Mobilité partagée: où sont-ils tous passés?

Photo Billy Bike

Souvenez-vous du printemps 2018: les grandes villes européennes voyaient fleurir sur leurs trottoirs des vélos partagés et trottinettes en libre-service. Leur arrivée a inquiété et agacé, alors qu’ils encombraient les trottoirs. Deux ans plus tard, seuls les plus solides sont encore présents à Bruxelles.

Gobee bike, oBike, Bolt, Jump, Mobike, Hive, Tier… On les a vus débarquer sur les trottoirs, parfois avec la satisfaction de voir une nouvelle solution de transport arriver, souvent avec agacement devant l’incivisme des usagers qui les laissaient au milieu des trottoirs.

Un temps, les autorités des communes concernées avaient envisagé de sévir devant les abus, tout en temporisant. « Le phénomène va finir par se réguler de lui-même », espéraient alors plusieurs bourgmestres bruxellois.

Le temps leur a donné raison. Les vélos en free floating et sans assistance électrique (comme Gobee bike) ont vite disparu. La plupart des opérateurs de trottinettes ont également décidé de retirer leurs modèles, définitivement (comme Wind ou Hive), ou de manière temporaire. Lime avait ainsi suspendu son service suite à la première vague de Covid-19, tandis que Dott avait choisi de réduire son offre.

Les survivants

Ceux qui n’ont rien lâché sont sûrement les plus solides, et ceux qui vont s’installer durablement dans le paysage. À Bruxelles, il y a notamment les vélos électriques en libre-service Billy Bike. Rien d’étonnant à ce que l’offre ait été maintenue, puisque contrairement aux autres acteurs du secteur, il s’agit d’une société bruxelloise.

Alors que tout le monde quittait Bruxelles, elle a, au contraire, décidé d’offrir des minutes gratuites aux usagers, afin de les aider à se déplacer.

Mais l’instabilité de ses concurrents ne satisfait pas le cofondateur de Billy Bike, Pierre de Schaetzen. « Cette situation n’est pas une bonne chose, car nous avons besoin d’une offre crédible et claire à offrir aux Bruxellois qui veulent se passer de leur voiture », explique-t-il.

« Si celui qui est prêt à changer de mode de transport constate que son alternative ne sera peut-être plus là dans quelques jours., il ne vendra donc pas sa voiture et ne passera à une alternative multimodale! Nous avons besoin d’une offre de qualité. »

L‘opérateur de trottinettes Lime a fait son retour sur le marché bruxellois, tandis que Dott, qui avait revu sa flotte à la baisse, revient à la normale. Mathieu De Lophem, CEO de Skipr, une application qui veut faciliter les déplacements intermodaux des employés des entreprises, se réjouit de ce retour.

« C’est une bonne chose de voir ces véhicules revenir, et pour tout le monde », constate-t-il, comme le CEO de Billy Bike. « Plus il y a d’appareils disponibles, plus le système est simple et fiable pour les usagers. Cela a donc le bénéfice d’engager un cercle vertueux, qui profite à tous les usagers, et à tous les opérateurs. »

Optimisme pour l’avenir?

Par le passé, plusieurs opérateurs ont pointé du doigt les problèmes de vandalisme dont ils étaient victimes. Gobee bike a quitté la ville avec ce prétexte, et d’autres se sont également plaints de retrouver leurs trottinettes cassées.

Pour un observateur du secteur, le problème serait ailleurs. « Un service de vélo en libre-service implique d’avoir du matériel robuste et de savoir l’entretenir. Cela a un prix, on ne gagne pas d’argent facilement », soulignait un concurrent pour expliquer le départ de Gobee bike.

Bruxelles Mobilité se dit toutefois optimiste quant à l’avenir du secteur. « Après des craintes justifiées suite au confinement, les perspectives sont plutôt bonnes », souligne Camille Thiry, porte-parole de Bruxelles mobilité.

« Les start-up européennes de micro-mobilité nous indiquent toujours bénéficier de la confiance des investisseurs. Cela permet une stabilisation du marché. » Si ce retour satisfait les différents acteurs, qui y voient une manière d’engager la transition vers un système où la voiture individuelle occupera beaucoup moins de place, certains rappellent toutefois qu’il faudra être vigilants.

« Il sera nécessaire de réguler afin d’éviter les abus, peut être avec des zones de stationnement des appareils », souligne Mathieu De Lophem. « Mais si on encadre bien tout cela, on peut multiplier le nombre de ces engins dans nos rues. Ça sera une bonne nouvelle pour tous les usagers, et pour la mobilité en général », conclut-il.

Camille Goret