Le glanage, une pratique ancestrale qui fait son retour dans les champs

Ph. T. Wallemacq

Le glanage est répandu dans nos campagnes depuis le Moyen-Âge. Après avoir pratiquement disparu dans la seconde moitié du siècle dernier, depuis quelques années, les glaneurs sont de retour dans les champs. Voici quelques bonnes pratiques à respecter pour glaner de manière respectueuse et en toute sécurité. 

Cet automne, alors que les récoltes battaient leur plein, vous avez peut-être aperçu des citoyens dans les champs pour ramasser les pommes de terre laissées par les machines. Ce sont les glaneurs. Comment le glanage est-il encadré en Belgique ? Qu’est-ce qui est permis, qu’est-ce qui ne l’est pas ? Zoom sur une pratique qui perdure à travers les siècles.

Que dit la loi? 

En Wallonie, le glanage est encore et toujours encadré par une loi vieille de plus de 130 ans. En effet, l’article dans le code rural concernant cette pratique n’a plus été modifié depuis le 7 octobre 1886 : « Le glanage et le râtelage, dans les lieux où l’usage en est reçu, ne peuvent être pratiqués que par les vieillards, les infirmes, les femmes et les enfants âgés de moins de 12 ans et seulement sur le territoire de leur commune, dans les champs non clos, entièrement dépouillés et vidés de leurs récoltes, et à partir du lever jusqu’au coucher du soleil. Le glanage ne peut se faire qu’à la main ; le râtelage avec l’emploi du râteau à dents de fer est interdit. »

En théorie, les hommes de plus de 12 ans n’ont donc pas le droit de glaner dans les champs et « ceux qui auront glané autrement qu’à la main » sont passibles d’une amende de 1 à 10 francs belges… Heureusement, dans la pratique, les choses sont bien différentes. « Aujourd’hui, toute personne qui désire glaner est autorisée à le faire et cela sur la totalité du territoire belge. Les agriculteurs n’ont aucun souci avec ça. C’est même une façon de lutter contre les pertes agricoles », explique Marianne Streel, présidente de la FWA, la Fédération Wallonne de l’agriculture.

« Concernant les pommes de terre, c’est environ 3 à 4 % qui restent dans le champ. Elles sont considérées comme trop petites pour être commercialisées et elles ne répondent pas aux obligations des grandes surfaces. Elles passent donc à travers les grilles de réglage des machines et restent au sol. Elles peuvent donc être glanées ou alors elles retourneront comme engrais organique dans le sol », poursuit Marianne Streel.

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Vive le glanage, halte au pillage

Dans la pratique, le glanage peut difficilement être contrôlé par les autorités. Mais s’il est admis que tout le monde a le droit de glaner, peu importe la commune, la pratique peut parfois s’apparenter à du vol, voire à du pillage, tant de nombreuses personnes ne respectent pas des principes de base. En effet, beaucoup d’agriculteurs ont la mauvaise surprise de découvrir que des personnes viennent se servir dans les champs ou dans les vergers, remplissant parfois leur coffre de pommes, de choux-fleurs ou de patates avant même la récolte. Cela n’a plus rien à voir avec le glanage. Cependant, « le vol préalable aux récoltes reste quand même marginal », indique la présidente de la FWA.

Quelles sont les règles à respecter? 

Même si la loi encadrant le glanage n’a plus été actualisée depuis 1886, Marianne Streel préconise quelques règles à respecter : « Le ramassage doit être fait à partir du moment où la récolte a eu lieu et à partir du moment où le matériel agricole a quitté le champ, cela pour des raisons évidentes de sécurité et pour éviter les accidents. Le glanage, c’est du ramassage à la main. Cela doit être fait avec un seau et à la main, nullement avec des outils », insiste-t-elle. Est-il nécessaire d’obtenir la permission de l’agriculteur avant de glaner dans son champ une fois la récolte effectuée ? « Non, car c’est un droit », affirme la présidente de la Fédération Wallonne Agricole.

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Une pratique en recrudescence

Marianne Streel est elle-même agricultrice grande culture entre Gembloux et Namur et cheffe d’exploitation. Depuis quelques années, elle constate une recrudescence du glanage. Elle explique cela par le retour à la terre et à l’économie circulaire. « Quand on fait du glanage, on sensibilise aussi nos enfants. C’est pédagogique. Quand on n’a pas de potager, c’est une belle façon d’aller avec eux dans un champ, de leur faire ramasser des pommes de terre, et de leur rappeler d’où ça vient. C’est aussi pour ça qu’on voit apparaître des jeunes familles qui viennent passer deux heures avec leurs enfants le dimanche après-midi pour glaner », indique la présidente de la Fédération Wallonne Agricole.

Malheureusement, ce n’est pas la seule explication. « Aujourd’hui, et encore plus depuis la pandémie de coronavirus, on se dirige vers une grosse crise économique et sociale. Le glanage avait quasiment disparu dans les années 70 et 80 lorsque tout le monde considérait qu’il vivait plus ou moins bien. Aujourd’hui, il n’y a pas seulement le retour à la nature et l’aspect pédagogique qui expliquent la recrudescence du glanage. Une partie de la population a de plus en plus de difficultés », constate Madame Streel.

Depuis quelques années, des agriculteurs sensibilisés au don agricole organisent du glanage collectif. Ils communiquent à des citoyens et à des asbl la date d’arrachage pour leur permettre de venir glaner dès le lendemain matin de la récolte.

Vous avez désormais tous les éléments en mains pour glaner les pommes de terre mais aussi les haricots, les petits pois, les épinards et les oignons lors des prochaines récoltes. « Il n’y a absolument aucun problème pour les agriculteurs quand on reste dans les règles », conclut Marianne Streel.

Thomas Wallemacq