l'âge de dix ans. Le rapport de communication n'est plus le même qu'auparavant.»

En tant que père de famille, vous appliquez les mêmes méthodes qu'à la télé?

«En fait, je me suis assoupli. Je me suis aperçu que j'étais peut-être un peu trop rigide avec mes propres enfants. Je me perdais dans ma propre éducation»

D'où vient le succès de ce genre d'émission d'après vous?

«Ce qui attire surtout les gens c'est de connaître la situation familiale des autres. Qui ne s'est jamais intéressé à ce qu'il se passe chez son voisin (rire)? Il y a pas mal de familles qui sont concernées par cette émission- et qui la regardent pour essayer de trouver une solution. J'ai eu des gens qui m'ont dit qu'en regardant l'émission, on leur avait sauvé la vie. C'est le but. Prenez ce que je dis, utilisez-le pour vous et si ça fonctionne alors tant mieux vous ne passerez pas dans l'émission (rire).»

En plus de l'émission, vous avez également créé votre propre salle de sport à côté.

«Oui ‘QG Training', le quartier général de l'entraînement.»

Vous y donnez des cours?

«J'y suis tous les jours quand je ne suis pas en tournage. Je suis coach. Il faut y être en permanence parce que les gens veulent du ‘Pascal'. Je reste dans mon domaine, le bien être, les valeurs, le dépassement et la confiance en soi, l'encouragement. Du coaching comme je fais avec les familles».

Vous comptez en ouvrir une en Belgique?

«Si les Belges sont prêts à m'accueillir pourquoi pas mais il faut d'abord que l'on trouve un lieu. Vu qu'on a ouvert le 16 janvier on se donne encore quelques mois. Si ça fonctionne, on exportera notre concept avec grand plaisir.»

Vous avez encore d'autres projets en tête?

«Peut-être mon visage dans un long-métrage. Ce n'est pas un rêve mais une suite logique. De la télé j'ai envie de passer au cinéma. Je ne suis ni acteur ni comédien mais c'est une facette qui peut m'intéresser dans un avenir proche. J'ai déjà pris des cours (rire). Je devais faire une pièce de théâtre, donc il a fallu que j'apprenne. La pièce a été montée mais on a laissé le projet de côté pour l'instant.»

Avez-vous déjà eu des propositions ?

«Je ne vous dirai rien pour l'instant donc ça veut dire qu'il y a peut-être quelque chose (rire). Je laisse le suspens…»

 

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