La crise sanitaire met le choix de vie des expatriés à l'épreuve

La crise sanitaire met le choix de vie des expatriés à l'épreuve

Le 16 mars, alors que le confinement en France va commencer, Vincent, 44 ans, qui n'a pas souhaité être cité avec son nom de famille, se rend en urgence à l'aéroport Paris Charles-de-Gaulle pour repartir dans son pays d'expatriation depuis quatre ans. "Air France m'annonce qu'il faut une autorisation du gouvernement pour pouvoir être sur le vol." Pensant qu'il ne s'agit que d'une simple formalité, il effectue la demande, aussitôt refusée.

Les refus successifs, les billets d'avions à déplacer, les trains à annuler, "l'espoir puis le désespoir, annoncer à la famille que la demande a encore été refusée, expliquer aux enfants que papa voudrait rentrer mais qu'il ne peut pas": ce père de deux garçons de six et huit ans ressort épuisé de cette période, avec 13 kg de plus. "J'étais fatigué tout le temps. Se coucher à 18h pour avoir un minimum de sommeil c'est difficile, surtout quand il fait beau et chaud", se souvient-il. Il obtient enfin la permission de prendre un vol le 20 juin. S'ensuivent 15 jours d'isolement dans un hôtel de Singapour, 2.200 $ à ses frais.

Bloqués dans leur pays d'accueil ou d'origine, des milliers d'expatriés ont vu leurs vies mises sens dessus-dessous par les restrictions de déplacement.

Célibat géographique

Impossible cependant de donner des chiffres globaux sur le nombre d'expatriés coincés en Europe, explique Alix Carnot, directrice associée d'Expat communication. "Ils ne sont pas référencés." La société propose de l'aide pour les situations de célibat géographique. "Depuis le début du confinement, il y a eu tellement de couples qui ont été séparés pendant de très longs mois sans que ça soit prévu, que ces services qui existaient déjà ont beaucoup plus d'écho", affirme-t-elle.

Une trentenaire travaillant dans le secteur de l'énergie et ne souhaitant pas être identifiée se définit comme une "expat volante": à chaque projet, sa destination change. En mission à Chicago, elle plie bagages début mars, au lendemain de la fermeture des frontières par Donald Trump. "J'ai senti que ça pouvait déraper", explique-elle. "Et en vivant à l'hôtel, je ne contrôlais rien."

"Serrer les dents encore six mois"

"Je me disais que le contact client serait impossible à reconstituer sans voir les gens." Mais avec les plateformes de visioconférence, "on arrive à reconstituer une relation client". En revanche, sa situation personnelle la met face à un dilemme. Son fiancé étant médecin en Australie, ils ont été séparés des mois avant qu'il ne puisse la retrouver en France. "On a pu se marier in extremis. On a même pu organiser un dîner avec une trentaine de personnes. C'était la parenthèse enchantée", raconte-t-elle. "Mais même en étant mariée, l'Australie ne me donne pas l'autorisation de le voir pour Noël."

Elle prévoit son retour aux États-Unis en octobre, sans savoir quand elle pourra revoir son mari. "A un moment on se dit: Est-ce que je fous ma carrière en l'air? Ou est-ce que je serre les dents encore six mois en acceptant d'être séparée de celui que j'aime, avec zéro visibilité sur une réunion familiale?"