Des actions partout en Belgique pour dénoncer les violences faites aux femmes

AFP / K. Tribouillard

Plus de bricolage ni de gestion d’urgence mais un investissement durable dans la lutte contre les violences faites aux femmes: tel est le plaidoyer de la plateforme Mirabal, réunissant des dizaines d’organisations de la société civile. Elle appelle à la mobilisation dimanche, à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, fixée au 25 novembre. Pandémie oblige, les actions se tiennent dans tout le pays, au lieu d’un grand rassemblement à Bruxelles.

Les femmes subissent de multiples violences parce qu’elles sont des femmes: psychologiques, physiques, sexuelles, économiques, énumère la plateforme. Ces violences «sont commises le plus souvent par un (ex-)partenaire ou un proche, parfois par un inconnu ou encore par une institution. Chaque année, ces violences brisent des milliers de vies en Belgique. Cela ne peut plus durer!», exige la plateforme Mirabal. «On ne peut plus se contenter de bricoler, ni de gérer l’urgence! »

Selon le blog «Stop Féminicide», au moins 21 femmes ont été tuées en 2020 parce qu’elles sont des femmes. Ce décompte se base sur les articles de presse car aucune statistique n’est élaborée sur la question, une revendication de longue date des organisations féministes.

Une mobilisation adaptée à la pandémie

Pour dénoncer les violences genrées, un rassemblement a généralement lieu à Bruxelles. L’an dernier, il avait réuni 10.000 manifestants. Un événement toutefois inimaginable en pleine pandémie de coronavirus. Différentes actions se tiennent donc ce dimanche, à Anvers, Bruxelles, Liège, Nivelles, Gand et Mons. Tout un chacun est invité à se mobiliser au plus près de chez lui et dans le respect des gestes barrières. Certaines actions sont en outre limitées en nombre, comme à Bruxelles où un maximum de 100 personnes en même temps est autorisé, prévient Mirabal. Le rassemblement durant deux heures, les organisateurs demandent aux manifestants de se «répartir dans le temps» et de ne pas rester systématiquement pendant toute la protestation, pour permettre à d’autres mobilisés de prendre leur place.

Des politiques insuffisantes et décevantes

Ces actions visent surtout à interpeller les pouvoirs publics, dont les politiques sont jugées insuffisantes. La plateforme Mirabal regrette notamment un accord de gouvernement fédéral «décevant», continuant d’invisibiliser les violences faites aux femmes «derrière des approches neutres, qui font comme si le système de domination masculine n’existait pas».

Or, cette neutralisation, parfois aggravée «par une tendance à mettre sur un même plan, symétrique, les femmes et les hommes parmi les personnes victimes et autrices des violences», risque d’entraver une prise en compte de la dimension de genre dans les interventions sur le terrain, «ce qui peut conduire à des lacunes dans la protection et le soutien aux femmes et contribuer à leur victimisation secondaire», pointait en septembre le premier rapport sur la Belgique du Groupe d’experts en la matière du Conseil de l’Europe (Grevio).

Violences intensifiées à cause du confinement 

Le confinement imposé pour lutter contre le Covid-19 a en outre intensifié les violences envers les femmes, tant dans l’espace public que dans la sphère privée, avance Mirabal. Les rues désertes étaient propices aux agressions, l’obligation de rester chez soi entravait l’appel à l’aide de milliers de femmes enfermées avec un conjoint violent. Pas de chiffres toutefois pour confirmer cette impression du terrain car «les pouvoirs publics ne relèvent aucune donnée systématique à ce propos», dénonce la plateforme.

Si des mesures d’urgence ont été prises, comme la promotion de lignes d’écoute, elles ne peuvent suffire, poursuit Mirabal. Le confinement a mis en lumière «la nécessité criante d’investir dans une véritable politique de prévention» sur le long terme, ainsi que dans des services spécialisés d’accompagnement des victimes et de suivi des auteurs «pour ne pas devoir se contenter de bricoler avec des bouts de ficelle».

Enfin, il faut adapter les lois, services et institutions aux réalités des violences faites aux femmes pour «garantir aux victimes une reconnaissance et une perspective de reconstruction, sans les exposer à de nouvelles violences dues à des interventions ou des décisions inadaptées», conclut Mirabal.