Le phénomène "Hikikomori": des japonais s'enferment pendant des années pour lire des mangas

Le phénomène "Hikikomori": des japonais s'enferment pendant des années pour lire des mangas

Certaines personnes ont besoin d'un peu de solitude pour se ressourcer. Mais au Japon, des hommes et des femmes restent isolés dans leur chambre pendant des jours, des mois voire même des années.

On appelle ce phénomène hikikomori (le fait d'être confiné, en français). Aujourd'hui, c'est un problème qui touche au moins un million d'hommes et de femmes japonais. Ces personnes dorment le jour et se réveillent la nuit pour parcourir Internet, lire des mangas ou jouer à des jeux vidéo, sans jamais sortir de leur chambre. Quelques fois, ils mettent un pied dehors mais c'est uniquement pour acheter de la nourriture. Le plus souvent, ils ne font que farfouiller dans leur réfrigérateur avant de rejoindre à nouveau leur espace de confinement.

Méfiance et retrait de la vie sociale

Ce phénomène a pris du temps à se manifester. Cela, à cause de la culture japonaise qui cherche à protéger la réputation de la famille. En revanche, de plus en plus de parents sont alarmés par le fait que leurs enfants sèchent les cours et évitent toute forme de vie sociale afin de se retrouver seuls.

Les personnes qui souffrent du hikikomori ont du mal avec la communication. Ils sont souvent décrits comme antisociaux parce qu'ils ne savent plus comment interagir avec les personnes. Certains développent même une méfiance envers leur propre famille. Beaucoup d'hikikomoris ont tendance à être violents et en colère envers les autres, notamment envers leurs parents.

Comment expliquer un tel phénomène ?

Pour certains psychologues, ces hikikomoris semblent avoir été tyrannisés à l'école. Pour d'autres, ils ont simplement développé une fascination intense pour les otaku, un terme qui désigne les personnes qui consacrent une partie de leurs temps à une activité d'intérieur comme la lecture de mangas ou les jeux vidéo. Une activité qui peut les rendre « bizarres » aux yeux de la société. Ils pointent aussi du doigt un traumatisme lié à une pression sociale trop forte, qui empêche les hikikomoris d'impressionner leurs proches.

Le docteur Takahiro Kato, l'un des seuls experts sur les hikikomoris, souffrait de cette condition lorsqu'il était étudiant. Aujourd'hui, il veut faire en sorte d'éviter que celle-ci s'étende à la prochaine génération. Pour cela, il étudie les hikikomoris avec une équipe d'experts à l'université de Kyushu à Fukuoka. Les cas les plus extrêmes sont des hommes de 50 ans qui se sont retirés de la société pendant plus de 30 ans.

Un phénomène qui inquiète les autorités

Takahiro Kato dit que les victimes, qui refusent tout contact avec des amis ou de la famille, sont souvent des jeunes « intelligents et capables ». Ce qui peut avoir un effet négatif sur l'économie du Japon. « Cela m'inquiète beaucoup parce qu'à l'heure actuelle 1% de la population s'isole comme les hikikomoris ou dans des conditions similaires » a-t-il confié au Daily Mail.

Les effets du hikikomori sur le long-terme (paranoïa ou dépression) ont forcé le gouvernement à le considérer comme un problème de santé mentale de premier plan. Ce phénomène a même fait l'objet d'un documentaire, Hikikomori, à l'écoute du silence (2013), par les réalisateurs français Dorothée Lorang et David Beautru. Vous pouvez voir la bande-annonce ci-dessous :

HIKIKOMORI, À L'ÉCOUTE DU SILENCE from MACHINEMACHINE on Vimeo.