«Certaines entreprises ne récoltent pas les fruits de leur politique de mobilité»

Ph. Unsplash

Les déplacements pour se rendre au travail sont une épine dans le pied de nombreux navetteurs et employeurs: ils coûtent de l’argent, de l’énergie et du temps et ils sont nocifs pour l’environnement. C’est pourquoi de plus en plus d’entreprises sont désireuses d’instaurer une politique de mobilité efficace. Mais comment faire? Les sociétés peuvent se faire conseiller par l’Institut belge pour la Sécurité Routière VIAS, où se tient notamment à leur disposition Dagmara Wrzesinska, Project Manager Mobility. «N’imposez pas de nouvelles mesures à l’aveuglette!»

Bonjour Dagmara, pourquoi est-ce important que les entreprises prennent en main la mobilité au sein de leur organisation?

Dagmara Wrzesinska: «Un quart des déplacements que nous faisons en Belgique concerne les navettes pour aller et revenir de notre travail, ce qui est particulièrement élevé. En outre, notre job occupe une part importante de notre journée, si bien que les entreprises pourraient quand même prendre une part de responsabilité afin de créer un meilleur avenir. En implémentant une politique de mobilité, elles peuvent changer non seulement le comportement de leurs collaborateurs, mais éventuellement aussi celui de leurs visiteurs. D’un autre côté, la recherche a aussi montré que le fait de faire la navette a un impact négatif sur la productivité des employés, dès lors trouver une solution à ce problème serait bénéfique pour tous.»

Quelles sont les erreurs que commettent fréquemment les entreprises quand elles dressent un plan d’action?

«Chaque entreprise a en fait déjà une sorte de politique de mobilité, nous nous déplaçons tous d’une manière ou d’une autre pour nous rendre à notre travail et les entreprises sont obligées de prendre à leur charge une partie de ces frais. Le problème est toutefois que les entreprises ne récoltent pas toutes les fruits de cette politique: elle ne répond par exemple pas aux besoins au sein de l’entreprise ou les objectifs n’ont pas été formulés avec suffisamment de clarté si bien qu’elle fait du surplace.»

«Nous observons souvent que les entreprises sont de bonne volonté, mais n’ont pas de vision à long terme, si bien qu’elles négligent des choses indispensables, comme la sécurité routière. Pendant la pandémie de coronavirus, les entreprises ont par exemple encouragé leurs collaborateurs à se rendre au travail en prenant moins les transports en commun, mais ils ont oublié qu’en fait les transports en commun sont les moyens de transport les plus sûrs. Ou des entreprises en sont arrivées à la conclusion que leur parking est trop rempli et ont de ce fait donné à leurs collaborateurs un vélo ou une trottinette électrique, sans leur offrir au préalable une formation adéquate. Cette situation engendre le risque que les collaborateurs puissent être davantage impliqués dans un accident. Le premier problème, un parking engorgé, engendre donc tout simplement un nouveau problème.»

De quelle manière une entreprise peut-elle implémenter une bonne politique de mobilité?

«Chaque entreprise doit créer une stratégie sur mesure. Aucune organisation n’est en effet identique; le lieu, le type d’activité et le type de collaborateur jouent un rôle important dans le type de politique que l’on veut instaurer. Les jeunes starters ne sont par exemple plus intéressés par un véhicule de société, même si cela ne signifie pas pour autant que vous ne pouvez plus leur proposer une voiture. Un employeur peut ainsi mettre sur pied un système de partage, dans le cadre duquel les employés peuvent faire usage d’un véhicule quand ils en ont besoin.»

«Il est dès lors important que vous fassiez une analyse des besoins de vos employés avant de mettre en place des changements. Si vous ne le faites pas, vos chances de réussite seront moins élevées. Les gens aiment s’en tenir à leur zone de confort, si bien qu’il n’est déjà pas si facile de modifier des schémas comportementaux. C’est justement pour cette raison qu’il est essentiel de définir au préalable ce qui est essentiel pour vos collaborateurs et de ne pas imposer sans plus du jour au lendemain des mesures à l’aveuglette. VIAS peut vous aider en tant que conseiller indépendant. Nous pouvons prévoir les bons outils et la méthodologie appropriée afin de procéder à cette analyse et d’offrir des solutions. L’objectif ne peut pas être de mettre des collaborateurs sur un vélo sans tenir compte de la sécurité routière. Nous veillons à ce que tout soit pris en compte; la santé et la sécurité de l’usager de la route ne peuvent en effet pas être compromises.»

Silke Vandenbroeck