Nicolas Beuglet signe un thriller glaçant avec les écrans dans le viseur

B. Lévy

Avec « Le Dernier Message », Nicolas Beuglet signe un nouveau thriller aussi glaçant qu’interpellant. Il délaisse Sarah Geringën, héroïne de sa trilogie à succès, pour une nouvelle et mystérieuse inspectrice confrontée à une enquête qui l’emmènera bien au-delà de ce qu’elle aurait pu imaginer.

À quoi ressemble cette nouvelle inspectrice ?
« Grace Campbell est écossaise. Elle vit seule, elle a décidé de ne plus avoir ni ami ni famille. Dans son salon, elle a une pièce gardée par une porte qu’elle ne franchit que rarement. Elle ne veut surtout pas que l’on sache ce qu’il y a derrière, parce que c’est constitutif de son passé. Un passé lourd qu’elle tient secret. On le lit en filigranes, mais on comprend qu’elle revient de loin. Lorsqu’elle est chargée de l’enquête, elle se dit que c’est la chance de sa vie donc elle va tout donner. »
Elle va être confrontée à un crime assez sordide…
« Le but des meurtres n’est jamais qu’ils soient sordides, gores ou violents. C’est qu’ils aient du sens. La victime a été excérébrée, c’est-à-dire qu’on lui a retiré le cerveau sans lui ouvrir la tête, comme le faisaient les Égyptiens pour les momies. C’est épouvantable, mais ça a du sens car c’est lié à la thématique du livre. Le tueur a une idéologie, pas seulement l’envie de tuer. »
Vous aimez nous faire frissonner avec notre réalité ?
« J’écris pour faire frissonner avec une histoire intrigante mais je veux aussi que le lecteur apprenne quelque chose. Quelque chose qui existe mais dont il n’était pas au courant. Il faut qu’il passe un bon moment mais aussi un moment qui l’a questionné. »
Que va-t-il découvrir dans ce nouveau roman ?
« Il se passe quelque chose d’absolument vertigineux dans notre société. Depuis qu’on évalue l’intelligence à travers le test de QI, le quotient intellectuel des Occidentaux a toujours augmenté. Et depuis les années 1990, il baisse. C’est historique et fascinant. Je me demande pourquoi. Est-ce le fruit du hasard ou est-ce voulu ? ‘Le Dernier Message’ évoque cette thématique. On parlera aussi d’astrophysique et de l’origine de l’univers, avec de nouvelles approches scientifiques qui ne sont pas encore arrivées aux oreilles du grand public. Or, elles changent toute notre conception du monde et de la vie. Moi ça peut me réveiller la nuit ! »
Comment s’explique cette baisse du QI ?
« Cette chute de l’intelligence en Occident s’explique par plusieurs raisons, parmi elles : la surconsommation des réseaux sociaux. Aujourd’hui, beaucoup des repentis parmi les fabricants de Facebook, Instagram, Tinder… le disent : le seul objectif est que vous passiez le plus de temps possible sur ces applications pour récolter le plus de données sur vous qui seront vendues aux publicitaires.
Ces gens sont formés à l’addictologie. Celle-ci se base sur deux leviers. Le premier, c’est apporter du plaisir via la sécrétion de dopamine : donc par les likes. Le second est celui de la récompense aléatoire, c’est le pire. Sur le fil Facebook, certaines informations sont intéressantes, d’autres non. Mais on ne sait pas si l’info intéressante arrivera un ou dix posts après. On se dit qu’il y a peut-être mieux plus bas : c’est le scroll infini. »
Dans le roman, on sent une prise de position bien tranchée…
« C’est un désastre : ça nous rend débile et ça nous fait perdre notre temps. C’est d’autant plus désastreux que ça cible les jeunes. Plus on est petit, moins notre cerveau est capable de gérer la frustration. Il a davantage besoin de plaisir immédiat sans fournir d’effort. Et c’est précisément ce que toutes ces applications donnent : du plaisir immédiat. C’est de la maltraitance à l’égard des jeunes quand les parents ne s’en rendent pas compte. Le pire abandon que l’on puisse faire à un enfant, c’est de le laisser derrière un écran. L’enfant se consume et se détruit. Sans parler des conséquences neurobiologiques sur le cerveau…
Et après, cela devient des outils de propagande car les gens en sont dépendants, et surtout, ils n’ont plus les capacités cognitives pour avoir un esprit critique. C’est cela qui me dérange. C’est que l’on mente sur ce que l’on attend de nous. Alors utilisez-le, mais faites-le en connaissance de cause. »
La dopamine, est-ce que ce n’est pas aussi le moteur d’un bon thriller ?
« Complètement ! J’utilise exactement les mêmes ‘armes’ que mes ennemis. Le thriller fonctionne sur le même principe : vous donner envie de continuer à lire avec des cliffhangers (fin ouverte à suspens). Le thriller a exactement le fonctionnement de la récompense aléatoire : on ne sait jamais quand on va avoir un rebondissement mais on l’espère toujours. On est toujours en frustration d’une information que l’on n’a pas… Ce sont exactement les mêmes armes, mais ce n’est pas pour la même finalité ! »