Pas de poursuite pour celui qui a maltraité la chienne Fiona : « Il est temps de faire appliquer la loi », réagit l'ASBL "Sans Collier"

Pas de poursuite pour celui qui a maltraité la chienne Fiona : « Il est temps de faire appliquer la loi », réagit l'ASBL "Sans Collier"

En juin dernier, l'ASBL « Sans Collier » découvrait, suite à une plainte, la chienne Fiona dans une situation plus qu'alarmante. Elle était à l'agonie, dans ses excréments et attachée à des escaliers dans un appartement de Wavre. Affamée depuis plusieurs semaines, ses muscles étaient complètement atrophiés. Elle ne savait plus bouger.

Lorsqu'elle a été secourue, Fiona ne pesait que sept kilos, soit un tiers de son poids normal. Il a fallu plusieurs jours de revalidation et de soins intensifs avant qu'elle ne se remette enfin à bouger la queue. Aujourd'hui elle se porte bien et ne souffre d'aucune séquelle. Mais « c'est vraiment passé à rien. C'était une question d'heures », se souvient Sébastien de Jonge, le directeur de « Sans Collier », qui a depuis adopté Fiona.

La justice ne poursuit pas

L'association a porté plainte à l'encontre de l'ancien propriétaire de Fiona. Or, le Parquet a décidé de ne pas entamer de poursuites pénales. Pas de poursuite, pas de condamnation. Aux yeux de l'ASBL, cette décision est tout simplement « inentendable et incompréhensible ». « Au vu de la gravité des faits, de leur caractère intentionnel, de la culpabilité avérée de l'ancien propriétaire, du nombre de témoins, de solidité du dossier… Que le parquet ne poursuive pas, moralement, on ne peut pas le comprendre », déplore le directeur. « Surtout, ça renvoie le mauvais signal. A savoir : maltraitants, continuez !»

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S'il n'est pas poursuivi au pénal, l'ancien propriétaire de Fiona risque tout de même une sanction administrative : une amende, et possiblement une interdiction de détenir des animaux.

 « Il est temps de faire appliquer la loi »

Aujourd'hui, seuls 6% des dossiers de maltraitance animale aboutissent à des poursuites. « On poursuit plus les cas d'infraction urbanistique que ceux de maltraitance animale », regrette Sébastien de Jonge. « Ne pas poursuivre, c'est dire ‘ça ne mérite pas d'aller devant un tribunal'. Ça nous pose problème. Certes, il y a les manques structurels de la justice. Mais c'est une question de volonté, plus que de manque de moyens. »

Même en cas de poursuite, « il y a une certaine clémence par rapport aux peines infligées », estime-t-il. « Sans collier » réclame notamment que les coupables de maltraitances animales graves soient systématiquement sanctionnés par une interdiction de détention d'animaux à vie.

Sur le terrain, les membres de l'association constatent qu'il est extrêmement difficile d'intervenir. « Souvent, les autorités ne vont pas prendre la juste mesure des dossiers de maltraitance, voire ne vont pas les traiter du tout. Ne pas intervenir, ou mettre 24 heures pour intervenir sur des cas de maltraitance, ça pose question. Or, le cadre législatif existe, il est suffisant. Aujourd'hui, ce sont les autorités qui n'agissent pas. La loi est là, elles doivent la faire appliquer. »

« Mais il ne faut pas se leurrer, la nature humaine est ainsi faite et la maltraitance existera toujours. Ce qu'il faut aujourd'hui, c'est qu'elle soit traitée efficacement : pouvoir sauver les animaux avant qu'il ne soit trop tard et qu'il y ait des sanctions », insiste le directeur. « On essaye de faire bouger les lignes, de changer les mentalités. Fiona est devenue un symbole, mais des Fiona il y en a tous les jours. »

Privilégier l'adoption

Depuis près de 50 ans, l'ASBL située à Perwez (Brabant Wallon) accueille chaque année quelque 1.600 chiens et chats maltraités, abandonnés ou trouvés errants. Les faits de maltraitance, comme Fiona, sont toutefois assez rare. Aujourd'hui, le refuge fait surtout face à des cas de négligence. En outre, la Belgique reste l'un des pays où les abandons d'animaux domestiques sont les plus fréquents. Les chiffres sont effarants et les refuges ne constatent toujours aucune diminution, au contraire. « Rien qu'en Wallonie, 25.000 animaux sont prix chaque année en charge par les refuges. On est à 60.000 pour toute la Belgique», indique Sébastien de Jonge.

La société de consommation n'y est pas pour rien, observe-t-il, même si l'adoption progresse dans l'imaginaire collectif. « L'idée est d'arriver à ce que le refuge devienne le premier réflexe, avant d'acheter un nouveau chien. Des dispositions légales peuvent également aider à développer cela. »

(or)

#RespecteMesDroits

La protection animale est un combat de longue haleine. Si la médiatisation de l'histoire de Fiona a permis, sur le court-terme, de faire avancer certains dossiers, beaucoup reste à faire pour observer un changement durable. Afin de porter leurs revendications (faire de la maltraitance animale une priorité pour la Justice, obtenir une action efficace sur le terrain et l'interdiction à vie de détention d'animaux pour les auteurs de maltraitance), l'ASBL « Sans collier » lance une pétition ainsi qu'une campagne de mobilisation: #RespecteMesDroits. Sur les réseaux sociaux, les internautes sont invités à publier une photo de leur animal accompagné de ce hashtag. L'objectif ? Donner de la visibilité à ce combat et interpeller le monde politique pour le faire avancer.

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