Claes Bang: «L’art véritable vous ouvre les yeux»

Jose Haro

En 2016, Claes Bang était encore un acteur danois inconnu, qui faisait du théâtre et de la télévision. Grâce à son rôle principal dans la Palme d’or ‘The Square’, il a pu entre-temps déposer un European Film Award sur sa cheminée, décrocher le premier rôle de la série ‘Dracula’ de la BBC et jouer aux côtés de Donald Sutherland et Mick Jagger dans le thriller ‘The Burnt Orange Heresy’. Il était temps de le rencontrer.

‘The Square’ et ‘The Burnt Orange Heresy’ se passent tous les deux dans le milieu de l’art. Voyez-vous des parallèles?

Claes Bang: «Ce n’est qu’en me préparant vraiment à ce film que j’ai vu à quel point mes personnages sont proches. C’est comme si le Christian de ‘The Square’ avait mal tourné. Comme s’il avait reçu quelque part un job important, avait détourné des fonds, s’était fait prendre et voyageait maintenant pour donner ici et là des conférences sur l’art. La grande différence toutefois, c’est que James, l’homme que je joue dans ‘The Burnt Orange Heresy’, est nettement plus froid et cruel. Son énorme ambition détruit tout

Les deux films s’en prennent très durement au monde de l’art, qui semble très cynique et faux. Est-il vraiment ainsi, à votre avis?

«Je n’irais pas jusque là. Le monde de l’art a aussi beaucoup de belles choses à offrir. J’aime bien me rendre à la Biennale de Venise, par exemple. J’ai énormément de plaisir à découvrir dans chaque pavillon un art totalement différent. Tantôt je le trouve fantastique, tantôt ce n’est pas mon truc. L’art véritable vous ouvre les yeux et vous donne une nouvelle perspective sur le monde. Mais dans ce film, c’est tout de même le cynisme qui domine. Le message est ‘Ne vous fiez pas toujours au hype. Faites-vous votre propre opinion’. Cela me fait penser à ce conte de mon compatriote Hans Christian Andersen, ‘Les habits neufs de l’empereur’. Personne n’ose dire que l’empereur ne porte pas d’habits du tout

Comment était-ce de tourner avec Mick Jagger?

«Formidable. C’est un homme très gentil et très facile. Un Anglais très simple en fait. Très modeste aussi. Pour ‘The Square’, il y avait beaucoup d’acteurs non-professionnels, et Mick s’est comporté exactement de la même manière. Il a dit carrément que la comédie n’était pas son biotope et que toute aide serait la bienvenue. Cela a donné un bel esprit collectif sur le plateau. Je dois avouer que j’étais nerveux au départ, surtout quand j’ai appris que Mick Jagger et Donald Sutherland seraient mes partenaires de jeu. Je me suis demandé combien d’icônes ils pouvaient mettre dans un seul film. Mais Mick et Donald m’ont très vite mis à l’aise

‘The Square’ a complètement changé votre carrière. Comment vivez-vous cela?

«Tout d’un coup, j’ai reçu plein de propositions dont je n’avais jamais osé rêver avant. À ce moment-là, j’ai décidé d’en profiter au maximum. Un bon scénario se reconnaît tout de suite, et je saisis tout simplement toutes les occasions qui se présentent. Cinéma, télévision, théâtre, peu importe. Si je trouve que c’est bon et que cela cadre dans mon emploi du temps, alors je fonce. Le résultat, c’est que depuis ’The Square’, je n’ai pas arrêté une seconde, mais cela en vaut la peine. Je veux que la machine ne s’arrête pas. Qui sait, je n’aurai peut-être plus ces possibilités demain