En Australie, les requins n'avaient plus été si meurtriers depuis 1934

En Australie, les requins n'avaient plus été si meurtriers depuis 1934

L'année 2020 est l'une des pires concernant les attaques de requin en Australie. Sept personnes ont perdu la vie cette année après avoir été attaquées par ce grand prédateur marin. Au moins six autres ont été grièvement blessées.

Or, malgré leur (mauvaise) réputation, les requins représentent rarement une menace mortelle pour l'être humain. L'année dernière, pointe CNN, le pays n'a dénombré aucun décès dû à une attaque de requin. En moyenne, une seule victime est enregistrée chaque année en Australie, selon les données du Taronga Zoo à Sydney. Cette moyenne est stable depuis une cinquantaine d'années.

Sept décès, c'est donc bilan anormalement élevé. Il faut remonter à 1934 pour en retrouver un aussi important. Le record absolu est de neuf décès, survenus en 1929.

Comment expliquer cette hausse ?

D'après les scientifiques, le dérèglement climatique pourrait en partie être à l'origine de cette récente hausse d'attaques.

En effet, les océans se réchauffent et s'acidifient. Ce changement de température impacte les écosystèmes marins. Certains poissons migrent. Aussi, les requins pourraient se rapprocher des rivages afin de chasser leurs proies, qui auparavant étaient davantage éloignées des côtes.

«Je passe beaucoup de temps en bateau au large des côtes. Je n'ai jamais vu autant d'agrégations de poissons-appâts si près de la côte que cette année», explique Culum Brown, professeur de biologie à l'université de Sydney. «Il ne fait aucun doute que les requins réagissent simplement à l'endroit où se trouvent les poissons-appâts. »

Une région particulièrement touchée par le dérèglement climatique

Il faut en outre prendre un autre facteur en compte : au sud-est de l'Australie, les eaux se réchauffent quatre fois plus rapidement que la moyenne mondiale. Or, certaines espèces de requins sont particulièrement friandes des eaux chaudes.

Selon Robert Harcourt, directeur des recherches sur les prédateurs marins à l'Université Macquarie, ces mouvements d'espèces vont s'accentuer au cours des prochaines années. « La dynamique du changement climatique signifie que leurs habitats naturels – la température et la localisation de leurs proies – changent également », explique-t-il. « Ces mouvements prendront donc de l'ampleur ».

Et de conclure : « potentiellement, les requins entreront davantage en contact avec les êtres humains. Et en même temps, l'humain ne cesse d'investir de plus en plus les océans ».

Période d'incertitude

Les données d'une seule année ne suffisent pas pour affirmer avec certitude que le dérèglement climatique est, à lui seul, à l'origine de cette hausse de mortalité.

Néanmoins, les deux scientifiques s'accordent sur un point : l'océan change et les requins aussi. Le dérèglement climatique perturbe tous les écosystèmes marins, et potentiellement leurs interactions avec les êtres humains.

« Il ne fait aucun doute que nous entrons dans une période d'incertitude », souligne Culum Brown. « Toutes les distributions des espèces que nous connaissions jusque là, la façon dont nous interagissions avec elles… Vous pouvez tout jeter à la poubelle. Tout ce qui arrivera dans le futur sera totalement nouveau. »