Expérimentation animale : « Les chercheurs utilisent le chantage émotionnel »

Ph.. André Ménache (1)

Né en Belgique et résidant actuellement en France, le docteur André Ménache est vétérinaire. Directeur d’Antidote Europe, il est aussi conseiller scientifique pour 15 associations de défense animal dans le monde.

Que pensez-vous du positionnement des chercheurs en faveur des tests sur les animaux ?

André Ménache :«Pour moi, les chercheurs utilisent le chantage émotionnel. Selon eux, pour faire avancer la science et la médecine, c’est votre chien ou votre enfant, vous devez choisir! Pour moi, ce n’est pas la question. En tant que vétérinaire, je peux vous affirmer qu’un chien ne peut pas prédire l’effet d’une substance chimique ou d’un médicament chez l’homme. Par exemple, je ne vais pas tester des médicaments pour les chevaux sur des perroquets. Pourquoi tester des médicaments destinés à l’homme sur des rats ou des chiens?»

Qu’est-ce qui bloque aujourd’hui ?

«Malheureusement, aujourd’hui, nous sommes bloqués par une réglementation qui exige toujours de tester tout médicament sur un rongeur et un non rongeur avant de passer aux essais cliniques chez l’homme. Les chercheurs et les industriels pharmaceutiques mettent toujours cet argument en avant. Créés dans les années 1980, le processus de la validation et les règles actuelles ne sont pas valables et adaptés à nos technologies du 21e siècle. Or, personne ne les change. Tout le système est incohérent. Il crée non seulement une souffrance animale mais aussi des dégâts sur la santé humaine et l’environnement. Par exemple, les pesticides avaient été testés sur des rats, des poules, des vers de terre et des poissons, mais ils n’avaient pas pensé que cela allait massacrer les abeilles.

Aucune espèce n’est un modèle biologique pour une autre espèce, c’est un principe de base en science et il est temps que les gens comprennent cela. Selon le FDA, sur dix médicaments ayant réussi des tests sur les animaux, neuf vont échouer lors des essais cliniques sur l’homme car ils sont soit trop toxiques, soit pas efficaces. A-t-on besoin d’un meilleur exemple pour montrer que le modèle animal n’est pas fiable pour l’homme?»

 

À quand remonte la réglementation encadrant les tests sur les animaux ?

«Cette exigence de tester sur des animaux date de la fin de la Deuxième Guerre mondiale. C’est au procès de Nuremberg, vu ce que les nazis ont fait aux prisonniers, qu’il a été décidé d’encadrer l’expérimentation sur l’homme et de passer sur l’animal avant l’être humain. Aujourd’hui, nous sommes bloqués avec une réglementation vieille de 70 ans et qui n’est pas du tout à jour avec nos connaissances scientifiques. Nous sommes dans cette situation aberrante qui convient parfaitement aux industriels.»

Comment changer les choses ?

«Les citoyens doivent d’abord se renseigner en arrêtant de soutenir les associations caritatives à caractère médical qui subventionnent la recherche animale. Cela fait 30 ans qu’ils torturent des chiens et ils n’ont rien trouvé. Ensuite, ils doivent solliciter les députés et exiger une commission d’enquête. Les citoyens ont le droit de recevoir une réponse claire car cela touche tous les produits dans notre vie, les médicaments, les substances chimiques et les cosmétiques, tout a été testé sur des animaux à un moment donné.» (tw)