Le confinement a un impact non négligeable sur notre santé mentale

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Depuis le 2 novembre, et pour la deuxième fois cette année, la Belgique est confinée pour lutter contre la propagation du coronavirus. Si cet isolement est nécessaire pour préserver notre santé physique, il n’en reste pas moins dangereux pour notre santé mentale.

C’était l’une des interrogations du premier confinement. Quel impact un isolement de longue durée allait-il avoir sur la santé mentale de la population? Le 20 mars, déjà, sur le plateau du JT de la RTBF, le professeur Gwenolé Loas, chef du service de psychiatrie de l’hôpital Erasme, tirait la sonnette d’alarme. «Nous n’avons pas encore le recul, il n’y a pas encore d’étude clinique relative au confinement dû à la Covid-19. Mais il y a eu des études sur les conséquences du SRAS, notamment en Asie. Les chercheurs ont observé l’apparition d’une morbidité psychiatrique, autrement dit des troubles psychiatriques, conséquents à l’isolement, comme des symptômes identiques à ceux du stress post-traumatique», détaillait-il à l’époque. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts. L’Europe s’est déconfinée en été avant de resserrer la vis en automne face à une seconde vague contre laquelle seul un second confinement semble efficace.

Entre-temps, plusieurs études évaluant l’impact du confinement sur la santé mentale sont sorties. C’est notamment le cas en Suisse, où l’Université de Bâle a découvert que «le niveau de stress avait augmenté chez une personne sur deux» pendant le confinement. Tout comme les symptômes d’anxiété et de dépression qui auraient été particulièrement accentués. En Grande-Bretagne, le «bien-être émotionnel global» des habitants se serait détérioré pendant la pandémie alors que 65% des adultes avec des problèmes de santé mentale préexistants auraient vu leurs problèmes s’aggraver pendant le confinement. Situation similaire en France, où l’Agence nationale de santé publique pointait une «augmentation significative des troubles dépressifs, une dégradation de la satisfaction de vie actuelle et des états anxieux très élevés» au début du confinement.

Des mesures adaptées

Évidemment, la Belgique n’échappe pas à la règle. Et il semble que les autorités en aient conscience. Il est ainsi toujours possible de s’évader en bricolant, en dévorant un bouquin (les librairies étant par exemple fermées en France et en Grande-Bretagne), ou en allant se promener loin de chez soi. «Je ne vois pas le mal si quelqu’un roule 50 kilomètres pour aller se promener dans un bois», avait ainsi déclaré Alexander De Croo à l’annonce du second confinement. Les personnes isolées, particulièrement touchées par la solitude au printemps, peuvent quant à elles avoir deux contacts rapprochés au lieu d’un seul, afin qu’elles souffrent moins de l’isolement.

Mais malgré ces mesures, le moral de nombreux Belges est impacté par la situation. «Le vécu de ce reconfinement risque d’être plus difficile parce qu’on n’est plus dans ‘l’exceptionnel’. Face à une certaine lassitude, la population aura peut-être plus de difficultés à se mobiliser, se montrera peut-être moins solidaire avec une tendance au repli sur soi. Aussi, les angoisses ont tendance à s’accentuer étant donné que la situation perdure. En outre, l’automne-hiver est une période difficile en termes de bien-être psychologique: journées plus courtes, peu de lumière, froid», confie Lara Kotlar, chargée de communication pour l’Agence pour une Vie de Qualité.

Risque d’épuisement professionnel

Pour l’AViQ, ces angoisses se caractérisent de nombreuses manières, que ce soit au niveau comportemental (difficultés de concentration, repli sur soi/isolement), émotionnel (sentiment de découragement, de tristesse, de colère, vision négative des choses), ou somatique (difficultés de sommeil, diminution de l’appétit, sensation de fatigue…). Sans surprise, les personnes âgées font partie des groupes les plus impactés par le confinement. Mais elles ne sont pas seules. Les jeunes, les personnes en situation de vulnérabilité et les personnes souffrant de difficultés psychologiques préexistantes sont également fortement touchées par la situation actuelle. «Une attention particulière doit aussi être portée aux professionnels de l’aide et du soin», rajoute Lara Kotlar.

Le personnel soignant, parlons-en. Une enquête réalisée en octobre par Zorgnet-Icuro montre que le soignant est moins «craintif» qu’en avril «parce qu’il connaît désormais la maladie, parce que le matériel de protection ne manque pas et parce que des scripts et protocoles encadrent leur pratique en lien avec la COVID». Il se sent par contre «très fatigué, souffre de manque de sommeil et n’a pas la possibilité de se détendre suffisamment». Cette étude vient donc confirmer ce que l’on savait déjà et ce que les professionnels de la santé martèlent depuis de longues semaines: l’épuisement professionnel n’est pas loin.