La téléconsultation, nouvelle alliée des thérapeutes

dr

Depuis le confinement de mars dernier, beaucoup de thérapeutes se sont organisés pour voir leurs patients en téléconsultations. Une version digitale du divan qui présenterait de nombreux avantages. La psychologue clinicienne Marie-Cécile Remy, elle, gardera à l’avenir les consultations à distance, en plus des rencontres physiques.

Après le premier confinement, Marie-Cécile Remy avait repris ses consultations en présentiel et avait trouvé cela particulièrement contraignant: «Je devais accueillir mes patients avec une bouteille de gel, garder le masque tout au long de la séance et désinfecter entre chaque patient. C’était vraiment inconfortable, d’autant que je suis une psy qui parle énormément et avec le masque, il faut élever la voix et mettre plus d’emphase. C’est vraiment fatigant», explique-t-elle. Par ailleurs, la thérapeute a des soucis d’audition et s’est rendu compte à quel point elle utilisait également la lecture sur les lèvres pour la compréhension. Pour elle, il n’y a pas de doute: avec les mesures sanitaires actuelles, la téléconsultation l’aide dans la compréhension d’autrui en lui offre au moins la possibilité de voir le visage dans son intégralité et donc tout le champ de la communication non verbale.

Un pied dans l’intimité des patients

De plus, la séance digitale constitue une petite fenêtre ouverte sur le lieu de vie des patients: «Je vois un chat, j’entends un oiseau, je vois un petit bout d’où ils vivent. Cela me donne des informations sur eux. J’avais une patiente plus âgée qui tricotait pour sa petite fille et qui me montrait à chaque séance l’avancement de son projet. Et puis pour les femmes voilées, je les vois sans leur voile et ça aussi c’est intéressant

Accéder à de nouveaux profils

La séance digitale permet également de traiter des personnes qui n’ont pas l’occasion de venir à elle: «J’ai un camionneur qui n’est pas du tout le profil type de mes patients habituels. Il accroche bien avec mon accompagnement et il peut en profiter parce qu’on fait les séances à distance lorsqu’il est dans son camion, pendant ses moments de repos. Nous travaillons sur l’anxiété et la méditation et il me dit qu’il la pratique aussi pendant ses arrêts», dit-elle, ajoutant qu’elle ne pense pas qu’il aurait consulté si ce n’était pas possible à distance.

Le thérapeute idéal où qu’il soit

Autre gros avantage insoupçonné de la téléconsultation: le choix. En général, on choisit son thérapeute en fonction de sa localisation géographique, mais avec le digital, il peut se trouver n’importe où. On peut donc sélectionner le thérapeute qui nous convient le mieux en ouvrant l’horizon géographique, s’est aperçue Marie-Cécile Remy.

Selon cette dernière, en plus, toutes les catégories de la population s’adaptent facilement aux communications digitales: «Les personnes âgées autant que les enfants s’adaptent facilement pour autant qu’on leur montre le chemin.» Les populations moins aisées socialement et financièrement sont également au taquet: «Beaucoup de mes patients moins favorisés ont de la famille à l’étranger et ont déjà fort l’habitude d’utiliser les canaux digitaux pour communiquer avec les membres de leur famille. Et contrairement aux réunions à plusieurs, ce n’est pas plus fatigant qu’en face-à-face car nous ne sommes que deux personnes connectées

Une voie complémentaire

Par ailleurs, les consultations en ligne permettent également de garder le suivi avec des patients qui pour des raisons professionnelles ou privées, n’ont plus le temps de se déplacer. «Il y a les personnes qui sont en congé maladie donc très flexibles puis qui reprennent le travail et pour lesquelles c’est compliqué de continuer à se voir en présentiel. Il y a aussi les jeunes mamans pour lesquelles se déplacer avec un nouveau-né est compliqué. Et puis, imaginez que vous vous cassiez une jambe? Grâce à la téléconsultation, on n’est pas obligés d’arrêter la thérapie. J’ai une patiente qui est repartie dans son pays d’origine car ses parents étaient malades, et on a pu continuer aussi. Il y a aussi un homme d’affaires toujours en voyage qui a pu également continuer à consulter. Il fallait juste s’organiser avec les fuseaux horaires.»

Évidemment, le principe des téléconsultations ne fonctionne pas dans tous les cas de figure: «Pour des pathologies lourdes ou des préventions de suicide par exemple, le présentiel est parfois indispensable», précise-t-elle, tout en voyant quand même dans le digital une façon peut-être pas idéale mais pratique pour garder le lien avec ces cas «lourds» dont beaucoup se sont retrouvés très isolés pendant le premier confinement.

Proposer les deux méthodes en fonction des besoins est donc un réel plus «Le digital n’est pas un ersatz du présentiel mais une nouvelle offre de soins» affirme Marie-Cécile.

Deux tiers des thérapeutes

La thérapeute lit tout ce qu’elle trouve comme littérature scientifique publiée au sujet des téléconsultations. Elle participe régulièrement à des conférences digitales et perçoit clairement un engouement: «Nous étions 177 thérapeutes à la dernière conférence de l’UCL, et nous avons effectué un petit sondage: deux tiers pratiquaient les séances digitales.»