Nathan Grossman filme le fabuleux destin de Greta Thunberg

DPA / K. Nietfield

En juin 2018, personne n’aurait pu prédire le fabuleux destin de Greta Thunberg. Et pourtant, le réalisateur Nathan Grossman l’a suivie dès son premier jour de grève, bien avant qu’elle ne devienne célèbre. Une affaire de chance ou de flair, qui ne l’a pas laissé indifférent… 

Comment vous êtes-vous retrouvé à filmer la grève d’une adolescente encore anonyme ?

Nathan Grossman : « Un ami cinéaste qui connaissait sa famille m’avait parlé d’eux et de leur activisme. Ils l’avaient contacté pour filmer cette petite grève que Greta organisait à la sortie du parlement suédois. Comme il ne réalise que de la fiction, il m’a filé le tuyau et ma curiosité a été piquée. Je me suis dit que j’allais la suivre un jour ou deux, juste pour voir. J’y suis allé, et je l’ai vue assise contre un mur avec sa pancarte. Les passants s’adressaient à elle et j’ai réalisé qu’elle parlait vraiment bien d’écologie. »

Quelle relation avez-vous tissé avec elle ?

« Le film a été tourné en un peu plus d’un an. C’est donc tout un processus qui s’est mis en place. Quand je lui ai demandé à l’automne 2018 si je pouvais l’accompagner dans son long voyage européen, ce processus s’est accéléré puisqu’on s’est mis à passer beaucoup plus de temps ensemble, notamment durant tous les trajets en train. On a beaucoup parlé et ça a renforcé notre lien. »

Il y a un peu de mise en scène, non ? Quand on la voit danser seule par exemple…

« Ah non, pas du tout ! C’est une des raisons pour lesquelles j’avais toujours ma caméra sur moi. On ne sait jamais quand une situation intéressante va surgir. J’ai remarqué dès le début qu’elle aimait danser pour se détendre. J’ai simplement eu la chance d’être à côté d’elle à ce moment-là. »

Il y a pas mal de politiciens dans le film. Pourquoi ?

« Greta a été critiquée par de nombreux dirigeants et on a voulu montrer que ça avait lieu partout dans le monde. Mais ce sont des scènes difficiles à obtenir. La scène avec Macron à l’Élysée est géniale, mais on nous a refusé Obama, même quand il est passé à Stockholm. Avec le Pape ça avait d’abord été validé, et à la dernière seconde on m’a demandé de les filmer depuis le devant de la foule. »

On voit aussi Anuna De Wever, le visage belge de ce combat mondial…

« Et pas qu’un peu, vous avez raison. On a tourné avec elle très tôt, et elle a accepté de jouer le jeu dès le début ! »

Greta a-t-elle exprimé des attentes quant à votre propre engagement écologique ?

« Non. Enfin j’imagine qu’elle a compris dès le début que je m’intéressais au sujet. Mais si je suis honnête, j’ai bel et bien été impacté par Greta. Ne fût-ce qu’en entendant les chiffres qu’elle utilise dans ses prises de parole. Avant, je ne me renseignais pas au-delà de la lecture d’un article. Maintenant je vérifie les sources pour voir si c’est scientifiquement cohérent. Disons que Greta m’a aidé à voir à travers le ’greenwashing’. »
Que dire aux gens qui considèrent votre film comme une propagande ?
« Que s’il s’agit d’une propagande, alors elle n’est pas vraiment réussie ( rires) ! On n’a pas caché la fragilité et les moments de doute de Greta, mais on s’attendait bien sûr à ce type de critique. On vit dans un monde très polarisé, et Greta est une figure qui divise. Mais je dois admettre que je ne comprends toujours pas pourquoi elle dérange autant. »

Comment réagit-elle face aux critiques, parfois très agressives ?

« Greta a sa façon de gérer tout ça. Dans le film, on la voit exploser de rire face à ce type de commentaires disproportionnés. Elle les trouve trop complotistes pour être douloureux. Son vrai problème, c’est avec la notion d’espoir que le public et le politique lui demandent d’incarner. Quand elle entend qu’une foule se déplace pour elle, elle répond toujours qu’ils sont venus pour eux-mêmes, que la responsabilité doit être collective. »