Des patients Covid-19 soignés par milliers à leur domicile

Des patients Covid-19 soignés par milliers à leur domicile

Perfusion de corticoïdes dans un bras, piqûres d'anti-coagulant sur les cuisses pour éviter toute thrombose, mesures régulières des constantes (température, oxygène dans le sang), et oxygène dans les narines avec un tuyau relié à un concentrateur: Geneviève a tout le matériel et les soins qu'elle aurait trouvés à l'hôpital.

"Les urgences, en ce moment, sont à flux tendu. Et, franchement, on fait aussi bien", se réjouit son infirmière à domicile, Isabelle Chicault, 48 ans "dont douze passés en réanimation".

"C'est dur d'être à l'hôpital", juge sa patiente, Geneviève Biluila, d'abord hospitalisée en soins Covid et pour qui un séjour hospitalier reste "fatigant. On est levé tôt, il y a beaucoup de passages entre médecins, infirmières, aide-soignants"...

Alors, quand les médecins lui ont proposé une hospitalisation à domicile (HAD), cette hôtesse de l'air n'a pas hésité: "J'ai préféré être avec mon mari et mon fils".

Certes, le matériel installé dans le séjour "fait vite encombré", le concentrateur à oxygène émet un bruit constant, et il a fallu dire au garçonnet de "ne pas se prendre les pieds dans le fil, ne pas toucher à la machine, aux perfusions", convient son compagnon Vincent Cairola. Reste qu'il y a "plus d'avantages" et que la famille reste unie.

Pour son infirmière, "une prise en charge à domicile peut éviter beaucoup d'hospitalisations" et "favorise une guérison plus rapide".

"Crainte de saturation"

Selon les derniers chiffres, la France compte près de 6.000 patients en réanimation, et quelque 5.000 en oxygénothérapie à domicile, parmi lesquels certains nécessitent une simple béquille en oxygène, tandis que pour d'autres, les soins sont plus lourds et vont entraîner une HAD.

"Ce sont des patients dont l'état nécessite une remise à niveau de la saturation d'oxygène, sans qu'il y ait nécessité d'une réanimation lourde", détaille-t-il.

Les hospitalisations à domicile concernent en général des malades "qui ont été en réanimation ou placés en surveillance continue, ont eu un Covid extrêmement sévère" et, si "leur situation ne nécessite pas une intervention sous des secondes ou minutes", elle exige néanmoins "une surveillance", détaille-t-elle.

Ainsi en HAD, les infirmières à domicile, médecins de ville et médecins d'hôpital s'engagent à un suivi régulier des malades et à une communication fluide entre professionnels.

"Pression incroyable"

Dans une enquête Viavoice pour la Fnehad, en 2017, 81% des personnes sondées se disaient favorables à bénéficier, chez eux, de soins et d'un suivi identique à celui de l'hôpital. Mais 54% estimaient que les inégalités d'accès aux soins allaient augmenter.

"L'oxygénothérapie comme la HAD, c'est l'avenir", assure Patrick Pelloux, même s'il "reste quelque chose à caler de plus performant pour le lien entre médecin hospitalier et médecin de ville, pour qu'il soit beaucoup plus étroit".

"C'est un moyen de désengorger les hôpitaux et d'aller vers une médecine de plus en plus confortable pour les malades", plaide le président de l'Association des médecins urgentistes de France (Amuf).

En prime, l'hospitalisation à domicile est moins coûteuse pour la Sécurité sociale, fait valoir Mme Hubert: le coût moyen d'un séjour hospitalier avec hébergement est de 750 euros, contre 250 à 300 euros, en moyenne, pour une HAD.

Avant de mettre en place la HAD, "on se pose toujours la question de savoir ce qui est le mieux pour le patient: une hospitalisation à domicile ou une hospitalisation classique?", assure Elisabeth Hubert. Et pour savoir si le patient est éligible ou pas à ce système, plusieurs critères sont passés au crible.

"Le critère médical prime", puis "le projet thérapeutique" et enfin une "analyse de l'environnement", savoir si le "domicile s'y prête, s'il y a de l'électricité, s'il n'y a pas de problème de salubrité, si quelqu'un peut faire les repas et les courses ou s'il faut mettre en place un appui", détaille-t-elle encore.