Au cœur de la révolution française, l’enquête de se poursuit : Henri Lœvenbruck signe un deuxième tome très réussi

Ph. Facebook / C. Gassian

Avec « Le mystère de la main rouge », la suite très attendue du « Loup des Cordeliers », Henri Loevenbruck nous replonge en plein cœur de la révolution française. Le jeune journaliste Gabriel Joly s’élance à la poursuite d’un justicier masqué. Mystères, vengeance et complots : cette nouvelle enquête le mènera jusqu’en Corse, au cœur d’une sombre société secrète.  

On peut dresser de nombreux parallèles entre la révolution française et notre monde actuel.

« Il y en a énormément ! Ne serait-ce que le confinement des Parisiens, entre la prise de la Bastille et le 22 juillet ! Les Parisiens étaient confinés, les spectacles arrêtés, les magasins fermés. Ça m’a beaucoup amusé de voir le discours à la fin du confinement de Jean-Sylvain Bailly, le maire de Paris, en 1789. Il ressemble à un discours de Macron en 2020 !

Ensuite, évidemment, sur le mouvement des gilets jaunes et tous les mouvements populaires et insurrectionnels. Ce qui est intéressant, en les mettant en parallèle avec 1789, c’est de voir les erreurs qu’il ne faut surtout pas commettre. Apprendre à se méfier des récupérations possibles : la colère populaire est une arme redoutable pour beaucoup de politiciens. Apprendre, aussi, à faire très attention à ceux qui prennent la place de ceux qui ont été renversés. C’est bien de se remémorer l’histoire… et de voir que beaucoup de choses se répètent, malheureusement. »

Votre héros va être confronté à une mystérieuse société secrète. Qu’est-ce qui vous l’a inspirée ?

« La ‘Main Rouge’ n’a pas existé mais elle symbolise pour moi le mensonge qu’il y a eu au sujet de la révolution. Ce devait être une révolution populaire. Elle est née sur des idéaux légitimes et magnifiques : mettre fin aux privilèges et au système féodal. On y a mis fin… mais au profit d’une nouvelle aristocratie, qui était l’aristocratie industrielle. La bourgeoisie a récupéré les terres et les richesses de l’aristocratie et de l’église. Mais le peuple, lui, n’a pas gagné grand-chose du point de vue matériel. »

Il a gagné des droits…

« Il a gagné des droits et la mise en place progressive du suffrage universel. Ça a été important. Mais les grandes perdantes de cette révolution, c’était les femmes. La révolution a accordé des droits aux hommes mais très peu aux femmes. Or, elles étaient à l’origine de ce mouvement. »

Justement, Gabriel pourra notamment compter sur son amie Théroigne de Méricourt. C’est une figure à laquelle vous vous êtes attaché ?

« Oui. Théroigne et le pirate Récif sont les deux personnages pour lesquels j’ai une tendresse particulière. J’ai mis en scène une Théroigne romanesque ! Avec cet avantage qu’il n’y a pas beaucoup de documentation sur elle. Ce qui m’arrange, parce que cela laisse de la place à l’imagination, plus de liberté. En revanche, on connaît bien la fin de sa vie. C’est une histoire très forte, dramatique. Pour moi, c’est un matériau privilégié pour un roman. »

Comment expliquer que sa vie soit passée sous les radars de l’Histoire ?

« On connaît très bien Olympe de Gouges, qui est la deuxième grande figure féminine de la révolution. Elle a écrit une pièce de théâtre, elle était très introduite dans les salons… C’est devenu le symbole du féminisme naissant de la fin du 18 e siècle. Elle a un peu occulté les autres actrices, dont Théroigne de Méricourt. Pour moi, Théroigne a un charme particulier car elle est plus populaire. J’avais envie de lui rendre hommage. J’aimais avoir une espèce de féminisme qui s’incarnait dans un esprit aventurier. »

Vous savez exactement où cette saga va nous mener ?

« Elle continuera jusqu’à ce que je m’ennuie ! (Rires) On va aller jusqu’à la Terreur, donc il m’en reste cinq ou six à écrire, au minimum ! Le prochain va se dérouler à la Comédie Française, qui à l’époque était installée dans le théâtre de l’Odéon. On sera plus dans du Agatha Christie, du Hitchcock : un polar pur et dur, un peu intimiste en huis clos. »

Vous poursuivrez cette fresque historique et politique ?

« Bien sûr ! Elle est super importante. Le prétexte du thriller et du divertissement, c’est pour permettre au lecteur de découvrir la révolution de manière plus proche. Depuis l’époque où je l’ai étudiée, plein de choses ont été découvertes. Elles permettent de la regarder avec un regard plus moderne et plus juste. »

Vous deviez être présent au Salon de l’Iris noir, à Bruxelles, annulé pour les raisons que l’on connaît. Qu’est-ce que ça représente ces annulations, ces rendez-vous manqués avec les lecteurs ?

« C’est terrible. Je le comprends d’autant plus que je suis moi-même organisateur d’un salon que j’ai dû annuler aussi. Et c’est d’autant plus frustrant lorsque c’est justifié ! Ça fait très mal, c’est très douloureux.

Aujourd’hui, les plus grosses victimes sont les libraires. Les petites librairies qui sont obligées de fermer (en France, ndlr.), il y en a plein qui vont crever. Il faut absolument soutenir les petits commerces de proximité face au poids des grandes multinationales de la vente par correspondance. Avec une vingtaine d’auteurs (collectif #sauvonsnoslibrairies), on sensibilise les lecteurs à acheter en librairie via le clic & collect. Ensuite, on milite auprès du gouvernement pour qu’il donne aux librairies les mêmes droits qu’aux marchands de tabac et aux cavistes. Eux peuvent continuer à vendre des cigarettes et de l’alcool. Et on pense que lire est une addiction aussi importante que le tabac et l’alcool… Au minimum ! »

Oriane Renette

 

En quelques lignes

Paris, 1789. La Bastille vient de tomber, le masque aussi. Alors que le journaliste d’enquête Gabriel Joly vient enfin de découvrir l’identité du « Loup des Cordeliers », ce mystérieux justicier s’est enfui. L’intrépide jeune homme se lance alors dans une course-poursuite rocambolesque. Il pourra compter sur l’aide de ses amis Desmoulins, Mercier, Théroigne de Méricourt et le pirate Récif. Cette nouvelle enquête le mènera jusqu’en Corse, au cœur d’une redoutable société secrète… « Le Loup des Cordeliers » nous avait séduit, « Le Mystère de la Main Rouge » nous a convaincus.

 

On attend déjà la suite de cette saga d’aventures, écrite à la manière d’un Alexandre Dumas. On dévore ces thrillers captivants, avançant de rebondissements en mystères au cœur de la révolution française. Une fresque historique passionnante qui nous ramène aux jours d’aujourd’hui.

« Le mystère de la Main Rouge », par Henri Loevenbruck, XO Éditions, 473 pages, 21,90€.

5/5