Faut-il vacciner les enfants, même s’ils ne sont pas à risque ?

AFP

Pfizer vient de soumettre des résultats de tests cliniques à l’Agence européenne des médicaments qui démontrent que le vaccin est efficace pour la tranche d’âge de 12 à 15 ans. Si l’agence donne son accord, alors les plus jeunes pourraient aussi bénéficier de ce vaccin dès le mois de septembre. Mais si les enfants ne sont pas à risque, quel est alors l’intérêt de les vacciner contre le coronavirus ? Plusieurs experts plaident en faveur de leur vaccination, même si, précisent-ils, cette question doit être mûrement réfléchie.

Aux Etats-Unis, le vaccin Pfizer devrait être autorisé à partir de 12 ans dès la semaine prochaine. Chez nous, les personnes âgées de 16 et 17 ans pourraient déjà bénéficier de la vaccination contre le coronavirus durant les vacances estivales, avait annoncé ce lundi la Task Force Vaccination. Après l’été, les plus jeunes pourraient suivre.

Jusqu’à présent, la vaccination des enfants et adolescents n’était pas une priorité puisque ceux-ci sont moins exposés aux cas graves de la maladie (l’âge étant le principal facteur de risque). Dès lors, quel est l’intérêt à ce qu’ils reçoivent une dose de vaccin ?

Eviter les transmissions et les complications

Premier élément de réponse : la fameuse immunité collective, qui permettra enfin de freiner la transmission de la maladie. Sans vaccination des enfants et des adolescents, qui représentent une part important de la population, atteindre l’immunité collective de 70 à 80% de personnes vaccinées sera nettement plus difficile.

« Les enfants ont déjà payé un lourd tribut à la covid dans leur scolarité ou leur vie sociale. Ils peuvent être contagieux mais proportionnellement moins que les adultes. Ce n’est pas à eux de pallier l’hésitation vaccinale pour pouvoir atteindre l’immunité collective », tranche le pédiatre Marc Hainaut (CHU Saint-Pierre), dans les colonnes du Soir. « Autant la vaccination des adultes est une urgence, autant celle des enfants demande mûre réflexion. »

« On vaccine aujourd’hui des enfants alors qu’il n’y a plus de risque de maladie, comme la polio », répond au quotidien Jean-Michel Dogné, professeur à l’UNamur et expert au comité mondial de sécurité vaccinale de l’OMS et de l’EMA. « Et puis, on ne connaît pas les effets à long terme du covid chez l’enfant, même dans le cas d’une forme légère de la maladie. Dans le même ordre d’idée, quel est leur impact dans la transmission du virus ? Avec l’émergence de variants plus contagieux, il n’est pas exclu qu’il soit accru. »

Les variants, c’est le deuxième argument : vacciner les plus jeunes permettrait de freiner la propagation des variants, réputés plus contagieux, notamment via les enfants. Même s’ils ne sont pas de super-propagateurs, les enfants restent des vecteurs du virus. Par ailleurs, plus le réservoir humain est grand, plus le virus a de chance de muter et les nouveaux variants de se développer.

Les partisans de la vaccination chez les plus jeunes soulignent aussi que, si la maladie n’est pas grave dans la plupart des cas, certains enfants risquent de développer le syndrome multi-inflammatoire pédiatrique à cause du coronavirus (MIS-C). Cette complication nécessite souvent une hospitalisation et peut aussi être mortelle.  

Les vaccins sont-ils sûrs pour les enfants ?

Si plusieurs essais cliniques sont en cours, seules les résultats de Pfizer ont été communiqués à l’heure actuelle. Et ils sont plutôt rassurants : les données d’une étude clinique de Phase 3, publiées fin mars, montrent «une efficacité de 100%» du vaccin BioNTech / Pfizer pour les 12-15 ans, lequel a également été «bien toléré en général». Après vaccination, le niveau d’anticorps était plus élevé dans cette tranche d’âge que chez les 16-25 ans.

Concernant les effets secondaires, ils ne diffèrent pas entre les enfants et les adultes (douleurs au niveau du site d’injection, fatigue, maux de tête,douleurs musculaires, fièvre).  

Pfizer/BioNTech a également entrepris les essais sur des enfants âgés de 5 à 11 ans. Les résultats devraient être publiés sous peu. Des essais sur les 2 à 5 ans devraient également démarrer.

Moderna a également entrepris des essais similaires pour les enfants.

Du côté de Johnson & Johnson et d’AstraZeneca, les essais pédiatriques ont été momentanément suspendus.

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