Oliver Norek revient avec « Impact »: « La victime ici, c’est toute l’humanité »

Ph. DR

«Impact» n’est pas un polar comme les autres. Une seule scène de crime pour des millions de victimes et des milliers d’assassins. Pour ce nouveau thriller très réussi, Olivier Norek plonge dans le plus grand défi de notre société.

Pourquoi vous êtes-vous emparé du sujet de la crise climatique?

«Tout simplement parce que notre maison brûle! Le dérèglement climatique, la pollution, la montée des eaux… Ce n’est pas un sujet, c’est LE sujet. C’est le sujet qui doit infuser toutes les lois, toutes nos habitudes et nos manières de faire. Je l’ai aussi choisi car j’avais tous les codes du polar. On a besoin d’un assassin qui fait peur. Celui-ci provoque des dizaines de millions de morts par an. La scène de crime? C’est toute la planète. Et la victime, c’est malheureusement l’humanité.»

C’était un pari risqué?

«C’est risqué parce que l’on est à la fois tous responsables et tous victimes. C’est risqué parce que je demande de changer de logiciel. Or, les grandes entreprises, le capital, le néo libéralisme, fonctionnent… pour une toute petite partie de privilégiés. Je demande aussi de prendre conscience que notre confort, chez nous aujourd’hui, se paie en vies de l’autre côté de nos frontières. Notre confort à nous, c’est aussi tout autant qu’on enlève à nos enfants. Enfin, c’est risqué parce que le sujet est clivant. Ce que je ne m’explique pas, parce que l’écologie concerne tout le monde. Or, ce bouquin est le premier qui divise autant. Il existe bien après sa lecture, et bien après son écriture aussi. C’est un bouquin pour lequel je vais me battre pendant de longs mois. C’est parce qu’il est risqué qu’il est intéressant.»

Toutes les informations véridiques et terrifiantes dans le roman, vous en aviez connaissance avant de l’écrire?

«J’étais au même point que le lecteur quand il commence ‘Impact’. Au fil de la lecture, on apprend ensemble. Ce roman est issu d’un an et demi d’enquête et de beaucoup de lectures. Il fallait que j’entende la voix de tout le monde pour le construire. Sur le sujet de l’écologie, on nous en dit tellement que l’on a l’impression que l’on sait tout. En réalité, c’est plus compliqué que ça. Surtout, il y a tellement de greenwashing! Alors effectivement, toutes les grandes entreprises et toutes les politiques sont dirigées vers la transition écologique. Ce n’est pas le fait que l’on ne va pas dans la bonne direction, mais la vitesse n’est pas la bonne.J’écris pour montrer une radiographie globale de notre planète. Le lecteur n’aura pas seulement lu un polar, il se sera aussi informé. Après, vous avez les arguments, à vous ensuite de faire vos propres choix.»

Vous êtes plutôt confiant ou défaitiste par rapport à l’avenir?

«Je fais partie des optimistes. À un moment donné, on va se réveiller et il va y avoir une révolution verte et pacifique. Dans le roman, j’ai choisi le scénario de la violence, à la manière des contes des Grimm et de Perrault. Je voulais raconter le pire pour que l’on soit préparé. J’écris ces lignes avant qu’elles ne deviennent réalité. Je construis ce monstre parce que je ne veux pas qu’il arrive. Si on me traite aujourd’hui de terroriste écologique, c’est très bien! Si Virgil Solal fait peur, très bien! Si on ne veut pas de quelqu’un comme lui, alors faisons en sorte que ça n’arrive pas.»

Vous situez votre dystopie dans seulement deux ans. Pourquoi?

«D’abord pour des questions juridiques. Ensuite, je ne l’ai pas situé dans dix ans parce qu’alors on se dirait ‘on est larges’! Le problème, c’est que le point de non-retour était, il y a dix ans déjà, estimé en 2015. Aujourd’hui, on est en 2020 et pourtant les énergies vertes ne sont pas prêtes! C’est incroyable. L’écologie est un sujet dont parlaient déjà Victor Hugo, Jules Verne, Harry Harrison, le MIT en 1970… L’écologie n’est pas le sujet de demain, c’était déjà le sujet d’hier! On perd beaucoup trop de temps.»

Vous revenez sur la notion d’ordre et ce que ça implique parfois de l’accepter. Vous vous êtes déjà retrouvé dans des dilemmes lors de votre carrière à la PJ?

«Effectivement, il y a l’ordre et la morale. Il y a la justice et ce qui est juste de faire. Plusieurs fois dans ma carrière de policier, il se trouve que ce qui était juste de faire n’était pas inscrit dans le code pénal. Et j’ai déjà décidé, moi, de prendre le risque de faire ce qui était juste. Je ne veux pas d’une individualisation de la loi. Mais à un moment donné, en tant qu’homme, vous choisissez. Il m’est arrivé de franchir cette ligne blanche pour le bien des victimes, parce que je savais que je faisais ce qui était juste de faire, ce qui était essentiel pour elles.»

Vous continuerez dans le polar engagé?

«Je ne suis pas fait pour être militant ou engagé. On ne peut pas tricher sur les combats, il faut que ce soit vraiment les nôtres. Or, pour l’instant j’en ai deux: l’écologie [«Impact»] et l’accueil des réfugiés [«Entre deux mondes»]. Je ne vais pas multiplier les combats sous prétexte que ça devienne une marque de fabrique.»