Dans le Péloponnèse, la récolte des olives souffre du coronavirus

AFP / A. Tzortzinis

Au milieu des ruines antiques envahies par la végétation, Nikos Argirakis s’active pour ramasser les olives de son domaine du Péloponnèse. Cette année, la récolte prendra du retard faute de saisonniers pour cause de pandémie.

« Une centaine d’ouvriers agricoles arpentent chaque année la région au moment des récoltes. Cette saison, ils ne sont pas plus de quinze« , estime M. Argirakis.

Les restrictions de déplacement imposées pour limiter la propagation du virus ont lourdement impacté la circulation des ouvriers agricoles bien souvent immigrés. La fermeture de la frontière avec l’Albanie et l’obligation de se munir d’une attestation provoquent une pénurie de main d’oeuvre dans un secteur qui repose essentiellement sur les saisonniers, rarement déclarés.

À la sortie du village d’Aghios Andreas, dans le sud-ouest du Péloponnèse, le domaine de Nikos Argirakis s’étend sur un hectare et compte près de mille oliviers.  « On a pris du retard donc on essaye de ramasser rapidement. Passé un certain temps, le produit peut perdre en qualité », précise M. Argirakis. D’ordinaire terminée fin novembre, la récolte s’étendra jusqu’à fin décembre pour ce producteur, également serveur dans un café de Kalamata.

« Un travail pénible et peu valorisé »

Les branches des oliviers sont dénudées à la main et les petites billes vertes et violettes retombent sur les filets étendus au sol. Les sacs en toile de jute se remplissent dans un ballet méthodique et ordonné.

Deux hommes originaires du Bangladesh et un couple albanais, présents en Grèce avant la fermeture des frontières, ont finalement rejoint le domaine de Nikos Argirakis. « Beaucoup de Grecs se refusent à effectuer ce travail pénible et peu valorisé », soupire le producteur au physique sec et élancé.

« J’ai dû mettre ma mère et ma soeur au travail », dit-il. « C’est comme ça que faisaient nos grand-parents, la récolte a toujours été une histoire de famille », relativise l’homme de 40 ans, dont la moitié à s’occuper du domaine familial.

« Et si on est contaminés? »

Dans le village de Messini, Panayiotis Outsikas aussi doit aussi s’appuyer sur sa famille pour l’aider. « Il n’y a pas de travailleurs, on va devoir récolter nous-mêmes », peste le berger, entouré de ses brebis.

À perte de vue, des milliers d’oliviers dévalent jusqu’à la mer le bras de terre situé au sud-ouest de la Grèce continentale. La péninsule de Messénie, dans la région du Péloponnèse, concentre la plus grosse production d’huile d’olive du pays, secteur valorisé à 790 millions d’euros en 2019, selon les données d’Eurostat. « Beaucoup de domaines sont familiaux et la population est âgée, c’est difficile de récolter les olives et le temps de récolte risque de tripler », commente Ioannis Andriopoulos.

Cet employé de la coopérative agricole de Messénie, qui cumule travail agricole et emploi de livreur, s’inquiète d’une situation exceptionnelle qui met à mal un modèle déjà chancelant. « C’est difficile de faire confiance aux travailleurs sans papiers. Ils n’ont pas été testés par peur de se faire arrêter, mais qu’est-ce qu’il se passe si on est contaminés? », demande le quinquagénaire.

En temps normal, quatre personnes viennent travailler sur le champ d’oliviers de la coopérative. Cette année, Ioannis Andriopoulos travaille seul. « Les travailleurs et les producteurs ont pris des précautions pour se protéger du virus », reprend Giannis Pazios, secrétaire général de la coopérative.

L’huile d’olive peu rentable

« Mais moins de bras, ça veut dire une augmentation du prix de la main d’œuvre et donc des coûts de production », ajoute M. Pazios Vendue 2,40 euros le litre en moyenne, l’huile d’olive devient peu rentable pour les agriculteurs. Et « la fermeture du secteur de la restauration en Grèce mais aussi les confinements dans le monde entier réduisent la demande et donc l’activité », a-t-il déjà observé.

Une odeur âcre et intense s’échappe du pressoir de Madéna, à quelques kilomètres de Kalamata, la capitale de Messénie. Les tracteurs slaloment entre les tas de sacs remplis d’olives dans une chorégraphie savamment orchestrée. « En ce moment, on ne peut vendre ni aux restaurants ni aux épiceries, et les exportations vont ralentir cette année », se lamente Dimitris Karoumpalis, le propriétaire du pressoir.

Celles-ci représentaient l’an dernier 60% de la production totale du pays. « On a une petite marge de manœuvre mais il faut réussir à se tourner vers de nouveaux marchés, comme la Russie », suggère M. Karoumpalis. Lui s’inquiète plus des débouchés que de sa récolte. Car « d’une manière ou d’une autre, les olives finiront par être ramassées ».