Gaspard Proust, le sniper caustique

Gaspard Proust, le sniper caustique

Et on le comprend, car c'est sur scène qu'elle cingle, qu'elle fait mouche. L'humour noir, ça ne se raconte pas, cela se vit. Et son bien nommé "Nouveau Spectacle" nous prouve une nouvelle fois qu'il est le flingueur en chef.

Il paraît qu'il a moins de politique et davantage de relations ‘homme-femme' dans votre "Nouveau Spectacle".

"Non. Il n'y a pas plus de relations homme-femme. C'est vrai qu'on y trouve un peu moins de politique. Je dirais plutôt qu'il y a beaucoup plus de sociologie. Mais le rapport homme-femme est vraiment très léger sur la fin. Je trouve qu'il y en a même moins qu'avant."

Ce spectacle évolue également au gré de l'actualité?

"Pas vraiment. Je m'inspire de l'actualité en général, sur les cinq dernières années. Ce n'est pas une actualité au jour le jour. Je ne vais pas faire un truc sur la neige qui vient de tomber et qui paralyse Paris. L'idée, c'est d'avoir un regard un peu plus distant."

Y a-t-il des thématiques qui vous inspirent spontanément lorsque vous écrivez un nouveau spectacle?

"Euh… (long silence) Je ne sais pas. C'est ce qui sort de moi. En fait, je prends des carnets et je développe des idées, j'en prends certaines, et d'autres pas. Ça peut être une rencontre avec quelqu'un, une discussion avec un ami, un truc aux infos. C'est du tout-venant. Mais si j'avais la science de l'inspiration, savoir comment elle vient, je ne le dirais à personne. Ce serait trop facile."

On vous connaît pour vos aphorismes qui claquent dans vos sketches. C'est autour que vous construisez votre texte?

"(Très long silence) C'est là que je me rends compte que ça fait très longtemps que je n'avais plus fait d'interview. En fait, je n'ai pas une systématique de l'écriture. Généralement, je tartine des paragraphes, et puis le vrai boulot est de tout condenser en une phrase. Il faut que l'idée tienne et qu'éventuellement elle fasse rire. Une fois que tout s'est bien décanté, alors boum! la phrase arrive. Le paragraphe n'aurait pas fait rire en soi parce qu'il y a trop de ramifications, mais quand on trouve la bonne formule, c'est banco!"

Il y a deux expressions qui reviennent souvent lorsqu'on parle de vous: cynisme et humour cruel. Êtes-vous vraiment si cruel ou est-ce la société actuelle qui est trop prude?

"Moi, je ne suis pas cruel du tout. D'abord, je fais payer les gens pour venir voir quelqu'un de ‘cruel'. Donc je les responsabilise totalement, et dans un cadre totalement fictif qui est le théâtre. En sortant, ils peuvent se dire que tout cela était pour de faux, alors que la vraie vie est celle qu'ils ont en retournant chez eux. Je ne trouve pas que l'art et le théâtre peuvent être cruels ou pas, parce qu'il y a toujours l'idée de fiction derrière. Je crois surtout que les gens sont à la fois contents et effarés de voir un type sur scène qui raconte ce qu'il veut."

Est-ce qu'il y a des tabous ou des sujets que n'évoquez pas sur scène?

"Oui, les sujets qui ne m'intéressent pas. Si je n'en parle pas sur scène, c'est que je ne sais pas de quoi il s'agit. Ou alors, j'ai essayé, mais cela m'a saoulé. En fait, je crois qu'il faut que ça m'énerve pour que j'en parle."

Donc pas de sujets ‘touchy' qui pourraient attirer des ennuis?

"Non, parce que j'en parle de toute façon à ma manière. Mais pour moi, la scène, c'est la liberté totale, on dit ce que l'on veut. Et les gens sont d'accord, ils participent à cela, ils prennent le risque d'aimer ou pas. J'aime l'idée que les gens soient aussi responsables de ce qu'ils vont voir."

Il n'y a jamais eu autant d'humoristes sur scène, mais vous semblez vivre à part de cette génération.

"Moi, j'ai ma petite vie, il ne me faut pas grand-chose. Que ce soit dans l'humour ou dans d'autres secteurs, je suis quelqu'un qui n'a jamais été vraiment sociable, à travailler en bande. Ce n'est pas forcément une qualité, on peut passer à côté d'un certain nombre de projets. Mais je ne vais pas forcer ma nature. Dès le départ, c'était comme ça, je fais mon petit métier de mon côté. Je le fais tant que les gens viennent, et quand ils ne viendront plus, je ferai autre chose."

Dans les deux films de Frédéric Beigbeder, vous reproduisez cette forme de cynisme. N'avez-vous pas peur d'être emprisonné par ce personnage?

"S'il y a bien un truc qui ne va pas m'emprisonner, c'est bien le cinéma. Je ne suis pas du tout dans ce délire de l'acteur ‘Ah je voudrais tellement montrer une autre palette de mon talent'. Vraiment, je m'en fous de tout cela. Si on ne retient de Proust au cinéma que l'image d'un gros connard, franchement je m'en fous. Je ne vais courir à tout prix après un rôle de gentil, parce que moi, dans ma vie privée, je sais qui je suis. Ce que je vois sur l'écran est toujours une fiction."

Et qui êtes-vous en privé?

"Ah! Quelqu'un de très très simple. Pas beaucoup de besoin. Écouter de la musique, faire des choses simples avec des amis… Quelqu'un qui aime les arbres, la montagne, les écureuils, etc."

Pierre Jacobs

Gaspard Proust présente son «Nouveau Spectacle» ce vendredi 9 février au Forum de Liège. (Infos: 04/223.18.18)

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