Pourquoi bave-t-on pendant notre sommeil ?

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Après une petite sieste réparatrice ou une bonne nuit de sommeil, il nous est tous arrivé de constater que nous avions bavé sur notre oreiller et qu’un filet de bave pas très glamour s’échappait de notre bouche. Si cela peut donner lieu à des situations cocasses, voire embarrassantes, il est intéressant de savoir ce que ce phénomène dit sur notre sommeil. Le docteur Daniel Neu a décortiqué avec nous ce mécanisme qui se déroule durant notre sommeil.

Au quotidien, certains phénomènes parfois étonnants arrivent sans pour autant que nous les comprenions. Mais souvent, notre ignorance, qui nous convient très bien, est souvent rattrapée par des questions que se posent les plus jeunes d’entre nous, curieux de comprendre le monde qui les entoure: «Pourquoi tremble-t-on quand on a froid?», «Pourquoi transpire-t-on lorsque l’on fait du sport?», «Pourquoi rougit-on lorsque l’on est gêné?», «Et, tiens, pourquoi arrive-t-il que l’on bave pendant notre sommeil?»

Afin que vous ne restiez pas plus longtemps dans l’ignorance, Metro a décidé de mener l’enquête pour comprendre ce mécanisme du corps humain. Selon un article de la revue de médecine orale, il s’agit d’un «dysfonctionnement de la coordination du mécanisme de déglutition, qui a pour résultat l’accumulation excessive de salive dans la portion antérieure de la cavité orale et la perte involontaire de salive par la bouche».

Comment s’explique l’hypersalivation?

Pour mieux comprendre cette définition et répondre à nos quelques questions, nous nous sommes tournés vers le docteur Daniel Neu, chef de service du Centre des Troubles du Sommeil au CHU Brugmann, qui nous a expliqué le mécanisme de salivation durant notre sommeil: «À l’origine, il faut savoir que nous bavons moins quand nous dormons que lorsque nous sommes éveillés. Le débit des glandes salivaires est bien plus bas. D’ailleurs, si la salive continuait à circuler de la même manière pendant notre sommeil que quand nous sommes conscients, nous nous étoufferions

De fait, le phénomène d’hypersalivation, qui se cache en fait derrière ces écoulements nocturnes, peut arriver pour de nombreuses raisons. «Les jeunes en privation de sommeil peuvent être touchés par ce phénomène lors d’un sommeil trop profond ou lors d’un endormissement inopiné, par exemple lors d’une courte sieste en pleine journée. Certaines personnes, qui portent des appareils ou qui sont atteintes de bruxisme, peuvent aussi en être victimes parce qu’ils mâchouillent durant leur sommeil et stimulent donc plus la salivation. Enfin, quand on est plus âgés, il y a une baisse de tonus musculaire et la mâchoire tombe donc plus facilement vers le bas, ce qui laisse écouler de la bave», énumère le docteur Neu.

C’est grave, Docteur?

La position que l’on adopte dans notre sommeil a naturellement aussi une influence sur l’hypersalivation. Si l’on dort généralement sur le côté, la salive va plus facilement s’accumuler dans notre bouche et s’en échapper si l’on ouvre celle-ci. Lorsque l’on dort sur le dos, la bave va naturellement moins s’échapper de notre bouche. Mais difficile d’avoir une influence sur tout cela, comme l’explique notre expert: «Notre position pendant notre sommeil ne se contrôle pas puisque nous sommes inconscients. Il existe des traitements sophistiqués pour modifier celle-ci, mais ils ne sont pas spécialement nécessaires dans ce cas-ci».

Ainsi donc, le fait de baver peut être un signe que la respiration se fait mal et que certaines voies respiratoires sont obstruées. Au mieux, cela peut avoir un impact sur la qualité de notre sommeil, ce qui est déjà, somme toute, dérangeant. Au pire, cela peut être l’indication d’une apnée du sommeil (voir ci-dessous), dans quel cas, il est important d’investiguer. En effet, le docteur Neu préconise avant toute chose d’en discuter avec son médecin traitant, dans un premier temps. Celui-ci vous redirigera peut-être vers un ORL et il sera, par la suite, envisageable de passer par un laboratoire du sommeil pour en savoir plus.

Qu’est-ce que l’apnée du sommeil ? 

L’apnée du sommeil se manifeste par des arrêts involontaires de la respiration durant le sommeil. Généralement, celle-ci survient chez les personnes en surpoids, âgées ou qui ronflent de façon importante. Les pauses durent minimum dix secondes, mais peuvent atteindre plus de 30 secondes. Elles surviennent plusieurs fois par nuit à fréquence variable, mais deviennent problématiques lorsqu’il y en a plus de cinq par heure. Ces apnées perturbent le sommeil et se traduisent par une fatigue au réveil, voire des maux de tête ou une somnolence pendant la journée. Le ronflement peut parfois être un signe d’apnée du sommeil, tout comme l’hypersalivation. Généralement, les apnées sont dues à un relâchement de la langue et des muscles de la gorge qui manquent de tonus et qui bloquent le passage de l’air lors de la respiration. La plupart du temps, c’est le conjoint de la personne qui est en proie à des apnées qui en remarque la présence. Il est conseillé de consulter un médecin si :
  • vos ronflements perturbent votre conjoint ou celui-ci remarque des arrêts respiratoires dans votre sommeil
  • vous vous réveillez la nuit avec une impression de mal respirer
  • vous vous sentez fatigué dès le matin et vous vous endormez fréquemment pendant la journée.