Stellan Skarsgård sur ‘Hope’: «Oh non, pas encore un film sur le cancer!»

D.R.

Dans de grands succès commerciaux comme ‘Thor’ et ‘Mamma Mia!’, des productions indépendantes comme ‘Good Will Hunting’ et ‘Breaking the Waves’, une série télé prestigieuse comme ‘Chernobyl’, l’acteur suédois Stellan Skarsgård est à l’aise partout. Pourtant ‘Hope’ est quelque chose de spécial, car le drame norvégien parle d’une période douloureuse de la vie d’une personne que Skarsgård connaît très bien.

‘Hope’ est un film d’inspiration autobiographique de Maria Sødahl, qui raconte comment elle a appris qu’elle avait le cancer. Vous jouez le mari. Le vrai mari de Sødahl cependant est le réalisateur norvégien Hans Petter Moland, avec lequel vous êtes très ami. Quel effet cela fait de jouer un ami proche?

«Ce film reflète en effet précisément ce que Maria a vécu, mais j’ai décidé dès le début que je ne jouerai pas Hans Petter Moland. La responsabilité serait trop grande pour moi. Il est impossible aussi d’incarner parfaitement une personne existante. Ce sera toujours une fiction. Anja et Tomas, les personnages du film, ne sont donc pas les vrais Maria et Hans Petter.»

Quelle était votre première réaction quand Maria Sødahl vous a proposé ce projet?

«Honnêtement? Je ne savais pas ce que je devais en penser. Je me disais ‘Oh non, pas encore un film sur le cancer! Ou voit-elle ce film comme une manière de faire une auto-thérapie?’ Je n’avais aucune envie de ça. Alors elle m’a envoyé un résumé d’une ou deux pages, et c’était fichtrement drôle! Le personnage principal était bizarre et étrange et complètement stone la plupart du temps, et en réalité pas très agréable. À ce moment-là, j’ai réalisé que Maria pouvait prendre suffisamment de distance pour s’attaquer à cette période de sa vie. J’ai donc tout de suite accepté.»

Le film ne brosse pas nécessairement un portrait très positif de Hans Petter Moland.

«C’est exact. Mais il s’est montré très généreux. Il trouve que c’est la version des faits de Maria. Elle raconte les choses telles qu’elle les a vécues. D’un autre côté, elle en a tout de même fait une belle histoire d’amour. Cela en dit long aussi.»

Avez-vous parlé du rôle avec lui?

«Non. Nous avons, bien sûr, blagué à ce propos. Il se sent un peu mal à l’aise, car il trouve que le film ne donne pas de lui une image juste. Il se fait du souci à propos de ce que les gens vont penser de lui désormais en Norvège. Mais je lui ai dit qu’après ce film, il aura justement une bien meilleure réputation qu’avant.» (rires)

Le fait de connaître Maria et Hans Petter vous a-t-il aidé pour jouer le rôle?

«J’ai essayé de m’en tenir le plus possible au scénario. La vie de Hans Petter est totalement différente de la mienne. Il travaille beaucoup plus dur que moi, par exemple. (rire) Là où j’ai pu m’identifier en revanche, c’est le sentiment que vous avez en tant que partenaire d’une personne qui a le cancer. Ma première femme a également eu ce diagnostic un jour. Tout d’un coup, tout tourne autour de cette personne malade et, en tant que partenaire, vous vous sentez totalement désemparé. Il n’y a rien que vous puissiez faire. Vous ne pouvez même pas soutenir convenablement la personne que vous aimez, car elle est pétrie d’angoisse et cette angoisse éclipse tout.»

Qu’avez-vous fait, alors?

«Je me suis jeté sur toutes les questions pratiques. Nous avions six enfants, et j’ai veillé à ce que le ménage tourne et que les enfants aient tout le nécessaire.»

Avez-vous remarqué que vous apportiez ainsi un peu de réconfort quand même?

«En réalité, non. Quand vous avez le cancer, vous ne vous souciez pas de ces choses pratiques. Cette maladie accapare toutes vos pensées. Vous vous en fichez complètement de savoir si la lessive est faite ou pas. (rires)»

‘Hope’ est surtout l’histoire d’une relation et d’une famille. Vous avez vous-même huit enfants. Quel genre de père êtes-vous?

«Difficile à dire. J’essaye de donner à mes enfants le sentiment qu’ils ont leur propre valeur et que nous les aimons. Et je ne leur mens jamais. Ce principe est sacré pour moi. Je n’ai jamais dit le moindre mensonge à mes enfants.»

J’ai encore une question un peu bizarre. Je connais peu d’acteurs capables d’avoir un regard aussi triste. Quel est votre secret?

«(rires) Je pense que c’est lié à la pesanteur. Je deviens un peu vieux, et alors les muscles de votre visage se relâchent un peu, c’est automatique. C’est pour ça que j’ai souvent l’air triste. (rires)»