Plastic Bertrand n’a jamais été aussi humain qu’en 2020

Belga / V. Lefour

Le 23 octobre prochain, Plastic Bertrand sortira son dixième album, « L’expérience humaine ». L’occasion pour celui qui se définit comme un « extraterrestre » de clamer son amour pour l’humanité.  

Cela fait une dizaine d’années que vous n’aviez pas sorti d’album, pourquoi ?

« Le dernier album datait de 2009. C’est un album que j’ai fait avec des musiciens américains et j’ai beaucoup tourné avec eux. La tournée a été très longue et j’étais un peu vidé, je n’avais pas envie de faire un album. Je voulais reprendre un peu d’air et surtout me re-nourrir. J’avais besoin d’un peu de temps pour retrouver des choses à dire. Je ne voulais pas faire un album pour dire que je faisais un album. »
Comment faites-vous pour vous ressourcer ?
« Je rencontre des gens. Il n’y a que les gens qui peuvent m’apporter cette humanité dont je parle dans l’album. J’ai écouté, j’ai été très attentif à ce que les gens avaient à dire. »
Certains vous ont particulièrement marqué ?
« Non, c’est l’humanité en général qui m’a marqué. Je ne voulais surtout pas rencontrer des stars, ni des personnalités particulières. J’ai rencontré des gens de la vie de tous les jours. Je voulais voir comment fonctionne le monde car en tant qu’artiste, on est hyper coupé de la réalité. Quand je me suis baladé, j’ai pris du temps, je restais deux trois jours dans les lieux où j’étais. Je parlais aux gens dans les restos, j’allais au musée… Ce sont des rencontres qui paraissent simples mais qui me manquaient énormément. »
Vous dites que vous étiez coupé de la réalité. Est-ce pour cela que l’album parle d’une expérience humaine vécue par une sorte d’extraterrestre ?
« Oui. L’extraterrestre, c’est moi. Mais ce n’est pas un album extraterrestre. Je crois que c’est l’album le plus humain que je n’ai jamais fait car je parle vraiment des gens. Il s’agit de ma vision de l’humanité aujourd’hui. Tous les sentiments qui sont sur cet album, ce sont des choses que j’ai retrouvées durant cette période et que je voulais partager. »
Vous vous demandez dans l’album pourquoi il est si compliqué de se partager le monde. Avez-vous une réponse ?
« Personnellement j’ai toujours eu un amour pour les humains. J’aime profondément les gens. Mais évidemment, la politique, l’argent, le pouvoir, ce sont des choses qui cassent le monde. Même si, personnellement, j’ai beaucoup de mal à dire que je n’aime pas quelqu’un. J’essaye toujours de trouver des excuses aux gens. Attention, cela ne veut pas dire que j’accepte tout. Mais j’ai vraiment cette sensation que l’être humain est bon. Je veux y croire. On vit des moments difficiles. Pas seulement la Covid, car je parle aussi d’écologie dans l’album. Mais je crois toujours en l’Homme. D’ailleurs, on ferait bien d’écouter plus souvent des gens qui parlent d’écologie, d’amour, et d’humanité. »
L’album contient des tonalités différentes de ce que vous avez déjà fait par le passé.
« Oui, tous mes albums ont été complètement différents. Mais ce dont je me soucie le plus, c’est le contenu. Ceci dit, dans cet album qui est quand même un album électro, je me sens tout à fait légitime. Et puis il y a plein de clins d’yeux, comme à Bowie et à Daft Punk, et je le revendique complètement. Mon panthéon personnel se retrouve dans cet album. »
Le dernier titre, « Présence », est un instrumental…
« Effectivement. Ce n’est pas un gadget de fin d’album. C’est mon silence à moi et en même temps je me suis régalé car c’est très agréable de sortir des instrumentaux. Si un jour on retourne en tournée pour cet album, c’est vraiment le son que je mettrai au début et à la fin de mon spectacle. C’est complètement mon univers. »
On retrouve également un morceau avec Leee John, le chanteur d’Imagination.
« Leee et moi sommes des amis. J’ai fait une tournée d’un an et demi avec lui. On est devenus très proches. Le jour où je lui ai dit que je faisais un album, il m’a proposé qu’on fasse un duo ensemble. Et je me suis dit que si la vie m’offrait cette chance, il ne fallait pas que j’hésite à la prendre, même si le titre est un peu différent du reste de l’album. Au final, chanter avec lui, ce n’est que du bonheur, car c’est une très grande voix. »
Vous parlez d’une éventuelle tournée. Ce n’est pas trop difficile de sortir un album en pleine pandémie ?
« On est complètement cinglés ( rires). Ce que j’aime, c’est que ça nous oblige vraiment à trouver des solutions. J’ai envie de montrer cet album, j’ai envie de le partager. On est en train de travailler pour accueillir du public, peut-être via des petites salles. Ce n’est pas encore très défini. Mais je veux trouver des solutions pour montrer cet album. Et j’aime ça ! Cette économie de moyens me demande d’être plus créatif encore. »
Vos chansons sont régulièrement reprises par des stars internationales. Comment expliquez-vous ce succès ?
« J’ai la chance depuis le départ d’avoir des gens formidables qui aiment ce que je fais. Je pense à Sting qui parle régulièrement de moi dans ses interviews. Je pense à Robert Smith de ‘The Cure’ qui est fan à mourir. Je sais que George Clooney m’adore, c’est pour ça qu’on retrouve ‘Stop ou encore’ dans ‘Les Rois du désert’. J’ai des fans comme cela de temps en temps, et cela me ravit. En plus, le fait qu’ils parlent de moi et que mes chansons se retrouvent dans certains films, cela remet une couche à ma notoriété dans certains territoires et cela me permet de retourner travailler là-bas. C’est génial ! »
À vous écouter, vous semblez toujours positif. Quel est votre secret ?
« Je ne sais pas. Je suis quelqu’un d’hyper veinard. La vie m’a gâté outrageusement car je fais ce que j’aime depuis que j’ai 14 ans. Mais je me bats comme un fou pour ça aussi. Et je ne vais pas jouer les faux modestes, je suis heureux et fier de tout ce que j’ai réalisé et de mon parcours. Pas parce que c’est un succès, mais parce que c’est fidèle à ce que je suis à l’intérieur. Je peux toujours regarder tout le monde dans les yeux. »