Le gel hydroalcoolique dangereux pour notre santé?

Le gel hydroalcoolique dangereux pour notre santé?

On le savait, on l'avait peut-être oublié, mais le coronavirus est venu nous le rappeler. Le lavage des mains est la solution la plus efficace pour prévenir la propagation des maladies et des virus. Il n'est donc pas étonnant que le gel hydroalcoolique soit devenu, en quelques mois, notre nouveau compagnon dans la vie de tous les jours. Il faut dire qu'un petit flacon de gel est facilement transportable et permet de se nettoyer les mains avec facilité. À condition bien sûr de bien savoir l'utiliser. Pour rappel, la durée de la friction avec du gel doit être d'environ 30 secondes. Il faut appliquer le gel sur ses mains sèches et continuer à frotter tant qu'elles ne sont pas à nouveau sèches.

A priori, s'il est de bonne qualité et qu'il est appliqué sur une peau saine, le gel hydroalcoolique ne représente aucun danger pour l'humain. Le gel doit contenir de l'alcool à au moins 60º, du peroxyde d'hydrogène (aussi appelé eau oxygénée), et du glycérol qui agit comme humectant. S'il est appliqué trop fréquemment, l'alcool présent dans le gel peut par contre être la cause du dessèchement des mains, et même d'une sensation d'irritation. Le gel peut également être un problème pour les personnes ayant de l'eczéma, ou des crevasses sur les mains. Heureusement, il est possible d'acheter en pharmacie des « crèmes barrières » qui déposent un film protecteur sur la peau et permettent ensuite l'utilisation du gel.

Un terrain de jeu pour les prochains virus? 

Des médecins, notamment en Grande-Bretagne et en France, se sont également inquiétés d'une surutilisation du gel hydroalcoolique. Selon eux, le gel pourrait affaiblir à long terme notre peau contre le virus. « S'ils nettoient bien, ces gels vont par contre supprimer la première barrière immunitaire naturelle. Plus on les utilise, plus on rend perméable et sensible notre épiderme à ce genre de virus. Il y a une hystérie autour du coronavirus, mais celle-ci provoque une précaution nécessaire. On risque toutefois de créer d'autres pathologies demain à cause d'un problème ponctuel », expliquait par exemple Stéphane Auberger, docteur en chimie, dans l'Est Républicain.

En Grande-Bretagne, le docteur Andrew Kemp, chef du conseil scientifique de l'Institut britannique des sciences du nettoyage, allait dans le même sens. Selon lui, l'utilisation massive de gel favoriserait l'apparition de « superbactéries » contre lesquelles les produits que l'on utilise actuellement ne serviraient plus. « Le gel devrait être utilisé en dernier recours et comme méthode temporaire sur le court terme si jamais il n'y a pas d'eau disponible ». Sinon, « cette nouvelle routine pourrait finalement nous faire plus de mal que de bien », s'alarmait-il dans la presse britannique.

Mais ces suppositions ne sont pour l'instant pas confirmées. D'ailleurs, dans le cadre d'une utilisation normale, le gel n'a jamais démontré de toxicité particulière, ni d'effets secondaires particulièrement néfastes. Il reste donc un allié de choix lorsqu'il n'est pas possible de se laver les mains au savon.

Et les enfants ?  

L'information a pas mal circulé ces dernières semaines. Si le gel ne représente pas en soi un danger pour les enfants, il est important de ne pas les laisser l'utiliser sans supervision. Plusieurs centaines d'incidents liés à une mauvaise utilisation de gel ont ainsi été rapportés depuis le début de la pandémie, que ce soit chez nous ou chez nos voisins. Ces incidents sont souvent liés aux distributeurs de gel que l'on retrouve un peu partout. Vu qu'ils se trouvent à hauteur du visage des enfants, il n'est pas rare que ces derniers soient victimes de projections accidentelles au niveau de la bouche ou des yeux.

Dans ces cas, le gel peut être la cause de rougeurs, de douleurs, voire, dans certains cas, de lésions oculaires qui peuvent être sévères. Voilà pourquoi, en cas de projection dans l'œil, il est recommandé de rincer immédiatement l'œil pendant une quinzaine de minutes sous un filet d'eau. Pour éviter les incidents, le Centre Antipoisons recommande également aux parents de « pomper le gel eux-mêmes pour l'appliquer ensuite aux enfants ».

Privilégiez le savon

S'il est devenu incontournable en quelques mois, le gel hydroalcoolique ne reste pas moins une solution d'appoint lorsqu'il n'y a pas d'eau potable disponible. L'OMS appelle d'ailleurs à se laver en priorité les mains au savon et à n'utiliser du gel que quand il n'y a pas d'alternative possible. Et pour cause, le gel ne « lave » pas à proprement parler les mains de la personne qui l'utilise, même si l'alcool permet de se débarrasser des bactéries et des virus qui se trouvent sur la peau. En France, l'Agence nationale de sécurité du médicament avait d'ailleurs déjà tiré un constat similaire en 2009 lors de la pandémie de la grippe A (H1N1). À l'époque, elle avait appelé à « privilégier le lavage des mains avec un savon », et ce pour une durée de 30 secondes.