Le professeur décapité « a été respectueux », selon le recteur de la mosquée de Lyon

Ph. Bertrand GUAY / AFP

L’enseignant décapité à Conflans-Sainte-Honorine après avoir montré des caricatures de Mahomet à ses élèves dans le cadre d’un cours sur la liberté d’expression a « fait son travail » et a été « respectueux », estime dimanche le recteur de la mosquée de Lyon.

« Le professeur a fait son travail », souligne Kamel Kabtane, également président du Conseil des mosquées du Rhône, dans un entretien par téléphone avec l’AFP. « Il était en droit d’élever le niveau intellectuel sur la tolérance et la liberté d’expression. Il a été respectueux et il a même proposé aux élèves qui pourraient se sentir choqués de sortir. Il a voulu parler sans vexer, sans blesser », insiste M. Kabtane.

« En France, la liberté d’expression existe et il faut qu’elle existe », ajoute le recteur, pour qui le ou les auteurs des faits ont prouvé par leurs actes qu’ils ne sont « pas religieux ». « Je n’incrimine pas l’islam, qui est une religion de la paix et de la tolérance. L’auteur des faits est un illuminé. Ces terroristes n’ont rien de religieux. Ils se réclament du prophète alors que le Coran dit: celui qui a tué un homme, c’est l’humanité toute entière qu’il a tuée. Le prophète n’a pas besoin de ces gens-là. La religion est indemne. Ces terroristes ne sont pas des religieux mais utilisent la religion pour prendre le pouvoir », dit-il.

La faute aux réseaux sociaux ? 

Pour le dignitaire musulman, les réseaux sociaux sont pour une grande part dans la polémique sur l’enseignement du professeur qui a précédé son meurtre. « Les réseaux sociaux grandissent à la loupe ce qui se passe et donnent une vision déformée. On a manipulé l’enseignement de ce professeur pour en faire quelque chose qui mériterait la mort. Cette situation a tendance à s’amplifier. Les gens ne se parlent que par réseaux sociaux, par invectives », regrette le recteur, disant dorénavant craindre pour ses coreligionnaires.

« On n’écoute pas la majorité »

« La communauté musulmane est en première ligne. L’ensemble des musulmans se regarde en disant: qu’a-t-on pu faire pour en arriver là? La communauté est inquiète, pour sa sécurité et pour l’image qu’elle renvoie. Quelle va être la suite? L’opinion va sûrement se saisir de cette situation pour la mettre à l’index et cela a déjà commencé », déclare le recteur.

« Il y a une minorité et c’est elle qu’on écoute le plus alors qu’on n’écoute pas la majorité », juge-t-il. « Comment investir pour préserver le vivre-ensemble? Il faut se parler et réfléchir. Il faut avoir une autre vision de l’islam », ajoute-t-il, annonçant qu’il réunit ce dimanche après-midi les recteurs de mosquées du département sur le sujet.