Arno Partissimo, boulimique de projets digitaux: «On ne peut jamais prévoir un buzz, il faut un peu de chance!»

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Jeune indépendant bruxellois de 26 ans, Arno Partissimo ne se prédestinait pas à une carrière de vidéaste. Pourtant, au fil des expériences, ce boulimique de nouveaux projets est parvenu à en faire son gagne-pain, notamment en accompagnant des artistes. Il y a un an, le Belge casse littéralement Instagram avec son filtre « Which Disney are you ? » et depuis, il récolte les fruits de son dur labeur…

A l’origine, tu ne te voyais pas du tout entreprendre une carrière de photographe ou de vidéaste…

Arno : « C’est vrai ! J’ai eu un parcours scolaire spécial parce que j’ai toujours rêvé de devenir professeur de gym. J’ai donc entrepris des études qui liaient le sport et les sciences, ce qui me plaisait énormément. Je me suis spécialisé dans la gymnastique et j’ai commencé les compétitions, mais j’ai malheureusement eu un gros accident à l’âge de 17 ans, qui m’a forcé à trouver une solution pour rebondir, car je ne pourrais pas accéder à mon rêve. C’est à ce moment-là qu’un peu par hasard, je me suis acheté mon premier appareil photo… »

C’est là que tu as réalisé que tu pouvais faire autre chose que du sport ?

« Oui, j’ai appris les rudiments avec un ami qui étudiait la photo et, petit à petit, étant fan d’électro, j’ai eu envie de tenter le coup dans l’événementiel. J’ai commencé à envoyer des messages sans prétention à des organisateurs de soirées et de festivals, pour avoir participer gratuitement à leurs événements en échange de mes photos, ce qui me plaisait énormément. Je me suis créé des contacts et j’ai gagné la confiance des organisateurs, donc j’ai pu avoir des accès sur scène, derrière la barrière du public, bref, devenir un réel photographe événementiel. »

Est-ce que tu as tout de suite réussi à en faire un gagne-pain ?

« Pas du tout, durant toute cette période je faisais cela de façon bénévole. Pour décrire un week-end classique, je me levais à 6h du matin pour aller à l’école, je finissais à 16h et je me mettais directement en route vers des soirées auxquelles je devais souvent me rendre en train. Je prenais mes photos et j’attendais le premier train à 6h du matin pour rentrer chez moi, mais j’aimais beaucoup cela, même si je ne gagnais rien à ce moment-là. Au fur et à mesure, j’ai tout de même commencé à être payé pour les services que j’offrais. »

Ce quotidien a été un peu chamboulé alors que tu étais en 2e bachelier de communication…

« Oui, j’avais débuté des études à l’ISFSC et je jonglais entre des contrats rémunérés pour mon activité de photographe et mon cursus scolaire. Ce n’était pas évident mais je voulais continuer à faire les deux pour avoir une certaine sécurité en ayant un diplôme. Tout a basculé à Noël, lorsqu’un DJ m’a proposé de faire une tournée au Brésil et j’ai dû faire un choix entre mon année et mon activité professionnelle. J’ai réalisé que je ne pouvais pas dire non à une tournée internationale, en me disant qu’au pire je recommencerais mon année. Je ne pouvais pas prédire que j’aurais à nouveau ce genre d’opportunités. Mais ça m’a permis de faire d’autres rencontres internationales et d’étoffer encore mon réseau, ce qui a véritablement lancé ma carrière professionnelle. »

C’est donc à ce moment-là que les opportunités se sont multipliées ?

« Oui, j’ai continué d’aller en cours car je me suis dit que j’engrangeais de toute façon du savoir qui me serait utile, mais je savais que je ne passerais pas mon année. Et puis j’ai reçu un message d’Henri PFR qui m’a dit : « Tu fais quoi dans 48h ? », avant de m’inviter à le suivre sur sa tournée aux Etats-Unis. C’était la première fois que l’on a bossé ensemble (rires). J’ai aussi collaboré avec un YouTubeur spécialisé dans les technologies avec plus de deux millions d’abonnés, Jojol. Bref, tout ça a consolidé mon projet de photographe et vidéaste. A l’origine c’était une passion, mais c’est devenu une passion qui me rémunère et me fait vivre. Cela m’a beaucoup rassuré, parce qu’il faut du culot pour se lancer à fond. »

Sauf que tu ne t’es pas arrêté à l’aspect photo/vidéo et tu as voulu explorer d’autres aspects…

« Exactement ! Ce n’est pas seulement l’usage de la caméra qui me passionne, mais aussi le fait de profiter de tout ce qui est à notre disposition au niveau digital et médiatique, pour mener à bien une stratégie qui va donner une visibilité à quelque chose ou à quelqu’un. Lors de mes études, j’ai par exemple créé un jeu vidéo pour mettre en valeur des bouchons d’oreilles qu’on utilise en concert, et ça m’a énormément plu. »

On en vient au deuxième tournant de ta carrière, lorsque tu t’es tourné vers les filtres Instagram.

« Quand j’ai vu ça, j’ai directement accroché avec le concept et j’ai voulu me lancer. A l’époque, tout le monde ne pouvait pas mettre la main à la pâte et il fallait une autorisation de Facebook. J’ai donc envoyé un dossier avec mon profil pour devenir testeur et j’ai été accepté, donc j’ai pu me lancer dans la création de filtres dont j’ai directement vu le potentiel. C’est devenu une priorité pour moi parce que ça mixe le côté visuel et le côté promotionnel. J’ai pris le temps de trouver un filtre qui pourrait vraiment plaire à tout le monde… »

C’est à ce moment-là que t’est venue la fameuse idée du filtre Disney ?

« Oui, j’ai commencé à travailler sur le projet « Which Disney are you ? ». L’idée nous est venue des questionnaires que l’on trouvait il y a quelques années sur Facebook, comme par exemple : « Quel type d’ami es-tu ? ». Ça fonctionnait super bien à l’époque, donc on s’est dit qu’on pourrait récupérer le concept, qui était fun et sans prétention. On a réfléchi à mixer une série d’éléments pour présenter ce filtre, un produit aussi attrayant que possible. Tous les filtres Instagram qui attribuent au hasard quelque chose ou quelqu’un à l’utilisateur sont partis de ce projet-là, ce qui explique en partie sa popularité… »

Le succès a-t-il été immédiat ?

« 24 heures après avoir posté ce filtre, je suis passé de 6.000 abonnés à 10.000. Je me suis un peu demandé ce qui se passait, mais j’étais évidemment ravi. Et puis une des plus grosses influenceuses make-up au monde à utiliser le filtre, ce qui a véritablement lancé le mouvement et ça n’a plus arrêté pendant deux semaines. Durant ce laps de temps, j’ai gagné 600.000 abonnés et le filtre totalisait plus de trois milliards de vues. Tout matchait parfaitement car je l’ai lancé en décembre, quand tout le monde regarde des Disney. C’est aussi l’époque des fêtes de famille, durant lesquelles c’est ludique de faire ce genre de choses. C’était sûr que ça allait fonctionner, même si on ne peut jamais prévoir un buzz. Il faut un peu de chance ! »

Cela a été un fantastique coup de projecteur sur ton travail…

« Jimmy Fallon a utilisé le filtre durant son « Late show », la BBC, le New York Post, le Daily Mail et CNN ont écrit à mon propos, ce qui m’a fait comprendre la portée internationale de ce que l’on faisait. Beaucoup de demandes de la part de clients ont alors afflué et ne se sont jamais arrêtées. J’ai été rapidement dépassé et je ne pouvais pas répondre à tout, mais j’étais euphorique. Ma passion n’a pas évolué grâce à ce buzz, mais c’est simplement le fruit d’un dur labeur. Pendant des années j’ai travaillé gratuitement, donc obtenir cette reconnaissance en une fois m’a fait réaliser que je devais en profiter, sans me poser de questions. »

Est-ce que ce filtre vous a rapporté de la monnaie sonnante et trébuchante ?

« Non, malheureusement sinon je serais riche (rires). Toutefois, ça m’a permis de montrer ce que j’étais capable de réaliser dans le domaine et j’ai été approché par de nombreuses sociétés qui voulaient exploiter ce savoir-faire. Ça a donc été un nouveau business qui m’a permis de collaboré avec des grands marques comme Nike, Aigle, Ikea, Playstation, ou encore Universal Picture, qui me permet de régulièrement collaboré pour les grosses sorties cinéma, c’est ma plus grande fierté. »

La crise sanitaire est-elle malgré tout venue impacter tout ça ?

« Clairement, parce ce que je fais de base ce sont des tournées musicales que j’ai dû complètement arrêter. Je vivais ce genre de choses à 200% et j’ai dû en une fois passer à 0%, ce qui a été un gros coup au moral. J’ai d’abord profité de cet arrêt forcé pour me reposer, et puis je me suis naturellement amusé à créer certaines choses, pour me recentrer sur ma passion et ce que j’avais envie de faire. Ensuite, j’ai voulu rebondir et j’ai donc pensé à une nouvelle façon de travailler malgré la crise. J’ai donc commencé à faire des captations de directs, d’abord dans le monde de la musique et puis dans le milieu corporate. Cela me demande d’autres compétences et ça m’a donc enrichi et j’ai accru mon expérience, ce qui me permettra lorsque cette crise sera fini de proposer encore plus de choses à mes clients. »

Cela fait une corde de plus à votre arc…

« C’est sûr, mais j’ai ce besoin de nouveauté. J’estime que chaque challenge t’apporte quelque chose. Je suis très curieux donc j’ai toujours hâte de découvrir de nouvelles techniques et façons de travailler. Je ne sais pas ce que les filtres Instagram seront devenus dans cinq ans, donc je dois constamment me renouveler. Il est clair que je n’aurai jamais trop de compétences… »

Quelques tuyaux de la part d’Arno

Se lancer dans son projet, quel qu’en soit la nature, n’est pas une démarche évidente. Voici quelques conseils de la part d’Arno Partissimo pour donner toutes ses chances à votre projet :

  • Ne pas se sous-estimer
  • Avoir du culot et ne pas avoir peur de l’inconnu.
  • Être curieux
  • Se remettre constamment en question car cela nous permet d’avancer. On peut toujours modifier sa trajectoire en cours de route si l’on réalise qu’elle est mauvaise. Si tu la modifies quand tu es à la ligne d’arrivée, c’est trop tard.

Ne jamais perdre espoir et si tu es convaincu que c’est ce que tu veux faire, lance-toi à 200% et pas à 100% pour mettre toutes les chances de ton côté.

Le buzz d’Arno en quelques infos

  • Le filtre « Which Disney » totalise plus de 5 milliards de vues à travers le monde et 1,2 milliard d’internautes l’ont utilisés.
  • Des stars comme Lionel Messi, la famille Beckham, Hailey Bieber se sont toutes amusées avec ce filtre
  • Au total, 597.000 personnes suivent actuellement Arno Partissimo sur Instagram
  •  Sur TikTok, le Belge compte plus de huit millions de vues.