L’interdiction du cannabis serait « contreproductive »

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L’interdiction du cannabis est contreproductive et traîne derrière elle un coût social et sanitaire important, ressort-il d’un rapport de la Fédération bruxelloise francophone des institutions pour toxicomanes (Fedito BXL).

À la place, une filière légale permettrait d’encadrer la consommation et de répondre aux défis de société que pose le cannabis, plaide-t-elle.

Inefficace. C’est le constat que dresse Fedito BXL de la politique de prohibition du cannabis menée depuis les années ’70 en Belgique et basée sur une loi de 1921. Impuissante à réduire l’offre ou la demande, cette stratégie alimente en outre une économie parallèle violente et illégale, tout en engendrant des problèmes de santé publique face à des produits de piètre qualité. De plus, elle pénalise une partie de la population déjà en situation de précarité économique ou sociale, ajoute la fédération.

« Des millions d’euros sont dépensés chaque année dans l’appareil répressif et judiciaire, la police, les services des douanes, le système pénitentiaire… mais pour quels résultats? », s’interroge Fedito BXL.

Très consommé en Belgique

Après l’alcool et le tabac, le cannabis est la drogue la plus consommée en Belgique, pointe-t-elle. Près de 23% de la population belge âgée de 15 à 64 ans ont déjà consommé du cannabis. Cette proportion, en augmentation ces dernières années, grimpe d’ailleurs parmi les jeunes: ils sont 25% chez les 15-24 ans à s’être laissé tenter et plus de 38% parmi les 24-34 ans.

De plus, « la moitié de la population carcérale est liée à des contentieux en matière de drogue», tandis que la détention de stupéfiants représentait 70% de l’ensemble des faits enregistrés par la police en 2018 », relève Christine Guillain, professeure de droit pénal à l’Université Saint-Louis à Bruxelles.

Pour une filière légale

Alors faut-il autoriser le cannabis comme le sont l’alcool et le tabac? « Créer une filière légale et contrôlée de cannabis (…) est la seule option réaliste pour que l’État reprenne le contrôle de la situation », estime l’ASBL.

Mais le modèle des boissons alcoolisées et des cigarettes n’est pas l’exemple à suivre. « Trop libéral », souligne Fedito BXL, « l’appât du gain risquerait vite de prendre le dessus sur l’impératif de santé publique ».

Les institutions de toxicomanie défendent plutôt une régulation dans une perspective non marchande, avec des prix fixés par l’État, l’autoculture à des fins personnelles et un meilleur investissement dans la prévention et la réduction des risques sanitaires, le tout sous la surveillance d’un organe de contrôle.

Fedito BXL préconise ainsi la création de trois circuits de production et de distribution: non marchand (pour une culture et un usage personnels), commercial (via des distributeurs agréés par l’État) et médical (un cannabis thérapeutique délivré en pharmacie sur ordonnance).