Le bien-être a-t-il sa place au travail ?

Table de ping-pong, garderies pour les enfants et parfois même salle de sport. Les entreprises prennent de plus en plus en compte le bien-être des salariés en leur fournissant des lieux de repos et des avantages en nature. Des études ont prouvé qu’un employé heureux est un employé plus productif. Mais définir le bonheur par l’environnement du travail serait-il suffisant ?

Travailler heureux pour travailler mieux. Selon une étude d’Harvard publiée en 2018, se sentir heureux au travail permettrait d’augmenter la productivité de 31 % et la créativité de 55 %. La crise de la Covid-19 vient appuyer cette hypothèse. Selon un sondage Ifop dévoilé en juin dernier, pour 81 % des salariés, le bien-être au travail constitue un enjeu prioritaire.


Le syndrome de la cage dorée


Pour atteindre ce bien-être, les entreprises jouent principalement sur la qualité de vie au travail. Dans une approche où « le salarié serait passif », ce serait à l’entreprise de fournir de quoi rendre le salarié heureux, au risque d’avoir une emprise sur les employés », souligne Isabelle Barth, professeure des Universités et Chercheuse en sciences du Management.


Cette démarche hédonique, basée sur le plaisir, présente des limites d’un point de vue professionnel. Le bien-être serait défini uniquement par des récompenses et un sentiment de confort, le plaisir pourrait donc s’acheter. La vie privée peut alors aisément se mélanger avec le cadre professionnel. Le risque pour le salarié serait alors de « développer le syndrome de la cage dorée et rester au sein d’une entreprise pour son confort et non pour les tâches à effectuer », rapporte Isabelle Barth. En cas de départ ou de licenciement, il perdrait bien plus qu’un travail, il perdrait un cadre de vie. Avec cette démarche, le travail ne se résume que par l’ambiance d’une entreprise.


Responsabiliser et rendre autonome


La chercheuse propose une seconde approche en mettant plus l’accent sur la responsabilité de l’employé qui s’approche d’une posture eudémonique, où le salarié est actif dans son épanouissement. « Par cette approche, le bien-être serait la réalisation de son plein potentiel », explique la professeure. Le salarié est dans une posture de demande active et cherche une position qui lui permettra d’être épanoui dans son travail et fier de ses réalisations. Dans ce cadre, il effectue ses tâches non pas dans le but de recevoir une récompense immédiate, mais pour atteindre des objectifs qui lui sont propres. C’est un « processus de construction de soi permanent », rapporte Isabelle Barth, dont le chemin permettait de s’approcher de l’épanouissement personnel.


Certains répondront favorablement à l’attrait des avantages en fonction de leurs envies et de leurs besoins tandis que d’autres chercheront dans le travail des valeurs tels que l’autonomie, les valeurs de l’entreprise, la qualité du travail effectué, ainsi que les objectifs personnels. Le tout est de savoir quels sont ses besoins et comment y répondre.