The Magic Gang revient avec un second album prometteur: « Nous avons encore du pain sur la planche »

Ph. Instagram

Après la sortie remarquée de son premier album en 2018, The Magic Gang revient avec « Death of the party », qui se veut plus mature et introspectif. Le pari relevé par les Britanniques était osé, et le chanteur du groupe Jack Kaye s’en est expliqué lors d’un entretien téléphonique, coronavirus oblige.  

Le contexte actuel rend la sortie d’un album compliquée. Comment avez-vous géré cela ?

Jack Kaye : « L’album était déjà prêt avant le confinement donc nous n’avions plus rien à enregistrer durant cette période. Toutefois, cela a évidemment bouleversé notre façon dont nous avons sorti l’album, nous avons dû tout repenser. Il a fallu repousser cette sortie que nous attendions avec impatience de quatre mois, ce qui n’a pas été facile à décider. Nous avons aussi dû diversifier notre façon de promouvoir l’album, notamment en faisant beaucoup de choses en ligne. »

Il s’agit de votre second album, comment avez-vous évolué depuis 2018 et la sortie de votre premier disque ?

« La plus grande différence se situe dans les paroles. Elles sont beaucoup personnelles, directes et honnêtes. Chaque membre a contribué à l’écriture de cet opus. Nous avons aussi essayé de diversifier un peu notre façon de faire de la musique. Nous voulions montrer un peu qui nous étions et ne pas rester enfermés dans un style. Sur le premier album, on écrivait des paroles universelles qui permettaient de décrire certains moments de la façon dont nous ressentions les choses. Sur ce disque, les textes sont devenus notre priorité, au point qu’ils précédaient l’écriture des chansons et on voulait se montrer plus authentiques. »

Pour un groupe qui respire la bonne humeur, un album appelé « Death of the party » semble étonnant. Comment expliquez-vous ce choix ?

« Le nom de l’album vient d’un des titres qui parle d’une soirée assez chique. Durant celle-ci, le personnage principal de la chanson ne se sent pas à l’aise et a peur de ruiner la fête. Nous trouvions que ce nom correspondait bien à l’album car les paroles étant plus personnelles, il y a aussi plus d’introspection de notre part. Une partie du disque correspond à la bonne humeur de cette fête et l’autre partie plus à propos de la façon dont on se sent lorsque l’on n’est pas à notre place. Il y a un côté jour et nuit, soirée et gueule de bois. Avec la crise qui nous occupe, le nom tombe plutôt bien et on pourrait d’ailleurs croire qu’il s’agit d’une référence à la période actuelle, mais ce n’est pas intentionnel. »

Ce titre n’est pas le seul à aborder cette soirée…

« C’est vrai que ‘Death of the party’ a été écrit par Christian alors que ‘Make a Sound’ est de moi, mais les deux chansons parlent de la même soirée. La petite nuance, c’est que nous ne nous trouvions pas au même étage et nous avons chacun vécu une expérience complètement différente, qui nous a fait écrire deux textes tout aussi différents. Il s’agissait des premiers titres que l’on a écrits, et c’était accidentel que nous choisissions la même soirée, mais c’est amusant que l’on ait été sur la même longueur d’ondes, d’une certaine manière. »

Vous allez aux mêmes soirées avec Christian, ce qui veut dire que vous êtes de bons amis avec le reste du groupe en dehors de votre carrière musicale ?

« Oui, nous sommes amis depuis que nous avons 16 ans, avant de créer le groupe. Nous avons une relation très forte qui nous permet de nous donner de l’espace les uns aux autres quand c’est nécessaire, mais aussi d’être présents dès que quelqu’un en a besoin. Par le passé, nous avons d’ailleurs habité tous ensemble dans une maison de Brighton avec d’autres amis. Depuis, chacun a choisi de vivre à sa façon donc c’est différent maintenant, mais c’est tout à fait normal que chacun ait son espace. »

Avec « Think », vous ouvrez l’album de façon détonante et avec une chanson caractéristique du groupe. Cela sonnait comme une évidence ?

« Oui, ça semblait naturel de l’utiliser pour ouvrir l’album car il dégage énormément d’énergie et nous voulions revenir en premier lieu avec ce titre parce que nous sentions qu’il représentait plusieurs de nos chansons. C’était une bonne synthèse de la façon dont nous avons évolué avec cet opus. Et puis nous aimions beaucoup le fait d’entamer avec une intro avant de rentrer dans le vif du sujet. »

« The World outside my door » évoque les manifestations d’Exctinction Rebellion qui ont eu lieu au Royaume-Uni. Il est indispensable de véhiculer un message en tant qu’artiste ?

« Nous ne faisons que ce avec quoi nous nous sentons à l’aise. Je n’aurais jamais l’intention d’écrire une chanson pour délivrer un message à mon auditeur, mais s’il l’interprète d’une manière ou d’une autre, pourquoi pas. Si j’écris de la musique et que l’on comprend un message avec celle-ci, j’en suis ravi, mais cela reste la façon dont j’ai ressenti les choses et c’est donc très personnel. »

« Take back the track » est un titre qui parle d’une chanson que l’on ne cesse jamais d’écouter et qu’on rejoue inlassablement. Quelle est cette chanson pour vous, et quel son de votre groupe joueriez-vous sans cesse ?

«‘My little town’ de Paul Simon. Pour notre chanson, c’est difficile à dire, mais je choisirais ‘Feeling better’. »

Au Royaume-Uni, il y a une quantité astronomique de groupes d’indie rock. Comment se fait-on une place et se forge-t-on un ADN propre dans ce contexte ?

« Le plus important, c’est de ne pas essayer de copier ou de suivre ce que fait un autre groupe. C’est facile de jouer ce qui sera sûrement populaire ou à la mode, mais c’est assez dangereux parce que ces tendances changent très rapidement. Ce que tu as créé devient donc rapidement obsolète et tu te retrouves largué. Il faut simplement être fidèle à ce que tu aimes et ce que tu as envie de faire. Si ta musique est bonne et que tu te concentres sur ce qui te plaît, tu as de plus grandes chances de t’en sortir. Mais ça ne veut pas dire pour autant qu’il ne faut pas faire évoluer sa musique, bien au contraire. »

En Europe, c’est par le biais de premières parties que vous avez émergé l’année dernière. Quelle est l’importance de ce type de concerts ?

« C’est vital et je ressens que c’est notre seul moyen de nous connecter avec l’Europe pour le moment. Le fait de réaliser une tournée outre-Manche implique de gros moyens pour nous et, le fait de tourner avec des groupes plus populaires est indispensable à notre échelle. Nous avons encore du pain sur la planche en Europe mais nous avons la motivation de faire connaître notre travail. La seule frustration que nous avons, c’est de ne pas encore avoir pu multiplier les concerts en dehors du Royaume-Uni, mais cela viendra. »

Êtes-vous stressés à l’idée de revenir sous le feu des projecteurs lorsque cela sera autorisé ?

« Il y a un peu d’appréhension à l’idée de remonter sur scène, parce qu’on retrouve un public que nous n’avons pas vu depuis une éternité et on ne sait pas à quoi ressembleront les concerts. Mais au final, nous avons juste hâte de pouvoir rejouer sur scène et de présenter notre album, quelles que soient les conditions. »