Depuis la pandémie, les cyclistes montrés du doigt à Berlin

AFP / O. Andersen

A Berlin, rouler à vélo a toujours été relativement facile. Mais depuis la pandémie, la forte hausse du nombre de cyclistes a envenimé la cohabitation dans les rues de la capitale.

Un matin gris de novembre aux heures de pointe: des cyclistes défilent sur la Friedrichstrasse, célèbre artère au coeur de Berlin. « Dégage! », crie soudain l’un d’entre eux à un passant qui marche pourtant sagement sur le trottoir et a juste le temps de s’écarter pour éviter le chauffard.

« C’est de pire en pire », réagit la victime, Bernd Lechner, une fois remis de ses émotions. « Je finis par craindre les vélos plus que les voitures! », ajoute cet employé de l’assurance d’une quarantaine d’année, déplorant un comportement de « plus en plus agressif » de certains cyclistes.

Immatriculation des deux roues

Depuis la pandémie de Covid-19, le nombre de Berlinois se déplaçant à vélo, pour se rendre au travail ou faire des courses, a augmenté de quelque 25%, selon la ville. Une bonne chose pour la forme physique, la qualité de l’air et la santé publique, car cela limite la fréquentation des transports en commun.

Mais parallèlement, la police a fait état d’une multiplication des plaintes de piétons et des infractions des deux roues. A tel point que la présidente de la police berlinoise Barbara Slowik a récemment proposé une obligation d’immatriculation pour les vélos, afin, selon elle, d’aider les autorités à identifier plus facilement les fautifs.

« Plus de 50% des accidents de la circulation impliquant des cyclistes sont provoqués par les cyclistes eux-mêmes », a-t-elle affirmé dans un entretien au Berliner Morgenpost. Ils paient d’ailleurs un lourd un tribut : 17 cyclistes sont décédés dans un accident de la circulation cette année, soit dix de plus que l’an passé à la même période.

Trois millions de vélos

La proposition a peu de chance d’être appliquée en raison de la « bureaucratie immense » qu’elle entraînerait, indique à l’AFP Ragnhild Sörensen, de l’association Changing Cities, qui promeut les mobilités douces. Berlin compte environ 3 millions de vélos pour 1,1 million de voitures enregistrées, pointe-t-elle.

Mais la présidente de la police a lancé un débat sur le comportement jugé arrogant de certains cyclistes. « On est bousculé, on se fait insulter. Beaucoup croient être de meilleures personnes juste parce qu’ils se déplacent à vélo (…) Il faut mettre un terme à cette anarchie! », écrivait récemment le Tagesspiegel à leur sujet.

Renforcement des contrôles

Pour Mme Soerensen, « tout cela n’est qu’un faux débat », teinté d’arrières pensées politiques. « On essaie de dénigrer les cyclistes afin de détourner l’attention des retards pris dans l’aménagement d’une loi sur la mobilité » privilégiant transports en commun et vélos.

La place réservée aux cyclistes reste limitée à 3% dans la cité, alors que leur part dans le trafic s’élève à plus de 18%, souligne Anika Meenken du Vehrkehrsclub Deutschland (VCD). « L’agressivité intervient quand l’espace est trop étroit, cela conduit naturellement à plus de stress », dit-elle. En comparaison, les voitures représentent quelque 33% du trafic, mais occupent 58% de l’espace.

Même si Berlin est l’une des capitales les plus étendues d’Europe, « nous ne pouvons pas construire partout des routes, pistes cyclables ou trottoirs », argumente de son côté Oliver Woitzik, commissaire divisionnaire à Berlin. « Ce qui aiderait beaucoup serait d’arrêter de mettre son propre égo en avant, et de savoir aussi renoncer à son bon droit » quand il peut y avoir danger, un comportement qui fait parfois défaut aux deux roues, affirme-t-il.

Les cyclistes réfractaires risquent en tous les cas d’être davantage verbalisés avec le renforcement prévu de la brigade de policiers à vélo, dit-il à l’AFP. Leur nombre, actuellement une quarantaine, devrait « grimper à 100 au printemps », puis continuer à croître dans les années suivantes.