Keith Thomas: «Enfant, j’étais déjà assez morbide»

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Les films d’horreur aiment bien plonger dans les mythes et légendes, à la recherche d’idées pour faire peur. ‘The Vigil’, par exemple, se tourne vers la tradition juive pour une histoire de ‘shomer’, un homme qui est engagé pour veiller sur le corps d’un défunt pendant une nuit. Mais ici, il n’est pas seul dans la maison. Et ce qui fait encore plus frissonner, c’est que le réalisateur Keith Thomas s’est inspiré de faits réels…

Keith Thomas: «Il y a des années, alors que je vivais à New York, j’ai entendu des vieux juifs orthodoxes parler d’un ‘shomer’ qui avait quitté son poste. Je savais ce qu’était un ‘shomer’, et cette histoire m’intriguait. Un ‘shomer’ est payé pour faire son job. Selon les règles, il ne peut rien faire que ne peut faire le défunt. Il ne peut donc ni manger, ni boire, ni même aller à la toilette. La seule chose qu’il peut faire, c’est prier. Alors, pourquoi ce ‘shomer’ s’est-il enfui tout d’un coup? Je n’ai jamais oublié cette histoire, et quand j’ai cherché une idée pour mon premier film, elle m’est tout de suite revenue. Je trouvais l’idée d’un ‘shomer’ parfaite pour une histoire horrifique. Qui en plus n’a encore jamais été racontée.»

Comment se fait-il qu’il y ait si peu de films d’horreur autour du folklore juif?

«Cela surtout dû au fait que les juifs en général sont peu superstitieux. Nous ne croyons pas non plus au Diable ou à l’enfer ou aux mauvais démons qui y vivent. Notre mythologie est très différente. Dans mon film, il s’agit certes d’un démon, un ‘mazik’, mais il ne vient pas de l’enfer. C’est plutôt une sorte de parasite qui se nourrit du chagrin et de la douleur des gens

Pourquoi avez-vous situé l’histoire dans une communauté hassidique?

«Surtout parce que j’ai rarement vu ce décor dans un film d’horreur. Au départ, je pensais à une maison dans les bois, mais mes producteurs trouvaient que cela devait se passer à Brooklyn. Il y a là-bas une grande communauté hassidique. La plupart des acteurs dans le film et quasi tous les lieux de tournage sont authentiques.»

D’où vous vient votre amour des films d’horreur?

«Enfant déjà, j’étais assez morbide (rires). J’aimais les monstres et l’obscurité, l’excitation de la peur. Cela a commencé par des livres. Je dévorais les livres dans mon enfance et j’ai toujours continué à lire. ‘The Vigil’ est influencé par d’autres films, notamment ‘Jacob’s Ladder’ (‘L’échelle de Jacob’) et ‘Angel Heart’, mais je me suis certainement inspiré aussi de mes auteurs favoris. Il y a d’ailleurs un Belge aussi parmi eux, Jean Ray. Je le recommande à tout le monde

En quelques lignes

À court d’argent, Yakov se laisse convaincre de retourner dans la communauté hassidique à Brooklyn et d’y jouer le rôle de ‘shomer’ en veillant toute une nuit le corps d’un défunt, dans le respect des traditions. Mais il commence à noter des choses étranges dans la maison. Est-ce l’œuvre de l’épouse démente du défunt? Son propre esprit chancelant lui joue-t-il des tours? Ou s’agit-il de phénomènes surnaturels? Le réalisateur Keith Thomas crée avec des moyens limités une ambiance inquiétante convaincante. Tout comme le personnage principal, on commence à la longue à voir dans toute ombre quelque chose de menaçant. Seulement on ne peut nier que ‘The Vigil’ serait tellement mieux sur grand écran. De la dernière image intrigante, par exemple, il ne reste pas grand-chose sur un petit écran. C’est vraiment dommage. 3/5