Julien Sandrel raconte la naissance d'un père : « Les liens du cœur peuvent être plus puissants que les liens du sang »

Julien Sandrel raconte la naissance d'un père : « Les liens du cœur peuvent être plus puissants que les liens du sang »

Un des points de départ de cette histoire, c'est un étrange phénomène venu du Japon…

« Sacha va accepter une mission : être acteur pour client privé. Ce phénomène existe vraiment au Japon. Dans un reportage, j'ai découvert l'histoire d'une jeune femme qui avait fait appel à une vingtaine d'acteurs pour jouer le rôle de sa propre famille à son mariage. Elle ne voulait pas que la famille de son mari rencontre la sienne. Ce reportage m'a fasciné. Je me suis demandé quels étaient les secrets qu'elle avait envie de cacher ? Et de l'autre côté, qu'est-ce qui a pu motiver ces acteurs à accepter cette mission ? C'est en m'interrogeant sur leur psychologie que sont nés les personnages de Tess et de Sacha. Au début de l'histoire, Tess propose à Sacha le rôle d'un oncle pour sa fille, Sienna. »

Tess et Sacha vont partir « Vers le Soleil ». Pourquoi l'Italie comme décor de ce nouveau roman ?

« J'avais une furieuse envie de voyage ! Par ailleurs, j'ai des racines italiennes et cela faisait quelques années que je voulais ancrer un roman dans un terroir italien. Je suis parti en vacances en Toscane à l'été 2019. J'ai adoré les paysages, la lumière et l'âme des villes »

Pourquoi l'effondrement du pont de Gênes ?

« Le déclic est venu durant ces vacances en Toscane. Quand on part en Toscane depuis la France, en voiture, il y a un passage obligé qui est la ville de Gênes. À l'été 2019, le pont était déjà effondré mais l'absence de ce pont emplissait tout l'espace. Mes enfants n'arrêtaient pas de poser des questions, notamment sur les victimes. Ils ont eu cette phrase qui m'a marqué, toute simple mais riche de sens : ‘ça aurait pu être nous'. Ils ont eu raison. Au retour des vacances, j'ai donc voulu ancrer cette histoire autour de la paternité en Toscane, en prenant pour toile de fond l'effondrement du pont de Gênes. »

Le roman explore la question de la famille, surtout de la famille que l'on choisit.

« J'avais envie de parler de la naissance d'un père, de la manière dont les liens se construisent entre un homme et son enfant, en partant de quelqu'un qui n'est pas le père de cet enfant. Je crois profondément que les liens du cœur peuvent être beaucoup plus puissants que les liens du sang. Ces liens du sang, je les ai pas mal explorés dans mes romans précédents. J'avais envie, cette fois-ci, de parler des liens du cœur et de famille que l'on choisit. Quand on est adulte, on a la capacité de choisir sa propre famille, de se créer une autre forme de cocon, de tribu. C'est exactement ce que va faire Sacha sans s'en rendre compte : se créer une nouvelle famille, lui qui n'en avait pas. »

Sacha va se confronter à la question de ‘jusqu'où est-on prêt à aller pour son enfant' ?

« Cette question m'interroge et me fascine toujours. C'est un fil rouge entre mes différents romans. Pour moi, la famille est une source inépuisable d'inspiration. Il y a autant d'histoires que de familles ! C'est absolument fascinant et c'est mon territoire de prédilection. »

Vous êtes-vous inspiré du coronavirus pour créer le personnage de Sienna ?

« L'anosmie de Sienna prend une dimension particulière puisque cette pathologie a été mise en lumière avec la covid. Cependant, son personnage était déjà construit avant la pandémie. C'est de nouveau un reportage qui m'a inspiré : une jeune femme sourde de naissance avait décidé, lorsqu'elle était enfant, qu'elle deviendrait avocate. Avec l'aide d'orthophonistes et de sa famille, elle est parvenue à parler, à émettre des sons qu'elle n'avait jamais entendus… et à devenir avocate ! Le parcours extraordinaire de cette jeune femme m'a inspiré le personnage de Sienna. J'avais envie de cet enfant au caractère extrêmement fort. Un enfant qui brave son handicap pour atteindre un objectif qui, aux yeux du monde, paraît totalement inaccessible mais qui, pour elle, paraît tout à fait normal. »

Tess, sa maman, a subi des violences conjugales. Vous montrez que ça peut toucher n'importe qui, mais aussi qu'il existe d'incroyables réseaux de sororité.

« Les chiffres sont effroyables. En France, on estime qu'une femme sur dix est victime de violences conjugales, quel que soit le milieu. Une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint. C'est effrayant. J'avais envie de parler de parcours de femmes qui s'en sont sorties et de mettre en lumière ces réseaux d'entraide. Ces réseaux de sororité permettent à ces femmes de sortir la tête de l'eau et de reprendre une vie normale. Je voulais montrer que c'était possible. D'en parler de manière parfois très dure dans le roman, mais aussi de manière lumineuse. »

Votre premier roman, « La Chambre des Merveilles », a connu un grand succès et est en cours d'adaptation. Comment vivez-vous cela ?

« Très bien ! (rires) L'aventure de ‘La Chambre des Merveilles' est extraordinaire. Elle a changé le cours de mon existence et me permet aujourd'hui de me consacrer à l'écriture. Le film est produit par la société Jerico [La famille Bélier, Petit Pays…] et réalisé par Lisa Azuelos [LOL, Mon bébé]. L'actrice principale est Alexandra Lamy. Elle tient le rôle de cette maman qui se bat pour essayer de sortir son fils du coma en réalisant un à un chacun de ses rêves. Sa maman à elle, c'est Muriel Robin. Le film devrait sortir en 2022 et je suis ravi que mon livre soit entre d'aussi belles mains ! »

Qu'est-ce que cela vous fait de découvrir vos personnages incarnés à l'écran ?

« Les choix d'Alexandra Lamy et de Muriel robin sont de très bons choix. Ce que j'imaginais, pour ce film comme pour le roman, c'est quelque chose qui soit à cheval entre la comédie et le drame. Ces deux actrices sont excellentes, à la fois dans la comédie et dans les moments d'émotions. J'ai eu la chance d'aller sur le tournage et les premières images m'ont mis les larmes aux yeux ! »

Oriane Renette

Lire aussi : Marc Lévy : « Tout le monde peut entrer en résistance »

En quelques lignes

Quand Sacha laisse son numéro à Tess, il est à mille lieues d'imaginer l'aventure dans laquelle il va s'embarquer. Maman d'une petite Sienna, Tess l'engage pour jouer le rôle du tonton sympa. Trois ans plus tard, cette famille atypique prend la route vers la Toscane. Au cours de ce périple, c'est tout leur univers qui vole en éclats. Nous sommes le 18 août 2018, le pont de Gênes vient de s'effondrer. Et Tess est probablement coincée sous les décombres.

Pour son quatrième roman en quatre ans, Julien Sandrel nous livre le récit touchant d'un homme qui, sans vraiment le savoir ni le vouloir, devient père. Sacha, Tess, Sienna, Francesca et les autres sont autant de personnages attachants qui nous rappellent que la famille, c'est avant tout celle que l'on choisit. « Vers le soleil » est un livre lumineux et plein de couleurs qui nous transporte tout droit en Italie !

« Vers le Soleil » de Julien Sandrel, éditions Calmann-Lévy, 270 pages, 18,50€