La face cachée du light

Ph. Unsplash

Si « tout est bon dans le cochon », ça l’est beaucoup moins pour les produits dits « allégés ». Des produits « avec moins de matières grasses » ou « sans sucre » peuvent donner l’impression de faire du bien à votre corps. Mais, attention, dans bien des cas, cela ne reste qu’une impression. Il se pourrait même que le « remède » soit pire que le problème.  

Cela fait en effet des années que les industriels proposent aux personnes en quête de régime des recettes allégées en matières grasses. Mais consomme-t-on vraiment mieux en se tournant vers ce type de produits ? Pas si sûr… Ainsi, une récente étude parue dans le Journal of Marketing Research a analysé la façon dont on réagit face à ces alternatives « allégées ». Et elle en a conclu que les consommateurs qui tentent de réduire leurs apports caloriques ont tendance à acheter… de plus gros paquets de l’alternative allégée, plutôt qu’un paquet plus compact de l’aliment traditionnel.

Une surconsommation

Le « light » pousserait donc vers le « big », ce qui pourrait engendrer paradoxalement un plus gros apport calorique. Selon les chercheurs, un plus gros paquet d’une alternative allégée d’un aliment plaisir est en effet perçu comme plus sain et nourrissant qu’un paquet plus compact du même aliment plus riche en calories.
Pour arriver à cette conclusion, ils ont étudié différents produits dont un paquet de chips barbecue allégées Lay’s de taille moyenne et un paquet plus compact de la version traditionnelle des mêmes chips. La plupart de personnes étudiées, et qui se mettaient régulièrement au régime, avaient tendance à choisir le plus gros paquet « light » qui, pourtant, contenait le même nombre de calories que le petit paquet. Des expériences similaires ont été menées avec d’autres en-cas caloriques tels que le pop-corn, les cookies, les macaronis au fromage et la mayonnaise. Tous les tests concernant ces autres produits ont entraîné des résultats similaires.
En 2006 déjà, une étude menée par des chercheurs de l’université de Cornell avait montré que les personnes en surpoids consommaient jusqu’à 50 % de plus de calories lorsqu’elles choisissaient une alternative « light » à un en-cas gras ou sucré. « Les étiquettes allégées dupent les gens qui se retrouvent à en manger plus que les produits non allégés », expliquait alors Brian Wansink, professeur de marketing à l’université Cornell. « Ces étiquettes ont un impact encore plus dramatique sur les personnes en surpoids. Elles sont en danger de surconsommation lorsqu’elles voient une étiquette allégée. »

Un plaisir à maintenir

Pour être dit « allégé » en sucres, en matières grasses ou en calories, la teneur doit être réduite d’au moins 25 % par rapport au produit initial. Mais comment dès lors donner de la saveur à, par exemple, un yaourt dont la matière grasse a été enlevée ? Et bien en y ajoutant du sucre ! La plupart des produits transformés pauvres en graisses compensent en effet leur composition avec des sucres ajoutés divers comme le fructose qui compose le sucre blanc pour moitié, le dextrose, saccharose, sirop de maïs, sirop de glucose fructose, lactose, malt d’orge…
De plus, l’industrie agroalimentaire promet un goût et/ou un plaisir intact, ainsi qu’une texture similaire. Et là, ce sont les agents texturisants qui entrent en jeu : des fibres, de l’amidon ou des protéines végétales qui ne doivent pas être consommés en trop grandes quantités.

Haro sur le sucre

Mais, outre les matières grasses, c’est aussi le sucre qui est dans la ligne mire des chasseurs de calories. Et à raison, d’ailleurs, puisqu’on en consommerait près de 100g par jour, sans qu’on le sache véritablement, alors que l’Organisation Mondiale de la Santé recommande de ne pas dépasser les 50g. Et d’ailleurs, les personnes qui souffrent de dépression saisonnière devraient éviter les aliments trop sucrés pour en réduire les symptômes, selon une étude menée par une équipe de psychologues de l’Université du Kansas.
Pour garder le plaisir intact, le consommateur se tourne donc tout naturellement vers ce produit de substitution qu’est l’édulcorant de synthèse. Cela peut être de la saccharine, du sorbitol ou encore le très populaire aspartame. Et en effet, ces produits sont très peu caloriques. Là où le bât blesse se situe au niveau du cerveau. Car ce dernier, lorsqu’il reçoit l’information « sucré à l’horizon » s’attend à recevoir… du sucre. Le voilà donc dupé. Comment réagit-il alors ? Par une envie de sucre plus forte encore. Ainsi de nombreuses études ont montré que les jeunes, qui consomment des sodas light avec leur repas, se tournent davantage vers des aliments plus gras et plus… sucrés. Les édulcorants artificiels stimulent en effet la sécrétion d’insuline. Plutôt qu’être un coupe-faim ou un brûleur de gras, ils boostent donc au contraire la sensation de faim.
Pire encore, l’aspartame diminuerait une enzyme au niveau de l’intestin, la phosphatase alcaline intestinale, qui est justement censée protéger contre le syndrome métabolique. D’où une absence de perte de poids. Ne disait-on pas plus haut que le remède pouvait être pire que le problème ? L’idée n’est donc pas de cesser toute consommation de sucre, mais bien de limiter les produits avec sucres ajoutés ou cachés.

Lire aussi : Les chips allégées, allié minceur ou simple leurre ?