Dans les pas d'une scientifique en route pour une mission en Antarctique

Dans les pas d'une scientifique en route pour une mission en Antarctique

J-360 : La sélection débute. Les places sont rares dans la station polaire, qui peut accueillir jusqu'à une quarantaine de personnes. Cette année, plus qu'une douzaine de scientifiques belges vont y mener leurs expériences. Les candidats doivent remettre un dossier à Belspo, qui se charge de sélectionner les projets belges.

J-180 : Les projets retenus sont avertis, et peuvent s'organiser pour envisager le départ d'une équipe scientifique vers la station polaire. Le voyage pourra être reporté jusqu'en dernière minute, en raison des contraintes logistiques. C'est toutefois le moment de commencer à préparer le départ.

Ph. IPF

J-50 : Le départ approche. L'équipe de Sarah Baatout envoie le matériel nécessaire à ses expériences en bateau en Afrique du Sud. C'est de là qu'elle partira le 15 décembre, pour la station polaire Princesse Elisabeth. «On prendra un avion jusqu'à Novolazarevskaya, une base russe en Antarctique.» De là, tout le monde embarquera dans un avion monté sur des patins, qui les emmènera jusqu'à la piste qui borde la station belge.

J-45 : A deux mois du départ, le travail commencera pour Sarah Baatout. Elle doit notamment se rendre à Chamonix. L'équipe, dirigée par le spécialiste de l'Antarctique Alain Hubert pour encadrer les scientifiques, travaille encore un peu plus ses compétences sur des glaciers. La chercheuse va profiter de l'occasion pour opérer divers prélèvements sanguins. Ils permettront d'étudier l'évolution du système immunitaire des membres de l'équipe.

Ph. IPF

J-10 : A quelques jours du départ, les scientifiques prennent généralement un peu de temps pour profiter de leur famille. Car une fois sur place, il faudra s'habituer à ne pas pouvoir communiquer comme on le souhaite avec ses proches. La connexion satellitaire ne sera que limitée. Et l'approvisionnement électrique, qui dépend d'éoliennes, pourra être limité dû au nombre important de scientifiques et des membres présents de l'équipe sur la Station. «Assurer le fonctionnement de la station et le bon déroulement des travaux scientifiques représentent les tâches fondamentales de la saison», explique la Fondation en charge de la gestion de la station.

 

Portrait : Sarah Baatout, radiobiologiste

Ph. IPF

Sarah Baatout, est chef de l'unité de radiobiologie au Centre d'étude de l'énergie nucléaire, le SCK•CEN. «Je travaille sur les effets du rayonnement sur le corps humain», explique-t-elle. L'une des principales applications de ces recherches est le développement des traitements de radiothérapie. Elles servent aussi à préparer de futures missions spatiales. «Les astronautes qui passent beaucoup de temps dans l'espace sont fortement exposés aux rayons cosmiques. Cela va devenir d'autant plus compliqué à gérer quand on va envoyer des missions vers Mars. Il s'agira de missions de plusieurs années, et non plus de quelques mois comme aujourd'hui», explique-t-elle.

A quelques semaines du départ, elle sait qu'elle devra laisser ses hobbies à la maison pour quelques semaines. Quoique… «J'aime beaucoup patiner. Comme on doit faire du sport régulièrement, l'an dernier, avant mon départ avorté, un membre de l'équipe d'encadrement m'avait proposé de me faire une petite piste pour patiner au pied de la station. Ils sont vraiment attentifs, tout est fait pour que l'on ne doive se préoccuper que de nos recherches !» Patiner sur les glaces de l'Antarctique, cela aurait de l'allure…

Ses expériences en Antarctique

Au sein de la station polaire internationale, Sarah Baatout mènera plusieurs expériences sur la réaction du corps humain aux conditions extrêmes. Il s'agira notamment de mieux comprendre la réaction du système immunitaire aux situations de confinement et de stress. Ce n'est pas la première fois qu'un chercheur mène des expériences sur les êtres humains à la Station polaire Princesse Elisabeth. Durant la construction de la station, une étude a été faite sur l'effet des conditions extrême sur le sommeil. Aujourd'hui, vu que les conditions ne sont plus aussi extrême, les missions sont plus orientées vers la recherche géophysique, la glaciologie la microbiologie, la recherche de météorites ou encore l'étude l'atmosphere. «C'est une grande chance que de participer à cette mission. On compte dessus pour faire avancer nos recherches dans le domaine spatial», souligne-t-elle.

Elle profitera également des conditions de la mission, qui risque d'affaiblir le système immunitaire des participants, pour mener des expériences sur la spiruline. Cette algue est soupçonnée de booster le système immunitaire. «On envisage que 10% de la nourriture des futures missions spatiales sera à base de spiruline. On travaille déjà avec des cuisiniers pour préparer des recettes. Mais il nous faut tout de même le vérifier scientifiquement.»

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