Les jeux d'argent sortent gagnants de la crise du coronavirus

Les jeux d'argent sortent gagnants de la crise du coronavirus

"Il y a deux paris que j'ai pas: Glasgow Rangers-Benfica Lisbonne et Real Sociedad-AZ Alkmaar... Il reste huit minutes, franchement c'est chaud", s'inquiète Amaïllia, un oeil rivé sur les matches de Ligue Europa, l'autre sur ses paris.

Comme souvent ce mois-ci, la jeune femme de 22 ans scrute les bonnes cotes, à la recherche du meilleur combiné possible. Étudiante à la Femis, Amaïllia s'est mise à parier "au début du deuxième confinement", profitant "des offres intéressantes" proposées par les plateformes de jeux. "Je m'y suis mise parce que ça me permettait d'avoir un revenu complémentaire et pour passer le temps, parce que je n'avais plus cours qu'à distance", explique-t-elle.

Comme elle, de nombreux jeunes se sont laissé tenter depuis le début du deuxième confinement: le nombre de joueurs chez les 18-24 ans a plus que doublé entre le deuxième et le troisième trimestre selon l'ANJ. Le marché des paris en ligne a même enregistré son volume de mises "le plus élevé sur un trimestre depuis dix ans", soit 1,6 milliard d'euros.

 Le poker revient à la mode 

"Les gens ont été un peu bridés par l'absence de Ligue 1 lors du premier confinement, donc il y a eu un effet ressort", commente Julien Huber, responsable de l'offre et du marketing de Winamax, l'un des principaux sites de paris sportifs.

Ce record de mises s'explique aussi par le fait que les favoris, sur lesquels les parieurs ont tendance à miser, ont beaucoup gagné en novembre. "Dans ce cas-là, il y a un très gros 'recyclage' des mises", poursuit-il.

Autre grand gagnant du confinement: le poker, dont le chiffre d'affaires a augmenté de 36% par rapport à l'an passé, atteignant 90 millions d'euros, selon l'ANJ. Winamax a ainsi accueilli "entre 5.000 et 6.000 nouveaux joueurs par jour" en novembre, détaille Julien Huber, soit deux fois plus que l'an dernier à la même période.

C'est tout de même moins que lors du premier confinement, où la plateforme a enregistré l'afflux d'environ 10.000 nouveaux joueurs par jour. Ce retour en vogue du poker, une dizaine d'années après son véritable âge d'or, est le bienvenu pour la discipline qui peine à attirer de jeunes joueurs.

"J'aimerais bien que ce 'boom' continue. Le confinement a été l'occasion pour beaucoup de joueurs de s'essayer au poker, donc c'était très bien, on voyait plus de profils différents", confie Pierre Calamusa, joueur professionnel et membre de l'équipe Winamax.

Le danger de l'addiction

Attention toutefois aux pertes d'argent: le poker est un jeu de stratégie qui demande de la patience et une justesse mathématique. L'afflux de néophytes sur les tables peut profiter aux joueurs professionnels, qui flairent le gain facile.

"J'ai vu des trucs irréels pendant le premier confinement, il y avait des gens qui ne savaient pas du tout jouer. Je jouais quinze heures par jour parce que je ne voulais pas en rater un", raconte Erwann Pecheux, joueur de l'équipe professionnelle de PMU. "Aujourd'hui, les choses se déroulent normalement", tempère-t-il. Pour les parieurs en ligne, la possibilité de sombrer dans l'addiction n'est jamais loin.

"Il y a du stress, de l'adrénaline et l'appât du gain. Quand je joue, je suis vraiment 'accro' au truc, je regarde en permanence mon téléphone et je suis prête à parier une deuxième, troisième, quatrième fois quand je vois que j'ai mes chances", avoue Amaïllia. Pour le moment, la jeune femme a gagné environ 90 euros, plus d'argent qu'elle n'en a investi, mais "si ça commence à être 'chaud', (elle) essaiera d'arrêter, ou de dire aux gens de (l')arrêter".