Grandson prend la relève du rock engagé : « je veux tendre la main à ceux qui ont des idées noires »

Ph. A. Osborn

Le buzz de « Blood // Water » a été planétaire et a marqué le public de par son originalité, le son alliant avec brio rock, hip-hop et électro dans un mélange explosif. Pour son premier album, Grandson a choisi de reproduire cette recette qui fonctionne toujours aussi bien auprès de la jeunesse, première cible de l’artiste américano-canadien de 27 ans.

Il y a quelques semaines, nous avons assisté à l’investiture de Joe Biden et au départ de Donald Trump de la Maison-Blanche. Qu’est-ce que cela vous inspire en tant qu’Américain ?

« Nous vivons des temps extrêmement compliqués à cause de la pandémie et il existe encore des tonnes d’incertitudes, mais son départ de la Maison Blanche est un élan d’espoir et d’optimisme dont beaucoup d’entre nous avaient besoin. Et dès le premier jour, Joe Biden a posé des gestes forts et symboliques qui nous rappellent pourquoi il est nécessaire de se révolter et de se battre. Soutenir Biden n’est pas très antisystème, mais s’il faut choisir entre une terrible personne et l’autre qui croit en la justice climatique ou le fait de pouvoir aimer qui on veut, tu te bats aux côtés de cette personne. »

Il est impossible de dissocier votre projet artistique de l’activisme que vous développez…

« Lorsque j’ai commencé la musique, j’écrivais des chansons sans aucune saveur à propos des filles ou du fait que je fumais des joints. Quand j’ai décidé que chanter serait ce que j’allais faire de ma vie, j’ai dû donner un sens à tout cela, car ce ne serait pas juste un hobby. Mon plus grand rêve en tant que grandson, c’est d’avoir un impact à travers le monde et aider les gens à trouver leur voie, mais aussi de voir mes fans créer le changement là où ils sentent qu’il est nécessaire. »

Vous vous adressez à un public plus jeune, non seulement musicalement mais aussi sur les réseaux sociaux…

« Maintenant que c’est tellement simple de se connecter les uns aux autres, je veux toujours faire l’effort d’être là pour n’importe quel jeune qui me regarde. Je veux non seulement me connecter au public, mais aussi que mes fans se connectent les uns avec les autres, c’est le plus important. Chaque dimanche, j’ai donc décidé de faire un direct pour répondre à leurs questions, pour parler de leurs histoires personnelles, pour les laisser se rencontrer, etc. Créer cela, c’est un héritage plus important que n’importe quel rif de guitare. »

Vous avez sorti cet album suite au véritable buzz de Blood // Water. Est-ce que cela a été un déclic ?

« Totalement, j’ai commencé à explorer les mélanges de hip-hop, de rock et de musique électro pour arriver à un son comme Blood // Water. C’est là que j’ai senti que j’avais trouvé la recette qui me plaisait pour créer ma musique. J’ai toujours eu peur d’être un ‘one-hit wonder’ et d’en avoir marre de devoir chanter une chanson attendue par le public, mais chaque fois que ça arrive, je me sens reconnaissant, je réalise quel impact la chanson a eu sur ma vie et je sais que j’ai une chance incroyable d’avoir ces 3 minutes dans mon répertoire. »

Dans les chansons « Identity » et « Left Behind », vous exprimez vos propres peurs. Est-ce que cet album est aussi une recherche de votre identité ?

« Oui totalement. La plupart de mes chansons en reviennent toujours à la question : ‘Quel est le but ?’. En créant différents personnages, et en explorant le néant qui m’effraie tant, j’agite une lumière en dessous de ma couette pour me protéger des monstres comme quand j’étais enfant. J’ai eu des soucis de santé mentale et même des idées noires en pensant à l’absence de sens. Je veux tendre la main à ceux qui ont des idées noires et les sortir de l’endroit où ils se trouvent, parce qu’il y a toujours une raison de se battre. »

L’album est sorti il y a plusieurs semaines déjà, quel regard jetez-vous sur ce qui s’est passé depuis ?

« Je sais à quel point ce confinement est compliqué et me dire que mon travail a aidé certaines personnes à penser à autre chose, ou à travailler sur leurs difficultés personnelles est ma plus grande fierté. Je ne fais pas trop attention aux critiques qui ont pu m’être adressées, même quand elles sont légitimes. Je vais continuer à composer de la musique qui est subversive et qui divise, car cela fait partie de l’identité d’un artiste alternatif. Maintenant je veux monter sur scène et répandre un message fort à travers le monde. »

Sébastien Paulus

En quelques lignes 

Accrochez-vous, grandson fait une entrée détonante dans vos oreilles. L’énergie musicale de cet artiste à fleur de peau rappelle tantôt celle de 21 pilots, tantôt celle de Yungblud, particulièrement populaires auprès de la jeunesse. Mais dans les intentions et les messages que grandson veut faire passer, on se rapproche plutôt de Rage Against the Machine qui aurait décidé de devenir une oreille pour une jeunesse perdue. Touchant et profondément humain, Jordan Benjamin n’est pas seulement un musicien. Il est aussi et surtout un porte-drapeau en devenir.

4/5